SCENE XII
CÉLIANTE, DAMON, VALERE.
CÉLIANTE.
Bonjour, Dafflon, j'irrite, Je désespère votre ami.
DAMON
Il n*a pas Tair fort réjoui.
43 LAMATBUR,
CÉLIANTE.
Il est excellent votre ami.
De son Cabinet magnifique
 peine ai-je yû la moitié.
Pour me montrer je ne açais quelle Antique Il m'en a fait sortir. C'est un homme noyé, S'il continue. Avec quelle grave importance Il TOUS montre en détail ses marbres, ses tableaux
Il s'arrête avec complaisance
Sur des chiffons qu'il trouve beaux.
Si vous n'admirez pas les plus petits morceaux,
Il pétille d'impatience.
DAMON
, Ce Cabinet pourtant lui fait honneur.
CÉLIANTE.
Le Cabinet d un Amateur !
Où |e n'ai pu m'asseoir ; pas un meuble commode , Pas un des bijoux à la mode.
VALERE
Hé ! n'avez-vous pas vu les chefs-d'œuvre de TArt?
Bas à Danton.
Mais elle ne voit point
COMSDIE. 43
CÉLIANTE.
Les chefs-d'oBUTre de TArt !
Dites-moi, ces grands mots nous viennent d'Italie. A son âge, jouer le rôle d'un vieillard !
Depuis... trois jours entiers vous n'êtes nulle part.
Lui| Madame, il passe sa vie
Dans une auguste compagnie.
N'a-t-il pas près de lui des Gâtons, des Césars ?
CÉLIANTE.
Et puis toute la Cour céleste.
Sans doute une Vénus sourit à ses regards.
De quelque Diane modeste N'êtès-vous pas l'Endimion ?
VALERE
Oh ! oui, j'ai tout l'Olimpe en ma possession.
DAMON
Mais il vous manque un Dieu de cette Cour suprême.
VALERE
Quel Dieu?
44 l'a MAT SUR,
DAMON
Pouvez-Tous l'ignorer ?
C'est THimen.
VALERE , à Céliante, après avoir lancé un regard de
colère sur Danton.
Ah 1 rHimen ! je. le dois honorer.
J'ai sçu que mon père lui-même En Youloit orner mon séjour ; EtTHimen... avec vous... auroit été... TAmour.
CÉLIANTE.
Vous êtes trop galant ; il est vrai, votre père... Son amitié m'étoit bien chère.
VALERE, V interrompant.
Voici quelque chose de mieux.
Que tout mon Cabinet ; voyez la belle Femme !
CÉLIANTE.
Cela me semble, à moi, bien vieux.
VALERE
C*estune Antique, une Grecque, Madame,
CÉLIANTE.
Elle a l'air étranger. Vous aimez ce minois ?
VALERE
Je lui trouve cet air qui plaît d'abord , qui touche.
CÉLIANTE.
C'est être prévenu. La bouche...
VALERE
Ah ! la bouche! lorsque sa voix...
CÉLIANTE.
Vous l'avez entendue ?
VALERE
Heureux qui put l'entendre !
CÉLIANTE.
Les yeux ne disent rien du toiit.
VALERE
Moi , je suis étonné que le marbre ait pu rendre...
CÉLIANTE, d'un ton railleur, à Daman.
Pardon. Nous n'avons pas son goût.
Jugez-nous , Damon , je suis sûre Que TOUS êtes de mon avis , Que TOUS trouvez cette Figure Commune, ridicule et laide en tout pays.
DAMON , déconcerté.
La taille... n'est point mal.
CÉLIANTE.
Oui , pas mah Quant a^ix grâces .
Je n'en vois point les plus légères traces; Cela n'en eut jamais.
VALERE
Des grâces, dites- vous?
Des grâces! Elle en est pétrie.
Ah 1 c'est peut-être TAspasie Qui sçut charmer Socrate et vit à ses genoux Le Dieu de la Philosophie.
CÉLIANTE.
Mais Phomme le plus sage eût été des plus fou».
COMBOIB. 47
DAMON
(il part.) (Haut en riatU,)
Il sera furieux. Elle naquit en Grèce.
CÉLIANTE , sérieusement.
Elle fit bien ; car jamais cette espèce N'eût fait fortune en France.
VALERE
Avec quelle rigueur...
CÉLIANTE.
Il n*en parleroit pas avec plus de chaleur
S'il défendoit une maltresse.
La défendez-vous pour l'honneur
De votre goût et de la Grèce?
Comme elle tient sa tête! Ah! Dieu! quelle roideurl
(Elle lui donne un coup cCévantail, Valere se jette entre
la Statue et Céliante.)
Il est. son Chevalier. J'en ris de tout mon cœur. Ne rougissez-vous point d'un pareil personnage , De renoncer au monde ? Un nouvel équipage ,
Des bals, des soupes, des plaisirs ,
De l'amour sans fades soupirs
Et de Tesprit sans étalage , D'un homme tel que vous, c'est là Theureux partage , Je dis pluS) le devoir.
VALERE
Dans vos cercles brillans QûMrois-je donc trouver? L'oubli des grands taléns,
L*air du plaisir et non le plaisir même , Les efforts que Ton fait pour paroître amusé, Les tristes lieux communs d'un bel esprit usé. Des sots que l'on caresse^et peu de gens qu'on aime
Chez moi je goûte un calme pur;
Je vis heureux y je vis obscur;
Loin des froides plaisanteries , Des airs d'un fat titré, des riens , des flatteries ;
Je suis de vingt siècles divers , Et , de mon Cabinet, je parcours l'Univers.
CÉLIANTE.
Son extravagance est unique.
Adieu, je vais revoir cet Opera-comique Dont tout Paris déjà répète les couplets.
Monsieur n'y viendra point , il est à son Antique. Revenu d'Italie, il doit à ses progrès
D'estimer peu notre musique.
Adieu donc ; aimez-la cette Grecque.
(Valere oublie de V accompagner. Danton lui fait signe. Valere raccompagne en silence et d'un air embarrassé. Elle sort avec des éclats de rire forcés.)