AVANT-PROPOS
E AMaISs le goût de la curiosité n’a ZQ été aussi répandu qu’aujour-
d’hui,; jai donc cru être agréable EU à un bon nombre d'amateurs en faisant réimprimer une comédie très-rare publiée vers le milieu du siècle dernier sous le titre de l’Antiquaire. J'ai essayé, dans la préface de cette comédie, de présenter un apercu du rôle qu'ont joué au théâtre les curieux, amateurs ou antiquaires, et j’ai donné une courte analyse des principales pièces de ce genre que j'ai pu rencontrer, telles que le Connoisseur,
vj Avant-propos.
M. de Fintac, ou le Faux Connoisseur, l'Amateur, l'Antiquomanie, et quelques autres encore.
La plupart de ces pièces, il faut l’avouer, sont peu remarquables au point de vue littéraire; il en est deux cependant, lAntiquaire et l’Amateur, qui m’ont paru supérieures aux autres, et j'ai pensé qu'il serait intéressant de publier aussi cette dernière, ne fût-ce qu’à titre de curiosité.
L’Amateur est de N. T. Barthe, « de l’Académie des Belles-Lettres de Marseille », un auteur dramatique à peu près oublié'.
L’intrigue de sa pièce est des plus simples : Damon veut donner sa fille Constance à Valère, son ami,
.. un de ces gens que l’on nomme amateurs;
1. Nicolas-Thomas Barthe, né à Marseille en 1734, mourut à Paris en 1785. Ses comédies les plus connues sont Les Fausses Infidélités et la Mère jalouse. On cite parmi ses pièces fugitives Les Statuts de l'Opéra, le Temple de l'Hymen, la Réunion de la Provence, et quelques autres opuscules.
La comédie de l’Amateur, dans laquelle, dit Michaud, « on trouva une versification facile et spirituelle », a été réimprimée à Dijon, 1776, in-8e,
Avant-propos. vi)
mais Valère ne songe qu’à son cabinet; or, Voici la rusequ’imagine Damon : il fait offrir à son ami, comme « une antique », la statue en marbre de Constance,
… Elle aura son suffrage, Elle passe pour Grecque. Heureusement pour nous La mode est pour le Grec; nos meubles, nos bijoux, Tout est Grec, excepté nos âmes...
L'amateur tombe en extase devant la statue, et devient amoureux d’un chef-d'œuvre qu’il attribue à Phidias ou à Praxitèle.
« Mais, lui dit-on, si vous vous trompiez? »
Et le coin de l’antiquité!
On ne me trompe point...
répond Valère. Le reste se devine : l'amateur épouse Constance ; de la sorte il aura la copieet l'original, et il sera, dit-il, « guéri d'une manie. »
Le temps n’est plus où tous les amateurs étaient pour la plupart des gens des êtres maniaques et ridicules, et où ils étaient
viij Avant-propos.
représentés, comme dans une ancienne ca ricature que j ai sous les yeux, en costume
déguenillé, le nez couvert d'énormes lu-
nettes, cherchant à lire, à l’aide d'une grosse loupe, quelque monogramme sur un vieux tableau.
Aujourd’hui la curiosité est devenue une science raisonnée, aussi utile qu’attrayante; « Il n’est pas de débris, si futile en apparence, dont elle ne tire un enseignement.
Tout se rencontre en ces vieux âges poétiques : la maison, le château, le palais, l’église et le couvent, battus par les tempêtes religieuses et civiles. Qui donc s'en souviendrait aujourd’hui, sans le zèle et le soin de l’antiquaire? »
Ces quelques lignes, récemment écrites par J. Janin, nesont-elles pas une éloquente réhabilitation des curieux d’autrefois, en même temps qu'un encouragement pour les amateurs d’aujourd’hui?.…
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