D U ARD
Je sais à quoi vous faites allusion, à quel "drame de famille et dont je ne suis nullement jaloux. Oui, en effet, vous avez ce pouvoir, Ginette, un pouvoir magique, mystérieux...
GINETTE l'inlerrompl.
Si c'était vrai, ce que vous dites là, ce serait terrible. (Presque »Te« colère.) Mais Cela u'est pasl Xon, cela n'est pas! J'en ai assez... Je veux agir, vivre, sans que ma personnalité soit en cause. Comprenez-vous, je veux être une femme quelconque qui n'a aucun pouvoir magique, mystérieux, dépourvue de toute influence occulte ou pas... Je ne veux plus entendre ces phrases, mon ami... 11 n'y a plus rien de miraculeux sur la terre. L'heure magique est passée... Soyons d?« réalistes dans toute l'acception du terme... \'ous parliez de certain éclat de rire qui m'a prise un jour après
bien des méditations graves, bien des hésitations... Eh bien! ce qui m'a fait un jour éclater de rire et m'a décidée tout à fait, mieux que tous les arguments, que vous me présentiez avec éloquence, c'est quand j'ai eu prononcé à voix haute, un jour, dans ma chambre, en m'y promenant de long en large, ce simple mot : sous-préfètel... (Eiie sourit.) Je vous demande pardon, je vous offense... je le sens...
DUARD
Du tout!... Mais expliquez mieux.
GINETTE, répétant le mot cette fois sans «ourire.
Sous-préfètel Ce mot bourgeois, calme, appliqué à moi-même, à moi! ce mot dont j'ai tant ri autrefois, que je trouvais presque ridicule, employé à mon propos, cela m'a paru tout un programme... une nouvelle vocation... J'en ai savouré tout le bourgeoisisme, justement, tout le manque de mystère, de pouvoir occulte... Mon chemin de Damas... à rebours!... Souspréfète! ça m'a rassurée sur moi-même et c'a emporté
toutes les hésitations! (ll la regarde, étonné, un peu inquiet; elle lui prend énergiqueraent les mains.) MoU ami, mOU grand
camarade, je veux vous le dire gravement, comptez sur moi... Oui, nous allons faire de belle besogne. Maintenant que la terre et l'humanité vont panser leurs blessures... ah! dans notre coin, comme deux braves associés, nous allons nous y mettre modestement, doucement...
DUARD
Pour la vie, Ginette! Et c'est encore un grand mot!...
(Il lui baise la main qu'il tenait dans les sionnei.) GINETTE
Alors, ce sera mon quartier général, ici? Ah! que