SCÈNE XV DUARD, CÉCILE
DUARD
Des mots entrecoupés ne me seraient point parvenusà travers la porte, qu'à votre visage, j'aurais déjà compris ce que vous veniez faire ici. Que venez-vou& ressusciter? A quel titre parlez-vous ainsi que vousle faites, dans ma maison?
CÉCILE
Dites-moi d'abord à quel titre vous me parlez vousmême?
DUARD
J'ai maintenant des droits sur Mademoiselle Dardel.
CÉCILE
Les miens sont plus anciens. J'ai un droit de priorité et des ordres à dicter.
DUARD
Quand le passé, sans tache, sans reproche, est chose révolue désormais, pourquoi venez-vous le réveiller? Il vous a fait souiïrir, mais il se fond dans le grand drame universel. Le sacrifice et la mort de M. Bellanger appartiennent à l'histoire de son pays. Ils ne doivent pas avoir d'autre prolongement que le rayonnement de sa gloire et de son exemple.
CECILE
Mais il y a aussi des dettes, des obligations à remplir. Les morts en ont légué la charge à leurs héritiers. Et nous n'avons pas encore donné quittance? Cette femme ne sera pas la vôtre. Résignez-vous à cela. Je ne le veux pas, entendez-vous.
DUARD
Madame, il y a là, en bas, gravé dans le marbre, le nom sacré de votre mari. Je m'étonne que vous n'ayez pas réfléchi que ces héros ont fait plus encore que de sauver notre sol d,e l'invasion; ils ont donné leur sang pour que la France soit grande après eux, ils ont dicté par leur mort un devoir à tout le pays : ce devoir-là, ce n'est pas de les pleurer, c'est de fonder des foyers, de recréer la vie, la famille, les enfants, tout ce qui sera la France de demain. C'est vers l'avenir et non vers les fantômes que nous devons tous nous