A(3TE DEUXIEME
BLONDEL
Je le vois... je le sens...
MADAME BOUGUET
La fatigue nous gagne. Nous sommes épuisés. Allons congédier tout le monde... Mais venez donc!
BLQNDELj ne cessant de l'observer.
Non, je n'irai pas. C'est vous qui allez venir ici. Ici, venez.
MADAME BOUGUET
Qu'est-ce qui vous prend? Vous n'aviez jamais osé me parler sur ce ton...
BLOî^DEL
Je veux que nous restions ici. Continuons à parler à voix très basse. \^ous là, moi là; vous, tournant dos à la maison, à la porte... et moi, moi..
MADAME BOUGUET, essayant de se dégager, mais la voix fléchissante.
Je crois que vous perdez la tête, Blondel!
BLO^sDEL, il la place derrière l'arbre.
Il y a l'un de nous deux qui est certainement plus ému que l'autre. Lequel? Lequel?...
Je ne sais pas ce que vous voulez dire! Je me soumets à votre fantaisie...
BLONDEL
Mais ne vous retournez donc pas comme cela tout le temps!... Parlons, vous dis-je... Ou plutôt, non, taisezvous..., donnez-moi votre main, simplement. Asseyez' vous... Asseyez-vous là... ma pau^Te, asseyez-vous..
MADAME BOUGUET
Oh! mais, vous êtes odieux, Blondel, simplement!... Qu'avez- vous ce soir?
BLONDEL
Et vous, qu'avez- vous donc? On dirait que vos yeux ont reçu une commotion... On dirait qu'ils ont tout à coup aperçu un désastre... Vous luttez... vous plastronnez...
MADAME BOUGUET
Mais encore...
BLONDEL
Taisez- vous. Cette fois, je l'exige!... Taisez- vous! Demeurons cachés, tapis... (silence prolongé.) Qu'est-ce que ça peut bien vous faire qu'on ouvre la porte
derrière vous... Silence!... (a ce moment, la porte du pavillon s'entr'ouvre tout doucement. Blondel s'est dissimulé à droite avec Madame Buuguet, qui reste de dos au pavillon, tandis que Blondel, la main sur l'épaule de Madame Bouguet, regarde et attend. Une silhosette d'homme sort de la maison, inspecte et, à pas pressés, mais avec précaution, s'enfuit vers le fond, du côté des lumières. Blondel veut se précipiter... Madame Bouguet, toujours sans se retourner, l'arrête du bras. Blondel la repousse, fait quelques pas en avant, et, au moment où la silhouette d'homme disparaît complètement au tournant d'une allée, il appelle de tous ses poumons.)
Bouguet! Bouguet!