ACTE PREMIER
GERMAINE
Eh bienl mène-moi ça ici. (a l'homme.) Tenez, empilez vos dernières paires là-dessus.
l'homme Sur cette table de travail?
GERMAINE
Toute la maison est remplie comme un wagon de marchandises. Maintenant si vous voulez aller à la euisine, l'apprenti que vous avez vu à l'instant va
vous donner un verre, (a la mère C»raco qui est entrée.)
Alors c'est vous la mère Caraco? Qui demandez-vous, d'abord?
LA MÈRE CARACO
Je veux parler à la dame de la maison.
GERMAINE
Laquelle? elles sont deux. Il y a Mme Bellanger et puis sa parente, une réfugiée.
LA MÈRE CARACO
Je veux parler à la petite.
GERMAINE
Qu'est-ce que vous leur voulez? Si c'est pour un secours, faites une demande à la Croix-Rouge ou adressez-vous à la mairie.
LA MÈRE CARACO
C'est pas pour un secours, je viens apporter de l'argent.
GERMAINE
Et vous ne savez pas à qui? Surtout que vous avez une tête à apporter de l'argent! Combien apportezvous?
LA MÈRE CARACO, tire de sa poche rio^t francs en or.
Voilà. C'est vingt francs.
GERMAINE
Et en or! Donnez-les moi, je les remettrai de votre part.
LA MÈRE CARACO
Oh! c'est plus compliqué que ça! je les dois et je ne les dois pas!... C'est une des dames en question qui me les a donnés.
GERMAINE
Eh bien! alors, gardez-les et fichez-moi la paix.
LA MÈRE CARACO
Elle me les a donnés, mais comme je suis honnête et qu'elle m'a dit en me les donnant : « Tenez, voilà vingt sous »...
GERMAINE
Une erreur. Bon! Alors c'est Mademoiselle naturellement! Attendez que je finisse de ranger ça et puis vous allez venir avec moi à la cuisine, vous attendrez ces dames qui ne vont pas tarder à rentrer. Ne vous asseyez pas là, voyons, ne vous asseyez pas!
(Germaine continue de ranger.)
LA MÈRE CARACO
Vous comprenez, je les rapporte pour le principe, mais je voudrais bien que, vu mon honnêteté, elle me les laisse... je pourrais les échanger contre quelques sacs de pommes de terre aussi.
LE DOMESTIQUE, introduisant deux dames.
Ces dames disent qu'elles ont rendez-vous avec Mademoiselle Ginette.