ACTE PREMIER
culaire préfectorale avait sollicité les habitants que Ton n'entendît même pas de piano dans les rues de La Flèche.
GINETTE
Au commencement de la guerre! mais depuis... On a marché! Je suis absolument persuadée, comme vous le dites, que votre âme est en deuil, bien que je ne sache pas qu'un de vos proches soit sur le front ou dans un hôpital...
MADEMOISELLE TINAYRE
Je VOUS demande pardon! Un neveu que nous avons pour ainsi dire élevé a été gravement atteint...
GINETTE, vivement, mais sans ostentation.
J'ai vu massacrer sous mes yeux ma mère qui a été exécutée comme otage... J'ai tout perdu, jusqu'à ma fortune, jusqu'à la maison dans laquelle j'ai toujours vécu. Mon frère a eu un œil crevé par les Allemands, Mon père, malade, est mort de chagrin pendant l'occupation. J'étais seule, il n'y avait plus d'homme à la maison pour faire les funèbres besognes, j'ai cloué moi-même le cercueil de mon père!
MADEMOISELLE TINAYRE
Mais, mademoiselle!
GINETTE
Après je me suis enfuie. Je suis restée trois jours en pleins bois sans manger. Ensuite, j'ai fait 150 kilomètres à pied, sans un sou, sans linge, laissant derrière moi tous ces deuils et ma vie écroulée. Je me suis^ fait rapatrier ici où ma cousine a bien voulu me recueillir, je consacre le plus que je peux de mes heures et de me» nuits à tous ceux qui ont souffert autant et plus que moi.
MADEMOISELLE TINAYRE, l'interrompant.
.'Encore une fois, mademoiselle, je ne doute pas^^de vos mérites et cela n'a aucun rapport. ^ '' f
GINETTE, reprend.
Je crois porter dans mon cœur de dix-neuf ans plus de chagrin que vous n'en portez dans le vôtre et avoir payé à la douleur une contribution que je ne vous souhaite pas. Eh bien, malgré tout cela, je ne trouve pas mauvais, oh! pas mauvais du tout, quand je reviens de l'hôpital, de causer quelques minutes avec ce violon d'emprunt! Lui et moi, naus nous remémorons le bon temps!...
MADEMOISELLE TINAYRE
Si gaîment que, ma sœur et moi, nous avons parfois l'air de dire notre prière du matin dans un cinéma.
Tiens! vous y allez donc!
MADEMOISELLE TINAYRE
D'ailleurs, s'il ne nous a pas suffi de nous adresser à vous-même, il y a quelqu'un qui pourrait nous départager et au jugement duquel je me soumettrais. C'est M. le sous-préfet lui-même.
GINETTE
Oh! dans ce cas, bien volontiers, j'accepte... Qu'à cela ne tienne,
(Elle va à la table à écrire et éclate jentiment de Tire.) MADEMOISELLE TINAYRE
Je ne vois pas ce qu'il peut y avoir de si risible dans ma proposition.