ACTE PREMIER
GINETTE
Justement. On ne sent sa faim qu'en sortant.
CÉCILE
Le fait est que nous n'avons pas une minute en ce moment. Ce soir, il arrive encore deux grands blessé». On vous l'a dit, Ginette?
GINETTE
Je crois bien!
CÉCILE
Coucher ez-vou9 là-bas?
GINETTE
Il ne manquerait plus que je couche ici!
CÉCILE, à Pierre.
Et toi, rien de nouveau à l'arsenal?
PIERRE
Rien! toujours une insupportable comptabilité... des chiffres, des vérifications...
CÉCILE, s'»sseyant.
Ah! c'est bon tout de même! Cela parait si extraordinaire de se retrouver quelques heures par jour. On en perd tellement l'habitude, hein?,.. Je ne me rappelle plus ma vie passée...
PIERRE
Le fait est qu'on a l'air d'une tribu qui campe dans de lointaines colonies. Chacun a son emploi! Malgré que je Bois plus administratif que jamais, on me donnerait l'ordre de scier du bois et de nettoyer la vaisselle que je n'en serais pas autrement étonné! Simone, tu ne m'as pas embrassé!
SIMONE
C'est vrai, papa?
PIERRE
Oh! le beau livre d'école!
SIMONE
Oui, c'est une histoire de la guerre illustrée qu'on m'a fait acheter.
PIERRE
Montre cette merveille historique!
(Pendant qu'ils regardent, Cécile va à Ginette.) CÉCILE
Pourquoi n'êtes-vous pas venue avec moi faire quelques emplettes?...
GINETTE
Mais je vous l'ai dit!
CÉCILE
Non, vous avez fui exprès pour ne pas passer chez le bottier.
GINETTE
Ma foi, je n'y ai pas pensé. Mais, je vous en prie, Cécile, je n'ai aucun besoin de souHers, pas plus que je n'avais besoin de la chemisette que vous m'avez fait faire.
CÉCILE
Voyons, ma chérie, tout cela ne compte pas et n'a aucune importance! Vous agissez toujours comme si vous étiez une charge pour nous.
GINETTE
Nullement, mais je compte bien que, plus tard...