AmeHcan Nervousness (New York
exceptés. On trouve, à l'heure qu'il est, aux Etats-Unis, au moins cinquante mille personnes qui en souffrent. Une société a été fondée sous le nom de « Haij-fever association ».
« Le catarrhe chronique est devenu si commun que dans presque chaque ville et localité du Nord et de TEst, les médecins eux-mêmes se demandent si le climat ou la situation topographique ne sont pas pour quelque chose dans la fréquence et la gravité de ses sévices ».
De même encore, supériorité de l'Américain dans la migraine, la dipsomanie, le rhumatisme, Tusage et Tabus des drogues, etc., etc.
« Beaucoup d'Américaines, affirme M. Beard, ne veulent pas avoir d'enfants parce que leur état nerveux leur rend la chose trop pénible. Un grand nombre de familles aujourd'hui n'ont pas d'enfants ou n'en ont qu'un ou deux ».
Constatons, en passant, que ces malaises ne se manifestent jamais chez les émigrants et ne font leur apparition que chez les enfants ou les petitsenfants de ceux-ci, nés dans le pays. Si le climat était coupable, ce sont les étrangers non encore acchmatés qui devraient souffrir le plus de son insalubrité.
C'est encore à la nervosité que le même auteur attribue, et dans une certaine mesure avec raison, le goût des plaisirs bruyants, de la farce, des grosses plaisanteries qui distingue un grand nombre d'Américains.
«Les gens qui travaillent moins, dit-il,ont moins besoin de se laisser aller, de s'abandonner, de rire de choses exagérées et bouffones. UAge d'or, la pièce la plus populaire qui ait jamais été jouée aux Etats-Unis, doit son succès à ces éléments d'exagération, d'extravagance, d'absurdité et de grotesque qui l'ont empêchée de réussir en Angleterre ».
Au théâtre, c'est généralement le mélodrame qui prévaut et pour avoir du succès dit un critique, il faut qu'il réunisse les deux conditions suivantes :
« l°Qu'il se passe en Amérique et flatte l'a mourpropre national; 2" que dans l'un des actes, le héros ou l'héroïne soient arrachés, en face du public, à une mort cruelle et terrible. Dans Blue Jeans l'une des pièces à succès de ces dernières années, l'engin destructeur qui menace le héros c'est une machine à scier le bois,dans \q Diamond Break er, c'est une machine à broyer; dans Coon Hollow c'est une presse à coton. Dans Le Cœur du Mary, land l'héroïne sauve la vie du héros en s'élançant du haut d'un clocher; dans le Grand Nord Ouest, en se laissant tomber du toit d'un moulin à vent ; dans le Vieux Kentucky, l'héroïne passe au dessus d'un précipice au moyen d'une corde; dans VFAoile polaire ie héros est emporté par un glaçon; dans Quatre vingt dix jours, il y a une collision sur mer ; dans le Capitaine Paul, une bataille navale, etc. Avec cela, on ne demande
à la pièce ni esprit, ni éloquence, ni arrangement plausible de l'intrigue, ni étudç de mœurs ou de caractère, ni poésie, ni amour romanesque. La vraisemblance n*est pas même nécessaire.
C'est aux Etats-Unis seulement qu'ont lieu les crises d'hystérie religieuse appelées Revivais. Tous les phénomènes du magnétisme animal y ont un champ bien mieux préparé qu'en tout autre pays, grâce à la facilité avec laquelle on peut y produire l'excitation nerveuse, et les progrés que fera la science de la transmission de la volonté et de la suggestion auront lieu surtout, fort proprobablement, en Amérique.
C'est encore aux Etats-Unis que se produisent ces emballements parfois grotesques pour un héros ou un artiste : des femmes escaladant la scène où joue Padiîrewski, se mettant à la nie pour embrasser le lieutenant Hobson, etc., etc.
Je traduis du Neio- York Heraid (Edition parisienne) la dépêche suivante qui lui fut adressée d'Amérique, le 26 décembre 1898 :
<< Hobson un vrai héros. Il embrasse 165 femmes, joiies et laides.
Les journaux s'amusent, au sujet du lieutenant Hobson qui a embrassé 165 femmes, après une conférence faite à Chicago sur son exploit du Merrimac (1). Les filles de l'ancien lieutenant-
1. On so rappelle que le lieutenant Hobson avec sept autres marins américains, fit sauter un vieux navire, le
gouverneur de la Caroline du Nord furent les premières à l'embrasser. Puis la fièvre du baiser envahit toutes les autres femmes. Hobson sembla y prendre plaisir. A chacune il tendait la main, puis l'attirait vers lui et souvent ajoutait à son baiser une étreinte cordiale. Le général McNulta lui conseilla de les embrasser toutes. Il en est qui n'auraient pas obtenu de prix à un concours de beauté. Les jolies filles se couvraient la figure de leurs mains mais étaient embrassées tout de même. La scène ne prit fin que lorsque chacune des embrasseuses eut eu son tour ».
Les rédacteurs d'échos et de faits divers ont une ample moisson dans les manifestations bizarres de la passion, du caprice, ou même de la vertu que l'on signale chaque semaine dans quelque ville de l'Union : mariages en ballon, à cheval, par lettres ; paris excentriques, etc., etc. Dans un seul numéro de journal du mois d'août dernier, je cueille à la colonne des nouvelles les faits suivants : un projet d'union de toutes les religions, catholique, protestante, juive, mahométane, et autres ; la fondation d'une « société Bellamy », espèce de phalanstère dans lequel le travail sera la seule valeur reconnue et donnera droit à son équivalent en vivres, habits, etc. ; la construction par un prêtre de New-York, le rêvé -
Merrimacdans la baie de Santiago,afiQ d'en obstruer l'en- Irée.
rend M. Ducey, d'une chapelle dans laquelle tous les pauvres abandonnés pourront avoir un service funèbre célébré par un ministre du culte auquel ils appartenaient; la conversion aufakirisme d'une Américaine, qui prêche dans l'Inde, sous le nom de Swani Abhayananda.
Il y a deux ans. dans un Etat de l'Ouest, trois vieilles filles millionnaires se laissèrent mourir de faim.
Il est facile de se rendre compte en lisant les journaux des deux mondes qu'il se produit plus de ces excentricités en un mois, en Amérique, que dans toute l'Europe au cours de plusieurs années. Les nerfs, à la vérité, ne sont pas les seuls coupables, il y a encore, ainsi que je l'ai indiqué plusieurs foisdéjà^ le manque de traditions et de stabilité locale, l'absence de cette influence routinière qui se constitue dans tous les milieux homogènes, et le fait, que personne ne redoute le ridicule.
Et l'on s'étonne moins de ces choses en Amérique que lorsqu'elles se produisent dans un pays de civilisation ancienne ; ainsi les frasques d'un jeune homme ardent qui nous font simplement sourire,excitent la réprobation et ameutent la critique chez un homme d'âge mûr.
Que l'on compare le bruit qui s'est fait dans la presse internationale au sujet des scandales du Panama, les apostrophes indignées, les prédictions pessimistes auxquelles ils ont donné lieu
et les quelques commentaires presque indifférents suscités par les scandales du Tammany Hall.
Que Ton mette en regard les milliers, les millions de pages consacrées au procès du juif Dreyfus et le simple entrefilet relatant le lynchage de quelques pauvres Nègres ou Mulâtres reconnus innocents plus tard. Un journal de San Francisco (1) publiait les lignes suivantes au commencement de 1898 : « Ce n'est guère aux Américains qu'il convient de dénoncer les atrocités des Espagnols, alors que chez nous des hommes sont brûlés vifs au poteau, comme cela s'est produit l'autre jour, en Louisiane. Plus de deux siècles se sont écoulés depuis que le dernier tison des Autodafés espagnols est éteint, nos Peaux-Rouges euxmêmes ne dansent plus autour d'un vivant holocauste humain, et cependant depuis trois ans, quatre hommes ont été brûlés vifs au poteau par des citoyens américains.
« Deux étaient des Nègres du Texas et de la Louisiane nommés Coy et Street, accusés de violences sur des femmes. Les deux autres étaient des Métis indiens accusés d'un meurtre dont ils furent du reste, par la suite, reconnus innocents. On les entraîna à un poteau, sur un bûcher,
1. San Francisco Chronicle, cité par l'Indépendant de Fall River.
après avoir versé du pétrole sur leurs vêtements et tandis que les malheureux hurlaient au milieu des flammes, des citoyens américains, cruels plus que des Apaches se tenaient à l'enlour, comme s'il s'agissait d'un feu de joie ».
C'était un simple fait divers, à peine quelques journaux l'ont-ils reproduit dans la colonne des faits divers.
Dans tous les pays, sans doute, et surtout dans les grandes villes, la vie moderne, le progrès industriel agissent sur le système nerveux. L'invention de la télégraphie, des moteurs électriques, des moyens de locomotion plus rapides, l'encombrement, le tobu-bohu des rues ;les fluctuations plus grandes et plus subites des marchés ; l'intérêt d'un plus grand nombre concentré sur un plus grand nombre de questions ; le bruit des machines, des sifflets à vapeur, des trains de chemins de fer ; l'obligation où se trouve le promeneur d'avoir à se garer sans cesse, d'être continuellement sur le qui-vive ; la multiplicité des journaux forcés de presque tout exagérer : ce sont là des causes qui partout contribuent à déprimer les nerfs et à développer l'acuité des sensa- , tiens. Aux Etats-Unis ces inconvénients sont décuplés, car là presque pas un endroit tranquille ; les chemins de fer, le télégraphe, les tramways ont envahi le village le plus reculé ; tout y est mouvement, bruit, course rapide. La facilité pour chaque citoyen de s'élever dans l'échelle sociale.
d'acquérir la fortune suscitent à l'excès les ambitions et enlèvent à la vie cette sérénité, ce calme qu'elle possède encore dans beaucoup d'endroits d'Europe, et surtout dans les provinces.
Le docteur Beard trouve d'autres causes à la nervosité américaine : La division du protestantisme en sectes nombreuses qui fait que chaque individu, pour ainsi dire, doit joindre à ses autres préoccupations celle de trouver le chemin par lequel il ira au ciel ; l'intérêt général dans les questions politiques ; le fait que l'existence d'un million de citoyens dépend de près ou de loin du résultat d'une élection et que ces élections se renouvellent tous les deux ou trois ans.
L'alcoolisme fait des progrès toujours croissants aux Etats-Unis et Dieu sait ce qu'il en sera au vingtième siècle : On abuse aussi du sport et de la gymnastique. « Les nerveux (1) s'affaiblissent en essayant d'acquérir de la force au moyen des haltères, des Indian clubs, de la barre parallèle, des rames, de la balle, e^c, non pas que ces exercices n'aient leur place dans l'hygiène, mais quand la quantité de force nerveuse est limitée, on court un très grand danger en la mettant trop à contribution. Et cela est vrai surtout lorsqu'il y a concurrence, ambition, et que l'un veut faire ce qu'un autre ne peut pas faire. S'il y avait ^icÇ^' choisir entre deux extrêmes, il vaudrait miej