Progress and poverty, p. 355 (LoDdres
ducteurs de céréales seraient endommagées ou ruinées, le prix des denrées se relève beaucoup dans rOuest. L'état actuel est supportable pour une population de fermiers « établis », dont les terres sont déjà défrichées en tout ou en partie, qui possèdent les instruments aratoires et le bétail nécessaires à l'exploitation et qui peuvent subsister avec une quantité minimade numéraire. Il n'est pas propice pour les nouveaux colons sans argent, pour les défricheurs; il le deviendra encore beaucoup moins, si l'Union se jette dans les aventures, les armements sur terre et sur mer et demande aux propriétaires l'entretien d'une flotte considérable et d'une armée nombreuse. Les immigrants ne seront guère tentés d'aller affronter les rudes travaux du défriche ment et se grouperont dans les villes encore plus que par le passé. Du reste, en Amérique comme ailleurs, la vie des villes attire plus les masses que celle de la campagne.
On a vu dans les chapitres précédents, que, jusqu'à ces dernières années, peu de familles d'émigrés sont restées stationnaires et se sont immobilisées dans les bas emplois, dans les travaux les plus rudes et les moins rémunérés, mais au contraire, que la plupart, à la seconde génération, se sont élevées dans l'échelle sociale, ont acquis un bien-être relatif ou même de la richesse. Il n'est pas probable que cette marche ascendante se continue au vingtième siècle, pour les nouveaux
immigrants, pour les ouvriers venus en Amérique depuis quinze ou vingt ans. II va se constituer une classe ouvrière attachée à l'usine, à la fabrique, rivée au prolétariat, comme en Europe. Les crises deviendront plus fréquentes, les malaises économiques plus accentués, et alors la question des rapports du capital et du travail entrera en Amérique dans sa phase décisive ; car l'armée permanente des prolétaires sera organisée, aura des chefs et sera puissamment armée.
Entre travailleurs, travailleurs millionnaires et ouvriers sans le sou, l'entente sera plus facile qu'entre ouvriers et oisifs se croyant des droits héréditaires dM far niente^ei sans doute, l'Amérique donnera au monde le spectable de la solution pacifique du problème social.
Nous concevons même très bien les millionnaires américains, les bénéficiaires de l'état créé par le développement de la grande industrie, s'enthousiasmant comme les gentilshommes philosophes du xviii* siècle, pour un nouvel ordre de choses et se faisant les apôtres de la révolution économique.
Mais cela ne se produira, vraisemblablement, que lorsque le système actuel aura donné tout ce qu'il peut donner et que toutes les ressources du pays auront été mises en valeur.
D'autres causes pourront encore retarder, ou ajourner la solution du problème ; une grande
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guerre par exemple. La question monétaire n'est pas encore enterrée. « La frappe libre de l'argent, disait il n'y a pas longtemps un journal américain, amènerait une guerre avec l'Angleterre. Le montant de la dette des Etats-Unis visà-vis de la place de Londres est estimé à près de neuf milliards de dollars, dont plus du tiers afférant aux chemins de fer. Le jour où les Etats-Unis auraient décrété le rapport fixe entre l'or et l'argent, la place de Londres exigerait son paiement en espèces. Qu'en résulterait-il? Les Etats-Unis n'ont pas plus de 800 millions en or. Ce serait la banqueroute et la guerre. »
Des attentats anarchistes ont eu Heu aux Etats- Unis, en 1877 et 1886 ; mais ils ont été le fait de quelques émigrés de date récente et n'ont pas rencontré la moindre sympathie dans aucun groupe de la population. Tout au plus les coupables, dont cinq furent condamnés à mort, ont-ils intéressé par Id bizarrerie criminelle de leur acte. S'exposer à une mort infamante sans motif personnel, sans espoir d'en retirer aucun bénéfice pécuniaire ou autre, en vérité, c'était peu banal.
Au fur et à mesure que Thistoire moderne s'enrichit de nouveaux faits, enregistre les révolutions, les conquêtes, les victoires, les décadences, qui troublent l'équilibre du monde, elle formule des axiomes nouveaux, ou plutôt elle reçoit la confirmation des vérités formulées déjà aux âges de foi et que les philosophes évolutionnistes avaient tenté de nier. Que les prévarications et les crimes d'un peuple sont punis plus tard, de par les lois éternelles, de même que les crimes d'un individu qui rarement échappent à la justice humaine ; que celui qui prospérera par la violence sera ruiné par la violence ; que quiconque se servira de Tépée sera châtié par Tépée, personne n'en doute plus guère aujourd'hui.
Nous assistons à notre époque, à quelquesunes des grandes punitions infligées par le destin. La pauvre Espagne qui glisse péniblement sur la pente d'une décadence que l'on croit inévitable, n'a-t-elle pas ostracisé, chassé, brûlé sur les bûchers ceux d'entre ses enfants qui manifestaient le plus d'indépendance d'esprit, de largeur de vues et d'initiative ? Galton (1) a calculé qu'au cours de trois siècles (de 1471 à 1781) 32.000 Espagnols ont été brûlés sur des bûchers,