‹ L'âme américaine (volume 2)Chapitre 86 sur 96 · V Avenir national, 28 février 189S · texte numérisé non relu

V Avenir national, 28 février 189S

tante. Abattus par le malheur, ils courbent l'échine en silence et ne protestent même plus contre les indignités qu'on leur fait subir. Pratiquement ils sont esclaves.

« Chez ceux, au contraire, qui quittent le pays, nous constatons la seconde caractéristique dont j'ai parlé. Dès qu'ils sont fixés dans un pays, ils comptent leurs forces et sitôt qu'ils sont en nombre suffisant, ils éprouvent comme un besoin irrésistible de persécuter quelqu'un. Menés à coups de fouet par l'Angleterre c'est par le bâton qu'ils veulent imposer leurs idées. Esclaves là bas, ils sont bourreaux ici. C'est pourquoi parlant aujourd'hui la langue de leur ennemi séculaire, une langue qu'ils ont maudite des milliers de fois, une langue qui ne leur rappelle que misères et persécutions ; ils veulent vous faire partager leur ignominie, vous faire abandonner l'usage du français, comme ils ont abandonné celui du gaélique. N'osant rappeler un passé qui est une honte pour eux, ils veulent vous faire oublier un passé qui est une gloire pour vous, c'est une conduite odieuse que je ne puis blâmer assez fortement ».

Il me serait facile de citer des centaines d'opinions d'une sincérité aussi peu contestable.

Et, c'est à des hommes victimes de cette hérédité, affligés de ces tares ineffaçables que sont confiées les destinées de l'église catholique dans l'Union. Jusqu'à présent les conséquences de cet état de choses ont été néfastes :

En 1846, d'après Lôher, les catholiques américains d'origine germanique étaient plus de deux millions. « On se demande, disait-il (1), ce que deviennent les masses nombreuses des catholiques émigrés d'Irlande. A l'heure qu'il est, les Allemands forment encore la majorité des membres de l'Eglise romaine en Amérique. » Cependant ce n'est qu'après 1846 qu'a commencé le grand courant de l'immigration allemande qui s'est recrutée parmi les catholiques, dans la proportion de 20 à 50 pour 100, annuellement.

Depuis 1860 le clergé irlandais a ses coudées franches et a pris dans l'église américaine une suprématie incontestée. Les catholiques allemands sont aujourd'hui moins de deux millions dans l'Union.

N'y aurait-il pas entre ces deux faits, une relation de cause à effet ?

Partout où les Canadiens-français ont manqué de prêtres de leur nationalité, leurs enfants nés aux Etats-Unis ont abandonné l'Eglise catholique. Le nombre heureusement n'en est pas encore très considérable.

Qu'adviendra-t-il des Italiens dont l'émigration aux Etats-Unis est la plus nombreuse depuis quelques années ?

Un journal de la Nouvelle-Orléans Le Réveil^ publiait en 1898 les lignes suivantes : « Les

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