French and English, passim (Londres
des cercles fashionables, tous faits qui constituent une reconnaissance implicite de la supériorité sociale anglo-saxonne.
Et voilà maintenant que ce cousin dédaigné, on le caresse, on Tinvite, on boit à sa santé, on se promène avec lui bras-dessus, bras-dessous. Evidemment il ne saura rien refuser.
J'ai signalé au commencement de cet ouvrage le fait qu'en ces dernières années, un bon nombre d'écrivains d'Albion se sont évertués à ne parler des Etats-Unis que comme un rameau de la race anglo-saxonne occupant et dominant le continent américain. Beaucoupdes ouvrages en question, rédigés avec une grande habileté, tendant insidieusement à mettre le pansaxonnisme intransigeant à la mode. Glisser Téloge sous le blâme discret avec une apparence d'impartialité imperturbable,s'autoriser d'idées générales très élevées, et glisser sous les fleurs le poison du préjugé ; recouvrir le tout d'une couche de bonhomie exquise et de cordialité pleine de charmes, telle est la méthode généralement suivie.
Des écrivains américains parmi les mieux posés caressent aussi ce rêve de l'hégémonie de la langue anglaise s'imposant peu à peu au monde entier. « La race anglaise dans un siècle, disait, il j a quelques années, un historien remarquable, M. John FisKe, compteraaux Etats-Unis six cents ou sept cents millions d'âmes. L'œuvre que la race anglaise a accomplie en colonisant l'Amérique du
Nord est destinée à se continuer, jusqu'à ce que sur la surface de la terre tous les pays qui ne sont pas le siège d'une civilisation ancienne deviennent anglais dans leur langage, dans leurs mœurs politiques, dans leurs traditions et en grande partie, aussi, dans le sang de leurs populations.
Il n'est pas improbable que la langue de Shakespeare devienne un jour la langue de l'humanité».
Cependant, il y a un autre côté à la médaille : si l'Angleterre réussit à développer la soif d'expansionnisme chez les cousins doutre-rrier^ ce sera le présage d'un heurt d'intérêts, la préparation d'un conflit inévitable entre elle et son ancienne colonie De ce conflit dont Albion devra sortir amoindrie pourra peut-être résulter l'émancipation totale et définitive de l'Union, la fin de son vasselage intellectuel même.
En dehors de l'Angleterre, le poids de la publicité internationale, de la littérature des journaux, des revues et des livres pèse sur la mentalité et la conscience américaines. On se dérobe difficilement à l'admiration de ce que le reste du monde admire. Il n'est pas facile de rallier les masses à une conception de la grandeur, de la gloire et du devoir différente de celle qui a prévalu dans le passé et dont nous parlent tous les monuments qu'il a laissés, de celle qui prévaut chez nos contemporains et dont nous parlent toutes les manifestations de la vie pubhque.
Gomment résister au plaisir de voir un repré-
sentant de la grande République assis au milieu de plénipotentiaires, puissant entre les plus puissants, discutant le sort des peuples et des empires ? Gomment ne pas tressaillir aux échos des batailles et aux chants de victoire, alors que toute riiistoire de l'humanité ne nous parle que de batailles et de victoires ?
Et cependant, je crois que l'Amérique du x\ siècle ojvrira au monde, des voies nouvelles et hâtera son progrès vers un état meilleur.
« L'Europe a les yeux sur nous,disaitJohn Lee, en 1776, au peuple des colonies. Elle nous demande de donner un vivant exemple de liberté qui formera contraste, dans le bonheur du citoyen, avec la tyrannie toujours grandissante qui désole ses rivages corrompus ».
Elle le lui demande toujours. Chargée du fardeau de ses haines anciennes et de ses institutions surannées, elle lui demande un exemple qu'elle puisseimiter. Ellele lui demande en ce moment de crise où les principes de tolérance, d'humanité et de justice qui ont fait des conquêtes dans les âmes s'insurgent contre l'intolérance et l'injustice qui prévalent encore dans le domaine des faits.
Fin.