‹ L'âme américaineChapitre 110 sur 113 · Journal des Economistes^ décembre · texte numérisé non relu

Journal des Economistes^ décembre

vers les nouveaux Etats de l'Ouest. Les agents, généralement peu scrupuleux, touchaient une somme de — pour chaque émigrant qu'ils recrutaient et, on le comprend, étaient prodigues de promesses. Mais les perspectives brillantes qu'ils faisaient luire aux yeux du pauvre paysan hessois ou westphalien, disparaissaient bientôt pour faire place à de douloureuses réalités dès qu'on avait quitté les rives du pays natal.

Car avant l'ère des bateaux à vapeur surtout, elles étaient terribles les traversées des émigrants sur l'Atlantique. Entassés les uns sur les autres comme un vil bétail, à peine nourris, maltraités par les hommes de l'équipage, un grand nombre de ces pauvres gens mourraient avant de toucher le sol américain. Ils arrivaient affamés, sales, souvent meurtris de coups et malades, puis se heurtaient à la rapacité d'aubergistes, de logeurs, d'exploiteurs de toutes sortes qui gagnaient leur confiance, les dépouillaient sans pitié et les abandonnaient (1). Souvent des émigrés débarqués en bonne santé, ont succombé au bout de quelques semaines à la faim, à la maladie et à l'ennui. Heureux ceux qui trouvaient au débarcadère un parent ou un ami déjà établi ; mais il arrivait même que, parmi leurs exploiteurs, se trouvaient d'anciens compatriotes.

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