Religion in America, p
Parmi les plus brillants ornements des conseils d'Etat, des législatures, de la magistrature et de la chaire, on trouve des noms de réfugiés français. »
Quelles que soient les opinions que Ton professe sur les dogmes pour lesquels les Huguenots souffrirent et furent persécutés, il faut reconnaître qu'ils appartenaient en France aux classes les plus industrieuses et les plus progressives de la population. Alors que, dans les pays voisins, les masses abandonnaient la foi ancienne et s'attachaient à la réforme, sous une poussée aveugle, pour obéir aux injonctions ou aux caprices d'un monarque, ceux-là qui, constituant une minorité et, se trouvant en butte à l'hostilité du roi et du peuple, acceptaient l'oppression et l'exil pour rester fidèles à la croyance qu'ils avaient librement embrassée, avaient des âmes fortement trempées. On peut dire des protestants français, comme des catholiques anglais du temps de Henri VHI, d'Elizabeth et de Gromwell, qu'ils faisaient partie de l'élite de la nation.
Au moment de la guerre, les Huguenots devaient être aux Etats-Unis au nombre de quarante ou cinquante mille. Ils avaient en majorité conservé leur langue, parce qu'ils se trouvaient groupés dans le Marjland, les Carolines, la Virginie, le New-York et qu'ils avaient leurs églises particulières. Nous voyons dans la biographie de John Jay que, quelques années avant la Révolu-
tion, on parlait généralement le français à la Nouvelle-Rochelle, sa ville natale ; il y avait des localités dans la Caroline du Sud où on le parlait . exclusivement.
Vers 1715,1e gouverneur de la Virginie, Spottswood, écrit à l'évêque de Londres (1) qu'à Manacan Town, où sont établies une quarantaine de familles françaises, on demande un pasteur, attendu que celui qui desservait la paroisse, M. Cairon, est mort il y a deux ans. « Mais que ce soit un pasteur français, ajoute le gouverneur, car c'est à peine s'il s'en trouve quelques-uns parmi ces colons qui comprennent suffisamment l'anglais pour pouvoir prendre part au service divin et profiter d'un sermon fait dans cette langue. On donnera à ce pasteur, quarante livres par année, payées en céréales, car les colons ne sont pas riches ».
Plus tard la fusion des Huguenots dans les groupes anglo-saxons s'est faite, sans efforts, sans contrainte, comme sans regrets. La patrie que l'on avait quittée avait été une marâtre, la langue des ancêtres avait servi à rédiger des édits de pros* cription, on abandonnait l'une et l'autre sans arrière pensée et d'un cœur léger. A cette époque d'ailleurs,sauf pour les Anglo-saxons, les mots race, langua et nationalité n'avaient pas la signification qu'ils ont aujourd'hui, la religion dominait toutes les autres préoccupations. Et la religion sans doute modifie les âmes, car les réfugiés hu-
guenots semblent avoir gardé fort peu du tempérament français, ils n'ont pas apporté à la nation américaine, les qualités gauloises d'ardeur, d'enthousiasme, de sociabilité, de hardiesse, mais bien les vertus anglo-saxonnes d'ordre, d'activité et de prévoyance calculatrice. On les trouve après la guerre, lancés dans le mouvement industriel et commercial et mettant en pratique ce conseil que leur coreligionnaire Guizot donnait plus tard à ses jeunes contemporains? Enrichissez-vous ! (1) Ils sont absolument disparus comme groupe distinct.
1. Les Huguenots dont un bon nonibre avaient pu recueillir, avant de partir pour l'exil, une partie ou la totalité de leur fortune, se placèrent immédiatement en Amérique parmi les plus riches ci toyens des treize provinces.
Ainsi, James Beaudoin (Bowdoin) qui fut gouverneur du Massachusetts, immédiatement après la guerre de l'Indépendance, réalisa lapins grande fortune qu'on ait encore vue dans celle province. Son fils fut nommé ministre plénipotentiaire prés la Cour de Madrid (Baird. op. cit. p. 474)
En 1738, à la mort d'André Faneuil, l'un des principaux citoyens de Boston sa fortune, la plus grande de cette vit' le, passa à son neveu Pierre {[d. p. 476).
Mascarene qui fut lieutenant gouverneur et commandant en chef de la Nouvelle-Ecosse était aussi l'un des hommes les plus riches de l'Amérique.
A Salem (Massachuseits) Philippe l'Anglois (Kngiish) devint très riche : « Au moment de sa plus grande prospérité en 1692, il possédait 21 vaisseaux, 14 maisons en ville, un chantier et un magasin. Cette année là, sa femme fut arrêtée comme sorcière, lui-même bientôt la suivit en prison Boston, avec cinq autres personnes de Salem. Tous furent condamnés à mort et exécutés, sauf English et sa fem-
Les noms seuls, qui tous désignent des familles aisées ou riches et jouissant de la considération générale, rappellent chez un certain nombre, leur origine française (1).
Peut-être devons-nous mentionner ici, les 7000 Acadiens, catholiques, mais de race française (2) qui furent arrachés à leurs foyers en 1755, au mépris de toutes les lois de l'humanité et de la justice, jetés pêle-mêle dans des bateaux où un grand nombre périrent de misère, sans qu'on leur permît de rien emporter de ce qui leur appartenait, et dispersés dans les colonies anglaises, 1020 dans la Caroline du Sud, les autres en Virginie, en Pennsylvanie et ailleurs.
A Philadelphie, une pétition ayant été adressée à Lord Loudoun, alors commandant en chef des
me qui s'échappèrent de prison avec la connivence de l'autorité et se réfugièrent à New- York. L'année suivante,quand la violence du fanatisme se fut calmée, ils retournèrent à Salem, trouvèrent leur maison brûlée par la populace et leurs biens confisqués par le shérif. English se remit courageusement à rt iaire sa fortune. Mais sa femme ne survécut pas longte iips aux mauvais traitements qu'elle avait endurés. Le mari ne mourut qu'en 1736 {Id, p. 433).
Bernon et Ayraud furent deux des plus grands négociants et armateurs du Rhode-Island, pendant la première moitié du xviiie siècle. A New- York, vers 1816, la plus importante maison " de commerce avait pour raison sociale, Leroy, Bayard et Cie ».