L'UNION
I . — Difficultés contre lesquelles avaient à lutter les hommes d'Etat de la République. — Tâche qui leur incombait. — Ils se sont montrés à la hauteur de leur mission. — II. On offre la couronne à Washington. — L'ordre des Cincinnati. — III. Za Constitution. — Les enseignements des fondateurs de l'Union. — IV. Le relèvement économique. — V. Quelques facteurs se^ condaires d'union. — Hostilités contre les tories et contre les avocats. — Haine des Anglais- — La Révolution française aux Etats-Unis. — Sympathies françaises.
Il avait fallu sept années pour vaincre Tennemi extérieur, iien fallut plus de sept pour triompher des ennemis du dedans, de l'esprit d'insubordination, des rivalités, des jalousies qui, pendant toute la durée de la guerre, avaient failli compromettre la cause de la liberté ; pour adopter une constitution et organiser définitivement la République.
La Confédération n'existait encore qu'en expectative; elle avait été votée à Philadelphie en 1778, mais l'acte qui la constituait n'avait pas été ratifié par les législatures, des provinces lesquelles voulaient garder une autonomie presque complète et ne déléguer au Congrès qu'une part mi-
nima de leurs droits et prérogatives. Ce n*est que douze ans plus tard, en 1890, que l'Union fut virtuellement établie, par Tadhésion de tous les Etats.
La nation victorieuse restait faible, appauvrie, désorientée. Les provinces n'avaient plus entre elles le lien de cohésion qu'avait constitué le danger commun; elles étaient divisées sur des questions d'intérêt et se faisaient une guerre de tarifs. Il fut même question, un moment, de partager le pays en treize républiques indépendantes.
Le trésor public était vide ; un papier-monnaie différent avait cours dans chaque Etat et partout ce papier-monnaie était déprécié. Les législatures se refusaient à taxer les contribuables pour faire face aux intérêts de la dette. Le crédit de la République était fort ébranlé, sinon ruiné en Europe, et Ton n'aurait guère été justifiable de compter encore sur le bon vouloir de la France, car, en 1782, Franklin, Adams et John Jay (l),àrinstigation de ce dernier, avaient signé séparément la paix avec l'Angleterre, violant ainsi les engagements pris en 1778 par les Etats-Unis envers la puissance dont le concours avait assuré leur succès.
L'armée qui, après les préliminaires de la paix, avait songé à la révolte et n'avait pu être
1 . John Jay, fils de Hujïuer.ot était en Amôriqiie l'un des chefs d\i parti anglophile,
maintcQue dans le devoir que grâce aux efforts de Washington, était maintenant congédiée, et les soldats réclamaient avec des menaces, les arrérages de solde qui leur étaient dûs (1). Quelques émeutes éclatèrent, même, à Philadelphie au printemps de 1783.
Les lois étaient lettre morte. Dans le Massachusetts, des bandes de socialistes, au nombre d'environ 15.000, s'étaient organisées, réclamant le partage des terres et ce n'est qu'après une assez longue période de troubles que les milices de cet Etat étaient parvenues à rétablir l'ordre.
Nous avons va qu'avant la guerre, les planteurs du Sud étaient endettés en Angleterre, pour des sommes considérables. Pendant la période révolutionnaire, ils ne s'étaient pas occupés de leurs créanciers et avaient pris l'habitude de ne pas les payer. Or, ceux-ci réclamaient maintenant et comme les tribunaux américains restaient fermés à leurs réclamations, le gouvernement anglais refusait de ratifier le traité de 1783 et d'évacuer les postes militaires des grands lacs.
« Les récoltes étaient bonnes, dit Mac Master (2), mais un fermier qui voulait une paire de bottes, était obligé de courir de village en village, pour l'obtenir, en échange de quelques