V. GuERBULiEz. Après fortune faite, p
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Les physiologistes qui font de l'homme le produit des nécessités de la vie, de l'éducation, de l'entourage trouvent aux Etats-Unis d'excellents arguments au soutien de leur thèse, car, concurremment avec les facteurs que j'ai indiqués plus haut, les circonstances économiques et sociales ont influé fortement sur l'évolution de l'âme américaine et déterminé quelques-unes de ses idiosyncrasies.
Plusieurs raisons spéciales concourent à faire de l'Américain l'être âpre au gain, actif, entreprenant, optimiste et versatil qu'il est. Plusieurs causes, en dehors de l'influence celtique, contribuent à en faire un citoyen amoureux de réclame, épris de charlatanisme, égahtaire forcené et bruyant patriote.
L'émigré venu dans ce pays depuis le commencement du siècle n'avait qu'un but, échapper à la pauvreté et à l'indigence ; il est arrivé îiu milieu d'hommes dont l'idéal unique est devenu la richesse ; il trouve d'immenses étendues de terres fertiles à défricher, des ressources inépuisables à développer ; il s'incorpore à ses nouveaux compatriotes comme un soldat qui prend place au milieu d'une armée en marche et pleine de i'enihousiasme de la lutte. Il ne sera considéré de ses camarades que s'il se bat bien, c'est-à-dire s'il s'enrichit. Vaincu dans une première escar-
mouche, il ne se décourage pas et retourne allègrement au combat; s'il a été délogé d'une position, il réussit à s'emparer d'une autre et à s'y maintenir. Dans cette armée aucune désertion ne se produit personne ne songe à quitter son poste, et tous les combattants meurent les armes à la main.
Les touristes d'outre-mer parlent avec ébahissement de l'énergie féroce de l'Américain, de ses conceptions colossales, de ses entreprises extraordinaires, des maisons à vingt étages qu'il construit, des fortunes mondiales qu'amassent ses siiéciilatcurs et ses charlatans.
Ainsi, nous sommes étonnés au récit des faits héroïques accomplis au moyen-âge, devant les gigantesques monuments, merveilles d'art et de patience qu'il nous a légués. Au moyen-âge, l'Europe avait tout ce qu'il fallait pour réaliser de grandes choses au soutien et sous l'inspiration de l'idée religieuse. L'Amérique du xix* siècle a possédé toutes les conditions requises pour réaliser de grandes choses dans le domaine maté* riel. A l'époque des Croisades la foi chrétienne était profonde en Europe et la pensée de l'éternité planait sur toutes les préoccupations du temps. En Amérique à notre époque, la foi en Phomme et en la conquête des biens d'ici-bas remplit toutes les âmes.
Dans la complexité des mouvements qu'accomplissent les sociétés, dans la variété des formes
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successives qu'elles affectent, il y a toujours une tendance dominante qui détermine la plupart des actes.
On a pu facilement l'indiquer pour la France, au cours des derniers siècles, c'était le désir delà gloire, la soif de la domination intellectuelle ; pour l'Angleterre c'était la poursuite de l'expansion territoriale. Aux Etats-Unis pendant tout ce siècle, le mut d'ordre a été : « Enrichissez-vous ».
Tout se prêtait à la réalisation de cette ambition : sol fertile offrant sous des climats divers les produits de toutes les zones, vastes forêts, riches bassins miniers, la main d'œuvre en abondance et la houille, ce deiis ex machina.
Dans les pays d'ancienne colonisation le laboureur succède à une longue lignée de laboureurs qui ont exploité le même champ et en ont tiré leur subsistance ; le sol rend chaque année îe même tribut.
En Amérique ce sont, chaque année, de vastes espaces de terre jusqu'alors incultes, des forêts vierges, des carrières, des mines encore inexploitées qui jettent leurs richesses dans la circulation.
La population se développant sans cesse dans des proportions rapides, on comprend quelle prospérité continue a dû en résulter pour les propriétaires fonciers, pour les possesseurs d'immeubles qui ont vu leurs loyers augmenter sans interruption d'année en année, pour les boutiquiers dont la clientèle se doublait parfois en quelques jours,
après l'arrivée de navires chargés d'immigrants.
CeiiA qui arrivaient n'étaient d'abord des concurrents, ni dans le négoce, ni dans les carrières lil)érales, ni dans la spéculation sur les terrains ; c'étaient des ouvriers et des consommateurs, tous ignorant les habitudes du pays, un grand nombre ne parlant pas la langue dominante et qui se trouvaient à la merci des habitants déjà établis, lesquels ne se sont jamais fait faute de les exploiter.
Disons de suite qu'ils n'ont pas eu trop à s'en plaindre, car une fois initiés aux mœurs, familiers avec la langue anglaise et devenus Américains, eux-mêmes ont exploité à leur tour, d'autres immigrants. Cette exploitation a été la brimade ohligatoiredes nouvelles recrues.
Comment cet homme sans beaucoup d'instruction, sans aptitudes extraordinaires, arrivé tout jeune, d'Allemagne, d'Irlande ou de Norvège estil parvenu à remuer des centaines de milliers de dollars, et à conquérir la haute situation qu'il occupe? lia su deviner le goût montant du public pour tel ustensile, tel objet de toilette, telle drogue. Peut-être n'a-t-il rien deviné du tout ; il voulait simplement gagner sa vie, s'enrichir comme ses voisins ; il a établi un petit commerce de liqueurs ou d'épiceries et la vogue est venue. La rage de la bicyclette qui sévit depuis six ans aura été, sans doute, dans beaucoup de villes des Etals-Unis, le point de départ de grandes fortu-
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nés. Les chemins de fer qui sillonnent le pays dans tous les sens ont pu ôtre entrepris à coup sûr, caries immigrants étaient toujours prêts à venir à l'appel des capitalistes, féconder les terres incultes traversées par les nouvelles lignes et semer des villes dans le désert.
Les Etats-Unis sont le seul pays où l'inventeur n'est pas le malheureux classique, victime de tous les déboires, en butte à toutes les déceptions et qui finit à Thôpital ou dans une maison de santé ; car la routine ne s'y est pas encore implantée, car le succès inspire la confiance. Puisque, depuis de longues années, tout le monde a réussi, pourquoi ne réussirait-on pas ? Puisque la plupart des personnes qui jusqu'à présent ont risqué beaucoup, ont gagné beaucoup, pourquoi n'en serait-il pas encore ainsi ? Le fond sur lequel reposent toutes les entreprises reste inépuisable : d'immenses ressources en terres, en numéraire, l'activité ambiante, l'amour général de la nouveauté.
Une circonstance qui favorise singulièrement l'esprit d'entreprise, c'est que nul n'est exposé à manquer de pain et l'on pourrait dire, en dehors de certaines époques de crise, à manquer d'ouvrage, pour peu qu'il ait de la prudence et de la prévoyance. Les capitaux ne sont pas oisifs, on veut qu'ils rapportent et le rentier se contentant d'un faible trois pour cent n'est pas une espèce commune aux Etats-Unis.
Il n'en sera pas toujours ainsi évidemment ; le trop plein de la production commence à se faire sentir ; les cinq ou six dernières années ont marqué dans la prospérité générale une certaine décroissance dont les principaux symptômes ont été la crise agricole dans l'Ouest et la dépression de l'industrie manufacturière dans l'Est. Les occasions de s'enrichir rapidement se font plus rares. Ils sont nombreux les Américains gui regrettent d'avoir, dans le passé, négligé ces occasions qui, j*ensent-ils, ne se représenteront plus.
« Ah ! monsieur, si j'avais su, dit l'un, ce morceau de terrain que vous voyez là, j'aurais pu l'acheter à deux sous le mètre ; aujourd'hui il vaut deux dollars. Je serais millionnaire ». « Si j'avais continué tel commerce qui prospérait suffisamment, raconte un autre, j'aurais bénéficié des années d'abondance qui ont suivi celle où je l'ai abandonné ; mon successeur a acheté à des conditions très avantageuses ; une fabrique s'est établie dans le voisinage et ça été pour lui la forlune ». « Un ami m'avait demandé de placer mes économies dans une petite industrie qu'il fondait, dira un troisième j'ai refusé. J'aurais dû prévoir que cette industrie n'ayant pas encore de rivales rapporterait gros, j'ai manqué l'occasion de décupler mon avoir ». Enfin les ouvriers parlent des énormes salaires d'autrefois et se plaignent des difficultés de l'heure présente « Je gagnais dans ce temps là, quatre ou cinq dollars par jour, mais
j*étais jeune, je portais de beaux habits, je m'amusais, je dépensais follement. Ah I si j'avais su! ».
Quelles que soient les conditions actuelles et les perspectives de l'avenir, il n'en est pas moins vrai que tout dans le passé a eu pour effet de développer chez l'Américain la confiance en soi, l'esprit d'entreprise et l'optimisme.
Jusqu'à ces dernières années, les familles habitant les villes sont rarement restées staiionnaires dans les emplois et métiers pénibles; il y a eu pour elles généralement une ascension ininterrompue. Les enfants d'immigrants, nés aux Etats- Unis sont fort rarement domestiques, terrassiers, ouvriers tisseurs ou fileurs. Les uns ont suivi le précepte populaire. « Gagne C Ouest, jeune homme, et achète une ferme ». (Go West, Young man, and bug a farm) : d'autres, au sortir de l'école publique, se sont lancés dans le commerce et les affaires, sont devenus avocats, médecins, pharmaciens, mécaniciens, dentistes, etc. Les métiers exigeant le plus de fatigue et rapportant le moins sont généralement exercés par des immigrants. Les familles en outre, deviennent moins nombreuses à mesure que leur aisance se développe.
Parmi les descendants des étrangers qui de 1860 à 1870, sont arrivés en haillons à New-York, Philadelphie ou Boston, il ne se trouve certainement, à l'heure qu'il est, qu'un très petit nombre d'ouvriers manuels et de non-propriétaires. Les seules
familles qui végètent dans les bas emplois sont celles que mine l'alcoolisme.
Les théories émises par certains écrivains relativement à la part d'influence de l'école dans l'infériorité ou la prétendue infériorité économique (les peuples non anglo-saxons, ne sont pas confirmées aux Etats-Unis. Ici, les immigrants, qu'ils soient issus de sociétés à formation communautaire ou de sociétés à formation particulariste réussissent également bien dans l'industrie, l'agriculture ou le commerce, pourvu seulement qu'ils sachent calculer et n'abusent pas des spiritueux; et cela indépendamment du sytèm ^ scolaire auquel ils ont été soumis dans leur jeunesse. L'énergie, l'esprit d'initiative, l'orgueil de ne compter que sur soi-même se développent en dehors du grec et du latin, de la comptabilité et du foot hall. Nombre de citoyens américains qui ont fait un chemin rapide sont nés et ont été élevés en Allemagne, en France, en Autriche, de môme qu'aux Etats-Unis, et dans la Grande-Bretagne. Les Canadiens-français émigrés il y a trente ou quarante ans,sontpresque tous riches aujourd'hui. La plupart des émigrés, il est vrai, n'avaient pas fait de cours classique, mais quelque connaissance du grec et du latin n'aurait pas vraisemblablement entravé leur carrière, ainsi que nous le prouve la présence d'un certain nombre de bacheliers fourvoyés parmi les business mcn les mieux cotés de l'Union.
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On a remarqué la versatilité de rAméricaiii, son aptitude à exercer successivement divers métiers qui exigent d'ordinaire des talents tout à fait variés, la facilité avec laquelle il passe presque sans transition, sans préparation, sans staqe,d'uiie carrière à une autre. On n'est pas un bon colon si l'on ne peut se plier ainsi à toutes les besognes et, du reste, les besoins de la colonisation développent ces talents et ces aptitudes multiples. Les Anglais ont un mot pour désigner le colon idéal, ils l'appellent « a good ail round man » que l'on traduirait littéralement par « un homme bon tout autour », c'est-à-dire un homme sachant se débrouiller partout. Rien ne l'embarrasse :il est parti avec un attelage pesamment chargé à travers un pays encore inculte ; on lui a indiqué la direction à prendre, il a compris en deux mots et s'oriente parfaitement. Un ruisseau se présente qu'il s'agit de franchir; il ne se démonte pas pour si peu, il apporte avec lui une hache et d'autres outils indispensables, il a bientôt abattu quelques arbres, improvisé un pont et le voilà de nouveau en route. Une pièce de son attelage se brise, il l'aura bientôt réparée; il saura au besoin ferrer ses chevaux, et il construira lui-même sa hutte en bois brut quand il sera arrivé à destination.
Il y a loin de cette universalité à la spécialisation infinie des métiers et des négoces qui s'est établie dans les pays d'Europe, de cette vie large ;\ la vie renfermée, mesquine, craintive entre un percepteur du revenu, un gendarme, un gardechnmpôtre, des huissiers et autres « verbalisants » et « instrumentants » qui est celle des vieilles sociétés. L'endroit solitaire où le colon aura bâti sa hutte deviendra un village, une ville cf, nous le retrouverons lui-môme, vingt ans après, banquier ou bien avocat-notaire-avoné, avant été à tour de rôle, patron d'une scierie, spéculateur en terrains, épicier, pharmacien, e/c; il finira peut-être par être député au Congrès ou sénateur.
La Biographie américaine, et Dieu sait ce qu'elle est étendue, abonde en exemples de cette sorte.
L'un des héros les plus populaires des Etats- Unis, l'ancien président Abraham Lincoln savait à peine lire à l'âge de vingt et un ans.
« Il venait d'arriver dans l'Etat de rillinois,dit un (le ses biographes (1), avec une paire de bœufs. Oii'allait-il faire? Il était fort et pouvait enfoncer sa liachedansle tronc d'un chône plus avant qu'aucun homme de Pigeon-Creek,! 'endroit où son père s'élait établi. Il savait manier l'aviron ; il pouvait conduire sur le fleuve une cargaison de bois ou de
1. Charles G. Goffln. Abraham Lincoln, p. 49. (New- York, 1893.)
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céréales jusqu'à la Nouvelle-Orléans et la vendre aux bourgeois de la ville. Il n'aimait pas le travail manuel cependant, et trouvait que lire un livre est une occupation beaucoup plus agréable et plus facile ; mais son instruction insuffisante ne lui permettait pas de gagner sa vie comme maître d'école.
Il ne lui restait donc qu'à faire comme son pore, labourer la terre, abattre des arbres et les débiter en pieux et en perches pour les liait s. » Dans un voyage qu'il fait à la Nouvelle-Orléans sur une petite embarcation qu'il a construite luimême, il assiste à une vente aux enchères de Nègres et de Négresses, et il semble avoir eu là le pressentiment de sa destinée future. En sortant de la salle, « ému jusqu'aux larmes et l'âme en feu, il dit à son compagnon: « John, si jamais j'ai la chance de frapper cette institution (l'esclavage) je frapperai fort, par le Dieu éternel I » A son retour de la Nouvelle-Orléans, il aide son père à construire une hutte, puis il s'engage en qualité de commis chez un petit détaillant d'épiceries et de comestibles.
Dans l'intervalle un fier-à-bras du nom de Daniel Needham qui a entendu parler de la force de Lincoln l'a défié à la lutte corps-à-corps, et Lincoln a renversé deux fois son adversaire, ce qui l'a rendu très populaire dans le pays.
Mais voilà que cette popularité porte ombrage à une bande de « bullies » qu'on appelle « Les
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fjars de Clary Grove ». Ces aimables jeunes gens ont l'habitude de se promener le soir, à travers les villages, criant, hurlant, vociférant et effrayant les femmes et les enfants ; ils s*arrôtent aux débits de liqueurs, se font servir à boire sans payer et s'amusent parfois àbriser verres et bouteilles. Ils assomment avec plaisir un étranger et maltraitent tous ceux qui sont plus faibles qu'eux. Ils considèrent comme un sport des plus exquis d'enfermer un homme dans une barrique et de le fiiire rouler au bas d'une colline. En un mot, ils sont la terreur du pays.
Leur chef et champion lutteur, Jack Armstronrj, lient (îbsolument à se mesurer avec le commis Lincoln. Celui-ci refuse tout d'abord car il a maintenant des idées plus sérieuses; mais on le supplie de toutes parts d'accepter le défi ; des paris s'engagent sur les résultats de la lutte ; enfin il cède aux sollicitations et terrasse Jack. Son autorité est dès lors solidement établie. Une compagnie de milice est formée pour aller réprimer les incursions des Indiens, Lincoln en est élu capitaine.
A son retour de l'expédition, il se porte candidat à la législature et est défait. Il devient ensuite successivement épicier, marchand de comestibles, receveur des postes d'un petit village. (Le bureau des postes tient dans le fond de son chapeau), arpenteur, bûcheron, enfin député à la législature.
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Un ami lui a prôté un ouvrarje de droit qu'il étudie à ses heuresde loisir et, à IMge de vingt-huit ans, il se meta exercer la profession d'avocat, dans la capitale de l'Etat (en 1834). Sesl)iof|raplies ne ai sent pas qu'il aiteu à passer aucun examen, àfair(; aucun slaçje ou à obtenir aucun diph^me.
De nos jours encore l'accès à toutes les carrières est excessivement facile dans certaines parties de r(Juest. Voici une ville qui s'élôve avec la rapidité d'un retranchement militaire. Des spéculateurs ont fait l'acquisition de vastes terrains que recommandaient quelques circonstances avantaqeuses, l'existence d'une force hydraulique, la proximité d'un chetnin de fer, etc., etc. Il s'ayit de mettre le temps à profit et d'attirer, au plus tôt, les colons qui feront rendre cent pour cent au capital placé. Il va falloir, du jour au lendemain, se procurer des médecins, des hommes de loi, des instituteurs ; car il est important que les prospectus lancés dans le public portent cette mention « Notre ville possède un bureau de poste, une b'înque, deux médecins, deux avocats, un pharmacie) ., etc. ». Un ex-commis transformé en avocat, un ancien pharmacien improvisé médecin sont acceptés et même prônés avec zèle, l'intérêt des propriétaires aidant, el l'on n'est pas rigoureux sur la question diplôme.
On comprend que dans ces villes créées en une année et dont la population est cosmopolite et de toute provenance, il soit facile de pêcher en eau
troiihle. La questiuii <Iu prcsti()c du « natif » sur la((iiell(3 je reviens souvent car elle a eu une <(riin(le importance dans révolution des mo'urs, ici encore joue un rAle : si, par exemple, dans la ville de création récente, le médecin qui n'a jamais étudié la médecine et Tavocat-notaire qui s'est contenté d'apprendre certaines formules iiMjales bont des « Américains », jamais un simple élranqer n'osera contester leurs titres ou leur habileté.
Evidemment les clients de ces messieurs seraient en droit de se plaindre ; cependant il est très rare que les journaux ou les tribunaux aient à s'occuper de revendications basées sur une al)sence de diplômes ou l'incompétence professionnelle.
Si le niveau des carrières libérales ne garjne rien à cet état de choses, l'éfjalité y trouve son compte. Un cultivateur, un avocat, de môme qu'un négociant est un « homme d'affaires » « je suis dans les alîaires de loi « I am in hvo business » vous dira un jeune homme inscrit au barreau, « / am infarminff business », je suis dans les alfaires agricoles, vous dira un fermier. Ce qui distingue surtout ce dernier du cultivateur européen, c'est qu'il n'est pas attaché à la terre . Sa ferme n'est pas un être qu'il aime avec passion, mais simplement le champ d'exploitation d'un petit capital ; il l'aime comme l'industriel aime son usine et le négociant sa boutique; si
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elle ne rapporte pas suffisamment, il la quittera sans recjret et ira chercher fortune à la ville.
Pourquoi le peuple américain a-t-il fait et fait-il encore la fortune d'un aussi grand nombre de charlatans et d'exploiteurs de toutes sortes? Est-il plus gobeur qu'un autre peuple? Peut-être, mais il est surtout plus riche, il a plus d'argent ; il ne compte pas le sou et il dépense facilement le dollar. La psychologie des foules en présence du charlatan beau diseur et devant la réclame effrontée est un peu partout la même et se manifeste par les mêmes phénomènes. Aux Etats- Unis la diffusion générale de l'instruction primaire et la multiplicité des journaux permettent à l'annonce de pénétrer facilement dans tous les milieux. Le charlatan qui veut s'enrichir n'y va pas par quatre chemins, il sait qu'un millier de dollars consacré à la publicité lui en rapportera plusieurs; il accumule les témoignages signés de noms authentiques ou apocryphes, publie les porli'àts de ses victimes reconnaissantes, couvre de ses affiches toutes les maisons en construction, tous les murs en démolition, toutes les bornes des routes et tient constamment sous les yeux du public le nom de sa marchandise.
On peut considérer comme une date impor-
lante dans l'histoire économique de TUnion, celle où y fit son apparition le premier charlatan; c'est en Pennsylvanie d'abord qu'il exerça son industrie. « Il se nommait Ze /*a//eMr,ditMac Masler(i), et après avoir passé quelques mois à Philadelphie, en 1788, il quitta cette ville avec une petite forlune. On a conservé une de ses affiches ; il y déclare que son métier est de transplanter des dents, qu'au cours des derniers six mois, il en a transplanté 123 avec succès ; qu'il donnera à ceux qui en ont à vendre deux guinées pour chaque dent de devant saine, etc., etc. »
Quelques années 'plus tard, en 1795, le comle de La Rochefoucauld signale la présence d'un autre charlatan dans le même Elat. « Les gens effrontés et adroits, quels qu'ils soient, dit-il (2), ont, en Amérique comme ailleurs, un revenu assuré sur la stupidité et l'ignorance des autres ; nous en avons rencontré, ici, un exemple, dans la personne d'un Allemand arrivé depuis trois pns de Francfort sans un sol et qui, depuis ce temps, se promène à Lancaster, à Reading, à Northumberland, surtout dans les parties peu habitées de ces comtés, chargé de petites bouteilles, fait croire à toutes les bonnes gens qu'il rencontre qu'il est médecin, vend des drogues,