‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 27 sur 109 · oles on Virginici, p · texte numérisé non relu

oles on Virginici, p

négociant, le commis voyageur rusé, le rude entrepreneur de l'Ouest, le self made man^ d'où qu'il vienne, se trouve en contact avec les professeurs des universités, L s aristocrates millionnaires, retour d'Europe, les membres des cercles distingués et nulle atmosphère peut-être n'est plus propice à développer le poli des manières que celle d'une de ces tables d'hôtes, d'un de ces sitting rooms où le luxe seul des décors invite à la décence et à la correction. Ainsi les grands hôtels américains ont une inîînence rivelante en môme temps que civilisatrice.

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Le patriotisme d'un Français, en France ou d'un Allemand, en Allemagne, n'est jamais mis en suspicion, aussi, ni l'un ni l'autre n'éprouvent le besoin, en dehors des époques de crises, d'en outrer les manifestations.

Aux Etats-Unis, depuis un siècle les millions d'émigrés incorporés à la population primitive se sont vus, pendant un certain nombre d'années, en butte à la défiance de celle-ci. Ces étrangers pouvaient-ils être de bons Américains et aimer ardemment leur nouvelle patrie ? Afin qu'on n'en doutîU pas, chaque génération de naturalisés a clamé hautement son amour et contracté l'habitude de manifester bruyamment son chauvinisme. C'est ainsi que le patriotisme américain a

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pris ce caractère un peu oiilrancier qui le distingue.

Chaque année, par exemple, à Toccasion de la célébration du 4 juillet, on peut voir les journaux organes des groupements de langue non anglaise invitant leurs lecteurs à manifester chaudement, avec éclat, afin que les Am<^rlcains ne les soup* çonnent pas d'être indifférents à la grandeur de l'Union.

Aussi, rien n'est bruyant comme les réjouissances par {os4.;.«jlles on célèbre, aux Etats-Unis, l'anniverpnirede la déclaration de l'Indépendance, surtout duns es v; litis manufacturières de l'Est où les ouvriers nés à l'étranger et les Irlandais sont l'énorme majorité. C'est un peu pour la môme raison que lors de la dernière guerre, les vo* lontaires, de race étrangère qui se sont enrôlés au premier appel étaient fort nombreux (1).

Entre les émigrés de date récente qui regrettent encore la terre natale et rêvent d'y retourner et leurs amis naturalisés depuis plusieurs années, des discussions fréquentes s'engagent sur les mérites respectifs de la patrie ancienne et de la patrie nouvelle, c'est même l'un des sujets ordinaires de la conversation. Or, comme il arrive toujours, la discussion outre chez les premiers

' 1. Au mois de septembre derniûr, lors de la fête triomphale organisée en l'honneur du héros de xManille, l'Amiral Dewey,le plus beau feu d'artifice fut tiré par les Chinois de New-York.

le sentiment de leur supériorité actuelle et de l'infériorité de leur état antérieur ; alors que chez les seconds le panégyrique de l'ancienne patrie devient de jour en jour plus timide, les arguments moins probants, les regrets moins vifs.

11 est rare, en outre, ainsi que je l'ai dit plus haut, qu'une famille d'émigrés ne prospère pas et n'améliore pas sa condition. Ajoutons, enfin, à ce qui précède, l'efTet de la lecture des journaux, luttant les uns avec les autres à qui proclamera le plus hautement la grandeur, l'ingéniosité, la beauté de tout ce qui est américain; l'influence de l'école où l'on inculque à l'enfant comme un dogme religieux la supériorité absolue des Etats-Unis sur tous les pays du monde ; les sermons de la plupart des pasteurs eux-mêmes qui s'évertuent à développer chez leurs auditeurs la veine optimiste et chauvine.

Le patriotisme américain a d'ailleurs une base solide, la plus solide de toutes, l'intérêt. « L'homme du peuple, aux Etats-Unis, disait Tocqueville (1), a compris l'influence qu'exerce la prospérité générale sur son bonheur... De plus, il s'est habitué k regarder cette prospérité comme son ouvrage, il voit donc dans la fortune de l'Etat la sienne propre, et il travaille au bien de l'Etat non seulement par devoir ou par orgueil, mais j'oserais presque dire par cupidité ».

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