‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 49 sur 109 · FT · texte numérisé non relu

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qiu's v«^ril('*s, quelques principes d'une application générale.

La vertu des femmes est basée ou sur une croyance religieuse, ou sur une règle morale ou sur une convention renforcée par les usages des milieux sociaux où elles vivent, les traditions de famille, la pression de l'entourage. La pudeur et la continence inslinclives ne peuvent être que de rares exceptions.

Or, aux Etats-Unis, la reliyion a perdu presque entièrement son empire. La grande majorité des familles qui composent aujourd'hui la nation ont émigré depuis les soixante ou soixante-dix dernières années ; elles appartenaient aux classes pauvres d'Europe, au prolétariat où, en général, et cela soit dit pour tous les pays, les mœurs sont moins sévères que dans la bourgeoisie.

La plupart des fdles d'immigrants ont travaillé dans les fabriques, les boutiques, elc. gagnant leur vie. contrii)uant souvent à l'entretien de leur famille et par le fait s'émancipant dans une grande mesure de l'autorité paternelle. Isolées, au milieu dévastes aqglomérations étrangères, ces jeunes fdles n*ont plus eu la sauvegarde que constituent les anciennes connaissances, \v cercle d'amis, la médisance ambiante. Elles ont joui d'une liberté absolue. Un certain nombre, même ont émigré seules. Dans les milieux où existait une église du culte professé par leur famille, un curé ou un pasteur parlant la langue

(lu pnys natal, la fidélité à la foi des ancêtres, sans doute, a servi «ie rempart aux mœurs ; mais le nombre de ces milieux a éié jusqu'après la (juerrc de sécession, assez limité.

A la seconde génération, la plupart de ces familles se sont élevées dans l'échelle sociale, se sont enrichies ; mais, l'accession à îa vie imurffeoise n'a pas eu lieu pour elles dans les njômes circonstances qu'elle a lieu en Europe, flans les pays de stabilité sociale et de conservatisme.

Dans une ville de province d'Allemaqne, de France ou d'Angleterre, le fils d'ouvrier qui a conquis une situation bourgeoise entre dans un nnlieu où les mœurs sont réglées par une tradition séculaire et, sa famille doit nécessairement s'y conformer; ses filles seront prudes, collet- MiOMlé et réservées comme il convient, sous peine fit* déchoir. Aux Etats-Unis les rapports sociaux sont très limités, la vie n'a aucune stabilité, la population se renouvelle constamment, et, à la faveur du va-et-vient continuel, des migrations constantes d'une ville î\ une autre, d'un Etat h un Etal voisin, il est facile d'échapper à l'observation et j\ la critique.

Les familles parvenues à la richesse ou i\ l'aisance bourgeoise dans ces circonstances, aurontdles pu suppléer aux traditions ({ui leur manquent et se constituer cette base de saine vie morale qui est celle des familles de la classe moyenne

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en Europe, alors, surtout, que pour échapper au conlact d'anciens compatriotes restés pauvres, elles auront cessé de fréquenter leur érjlise? Peut-être, mais j'en doute.

D'un autre côté, les vices provenant de la pauvreté, de la misère, du besoin n'existent (juère en Amérique, non plus que ceux qu'engendrent la paresse et l'oisiveté. En somme, le courant de liberté absolue qui K^timule l'activité, développe les énergies, crée et féconde, traîne aussi du limon, et, il n'y a pas à se dissimuler que les mœurs aujourd'hui sont loin d'être sévères dans la grande République.

J'ai eu l'occasion d'assister, il y a deux ans, à une représentation théâtrale donnée par des jeunes gens appartenantaux meilleures familles d'une petite ville de rEst,au profit d'une église d'une secte protestante. Des fillettes de douze ou treize ans dansaient en maillots collants ; d'autres de dixhuit et vingt ans, en costumes légers, robes courtes descendant aux genoux et décolletées, les bras nus, figuraient dans des chœurs et dans un ballet réglé avec beaucoup d'art. La culture des grâces du corps est sans doute excellente et les Grecs, que les Américains prennent volontiers pour modèles, y apportaient toute leur attention ; mais elle crée un type nouveau de femme qui nous éloigne de la civilisation chrétienne, et je ne pouvais, devant ce spectacle, m'empêcher de songer aux conseils de l'Evêque Hopkins, je me

(lisais : Celte jeune iille qui a étudié (levant une (jlace la grAce de ses poses, les attraits conquérants de ses formes, le pouvoir de ses œillades, qui a calculé d'avance l'elVet qu'elle devra produire sur le public d'hommes qui viendra i admirer, se mariera un jour ; se dispose-t-elle l)ien à être une épouse et une mère de famille attachée exclusivement à son foyer? J'avoue que je la vois assez mal dans ce rAle.

Accroître les facultés, les aptitudes d^une i'emme n'est pas un mal en soi, évidemment ; la femme a des droits égaux à ceux de Phomme : droit égal au labeur, droit égal à la lih(;rté, droit égal au plaisir, on ne saurait logiquement prétendre le contraire. Tous les talents dont le ciel l'a douée, elle les cultivera ;elle prendra une part égale à celle de l'homme dans la lutte pour la vie, dans la rude concurrence par le travail et par le négoce. C'est peut-être là le progrès; mais combien qui regretteront la femme du passé !

Hélas, les jolis romans qui ont charmé notre enfance, idylles souriantes et gî"^cieuse8, drames du cœur, histoires de poétiques soulfrances et de joies idéales, on ne les écrira plus guère ici, on ne les vivra plus. La jeune fille naïve, aimante, ingénue, sortant de son couvent, [deine d'illusions et (le douces chimères et rêvant de donner son c(eur au prince charmant qui va bientc^t venir, n'existe plus en ce pays. Dans les écoles publiques, primaires et supérieures, les sexes sont confon-

(lus ; les cours de physiolo(|ic sont donnes en commun et nul mystère ne voile l'éclosion des tendres sentiments.

Déjî\ en 1825, Tocquevillc écrivait: (1) « Il ne fciut presque jamais s'attendre à rencontrer chezla jeune fille d'Amt'rique, cette candeur virginale au milieu des naissants désirs, non plus que ces gnlces ingénues qui accompagnent d'ordinaire chez l'Européenne, le passage de l'enfance à la jeunesse ».

Un fait, au moins, est incontcstahlo, c'est que le divorce fait rage aux Etats-Unis. D'après des statistiques récentes, (1898) ily a un divorce sur treize mariages dans l'Eiat du Hhode-Island ; un sur quatorze dans le Vermont; un sur vingt dans le Connecticut; un sur vingl-et-un dans le Massachusetts. Dans la ville :1e Chicago, en 1891, on a compté un divorce sur huit mariages.

Le petit Etat du Uhode-Island a une population de moins de 400.000 <1mes. A la session de mars 1897, de la Cour suprême siégeant à Providence, il a été accordé en une seule journée vingt-neuf demandes de divorce non contestées ; c'est-à-dire que dans vingt-neuf cas, les défendeurs ou défeu-

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