‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 109 · Dans VEcho de Paris · texte numérisé non relu

Dans VEcho de Paris

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des romans et des pièces à thèse, mais leurs conclu sions ne se sont pas insurgé, en général, contre les idées qui ont fait loi jusqu'à présent.

En France, du reste, ceux qui vont en éclaireurs, qui marchent à ravant-garde dans le monde de ridée> construisent volontiers des théories sur toutes les transformations possibles ; (ils seraient peut-être les premiers à se plaindre si elles se réalisaient à leur propre foyer), mais les mœurs n'évoluent que lentement, retenues qu'elles sont, dans la province surtout, par ces ancres que constituent l'habitude, la conception héréditaire du bonheur en des formes définies, l'influence très conservatrice du milieu social.

Aux Etats-Unis, elles se modifient au gré du caprice, de la fantaisie d'agents inconnus souvent qui ne réclament pas le mérite de leur œuvre et se soucient peu des théories ; sous l'impulsion de ces deux dogmes acceptés : Liberté sans autre contrôle que celui des lois, égalité absolue. Les théoriciens ne font jamais que constater et justifier ou blâmer les transformations accomplies ; la littérature est anglaise et en conserve assez généralement la bonne tenue.

Sans doute, l'évolution ne doit pas attrister le philosophe, car il sait que l'homme réussira toujours à se créer de nouvelles sources de bonheur, suivant les états divers de son âme, suivant les circonstances dans lesquelles il se trouvera placé, la nature humaine s'améliore et se perfectionne

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sans cesse ; peut-être les conceptions nouvelles que je viens d'indiquer sont-elles logiques et pèchent-elles seulement en ce qu'elles vont à rencontre de nos habitudes, de nos instincts héréditaires, des conventions que nous aimions à considérer comme des lois. Tant pis pour ceux qui vivent aux âges de transition ! Nos petits-neveux s'accommoderont peut-être très bien des progrès que ne js redoutons.

Je n'ai pas besoin de dire que si, aux Etats- Unis, toutes les femmes jouissent d'une très grande liberté et croient y avoir droit au même titre que les hommes, le nombre de celles qui entrent dans l'arène pour lutter avec le sexe fort dans toutes les carrières autrefois réFcrvées à ce dernier est encore limité; cependant il est en progression constante depuis trente ans. Le mouvement ne pourra que s'accentuer, car ici, je le répète, il n'y a jamais de réaction ou de recul, chaque idée nouvelle suit sa voie ; depuis longtemps déjà l'opinion publique a cessé oe s'insurger contre les manifestations du féminisme, quelles qu'elles soient.'

En Europe, dans les grandes villes surtout, la situation de la femme pauvre et sans soutien est peu enviable, toutes les carrières auxquelles elle a accès sont encombrées, et lorsqu'elle réclame, elle ne fait en somme qu'affirmer son droit à l'existence et au travail. Aux Etats-Unis, le féminisme dans la phase actuelle qu'il traverse semble plutôt

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— noie produit de l'exallation nerveuse; il est une des formes de la névrose et ses revendications sont exagérées autant que peu justifiables. Les apôtres les plus ardents des droits du beau sexe sont presque tous des femmes divorcées ou non mariées qui, pour la plupart n'ont aucune raison de se plaindre de la société.

Il existe ici un type de vieille fille exagérée, sentimentale, chauvine dont aucun autre pays, pas même l'Angleterre n'offre de spécimen. Ce sont des vieilles filles ou des femmes divorcées qui écrivent les romans populaires appelés dîmcnovels dont les foules se nourrissent, qui publient sur les pays étrangers, des études de mœurs pleines de révélations bizarres, qui s'engouent pour toutes les causes baroques et proclament avec un enthousiasme fébrile les gloires incomparables de la patrie américaine. Elles réclament entre temps les droits de leur sexe à l'électorat, à la députation et annoncent l'avénement de la femme nouvelle et de l'amour libre.

C'est ainsi que pour elles au moins, s'est réalisée la prédiction de l'évêque Hopkins toucliant la confusion et le chaos qui seraient le résultat d'études trop compliquées dans les écoles de femmes.

L'une de ces dames, mistress Suzan B. Anthony a même eu l'idée de réformer la Bible dans un sens favorable à son sexe et humiliant pour le sexe laid, Mesdames Stanton, Louisa Southworth,

Lucinda B. Chaiuller, Mathilda Joslyn Cjlaijc, l'iiebe Hanaford, Clara B. Neyman sont les principales collaboratrices à cette révision. Elles condamnent, du reste, le livre sacré qu'elles appellent « le grand obstacle à la civilisation ».

En dépit de la situation indépendante et privilégiée qu'occupe la femme aux Etats-Unis, ou peut-être à cause môme de cette situation, elle n'exerce guère d'influence en tant que femme ; j'entends cetle influence douce, bienfaisante, civilisatrice qu'elle exerce ailleurs. Elle possède i'éfjalité des droits, elle n'a pas de prépondérance réelle. Sa pensée n'inspire pas d'actes de courage, de dévouement ou d'audace ; elle n'est pas la récompense ambitionnée par un vainqueur, L'artiste, le lettré, le savant américain ne voit pas illuminer son rôve de renommée de gracieux sourires de femmes. Elle ne sait pas enflammer les énergies et combattre les violences ; elle ne donne pas pour but aux généreux efforts, cette fjioire qui, suivant l'expression de Maupassant, « se recueille sous forme d'amour ».

L'évolution de la femme et la transformation du foyer domestique ont dû et doivent nécessairement produire leur contre-coup sur la situation des enfants dans la famille. M. Eliott Norton

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déplorait, il y a quelques années, dans le Fornw, iht Boston (1) la négli()ence apportée, dans foiilrs les classes delà société, à l'éducation des enfants qui, aux Etals-Unis, dit-il, « sont impertinents, autoritaires, manquent de respect à leurs parents et se montrent souvent fort grossiers ». Il ajoutait : « L'ivrogne du coin delà rue et le vagabond brutal du village trouvent leurs émules parmi Ils étudiants de nos collèges ; la différence entre eux n'est qu'une diirérence de degrés et de circonstances. Les manières et l'état d'esprit dont on fait preuve dans les joutes athlétiques entre collégiens, dans toutes les parties du pays, sont presque une honte nationale, car ils résultent non pas seulement du tempérament de ceux qui y preinient part, mais du caractère général de la population, laquelle encourage les instincts barbares des jeunes gens, par son indin'érence pour ce qui est loyal et les applaudissements hystériques qu'elle accorde à ceux qui ont remporté la victoire par quelque moyen que ce soit, honnête ou malhonnête. La joute intercolléyiale est devenue un mai, non seulement dans la vie de collège, mais dans la vie de la nation elle-même, car rien n'est plus important que la culture du sens de l'honneur et le respect de Thonnêtelé dans toute compétition ».

En 1892, après une partie de foot bail entre

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