‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 55 sur 109 · Mari et femme · texte numérisé non relu

Mari et femme

« OiiaiU aux résiillats physiques de la manie du d'''veloppemeiit des muscles qu' s'est emparée de nous dans ces dernières années, A est certainque l'opinion émise dans ce livre est celle du corps médical en général ayant à sa tête l'autorité de iM. Skey. Et il est certain que l'opinion émise par les médecins est une opinion que les pères de louies les parties de l'Aïujleterre peuvent confirmer en montrant leurs fils à l'appui. Cette nouvelle 'orme de notre excentricité nationale a ses victimes pour attester son existence — victimcb brisées et infirmes pour le restant de leurs jours. Quant aux résultats moraux, je puis a^oii raison et je puis avoir tort en voyant, comme je le fais, un rapprocliement entre le développement, eIVréiié de., exercices pliysicpjes en Angleterre et le récent développement de la grossièreté et de la hi'utalité parmi certaines classes de la population anglaise.

« L'attention publique a été dirigée par dcscentiiiiies d'écrivains sur le roiigh (individu grossier et brutal) en haillons. Si l'auteur de ce livre s'était renfermé dans ces limites, il aurait entraîné tous les lecteurs avec lui, mais il est assez courajeux pour attirer l'attention publique sur le roiigh débarbouillé et en habits décents et il doit se tenir sur la défensive vis-à-vis des lecteurs qui n'auraient pas remarqué cette vérité ou qui l'ayant remarquée préfèrent l'ignorer ».

Autant les batailles de coqs étaient en faveur

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autrefois dans les colonies du Sud, autant les combats de pugilit^tes le sont aujourd'hui, du sud au nord et de Testa Touestde l'Union; ils sont devenus un plaisir suprême dans presque toutes les classes de la population, et l'intérêt d/î millions d'individus se concentre à époques périodiques sur la force des biceps, l'agilité, la souplesse d'un Gorbett, d'un FitzSimmons, d'un Sullivan, ou d'un Sharkey.

Le jour de la fameuse lutte de Garson-City entre Gorbett et FitzSimmons il y a deux ans, la vie de la nation sembla suspendue, les affaires furent paralysées et il n'est pas un hameau, pas un village du plus lointain territoire où l'on ne s'entretînt avec passion des deux boxeurs.

Autour des bureaux de journaux, partout des milliers de personnes en proie à une agitation fébrile étaient assemblées, suivant avec une émotion indicible les phases de la lutte, immédiatement annoncées par le télégraphe dans toutes les parties de l'Union.

Pas un journal qui ne consacrât des pages entières aux détails de la rencontre, et qui ne reproduisît pour le bonheur de ses lecteurs, les moindres gestes des deux lutteurs, leurs paroles les plus insignifiantes, les encouragements des entraîneurs, les exclamations des privilégiés présents à Garson -City. J'ai sous les yeux un numéro d'un grand journal newyorkais paru le lendemain de la fameuse journée. Au-dessous des por-

traits des deux pugilistes se détachent en lettres énormes les mots suivants :

Madame Fitc est excitée. Elle ai'appme sur les cordages et encourage son mari : Frappe Bob (1) Frappe au corps! ».

Puis ce sont les scènes d'enthousiasme et de détresse qui suivent la défaite de Corbett. « Gorbett se précipite et donne du poing droit sur la joue deBob, s'écriantavec frénésie : Laisses-moi lutter quelques rondes de plus I Laisses-moi Brady !

« Brady court à Jim (2) entoure de ses bras le cou de l'ex-champion hors de lui tandis que Julian et Slenzer se placent entre Corbett et FitzSimmons qui garde son attitude inoffensive.

« Corbett crie d'une voix d'hystérique : Oh I laisse-rnoi lutter encore quelques rondes, Brady, je l'en prie, Billy Brady, laisse-moi ! Brady presse son ami contre son épaule et avec des larmes dans la voix : Tu pourras lutter encore avec lui, demain, je déposerai pour loi 20.000 dollars, viens !

« Pendant ce temps là, le champion était remonté d'un pas leste sur les degrés et sa femme embrassait avec ferveur sa figure ruisselante de sang.

« Brady alors monte sur Teslrade et avec des gestes désordonnés et d'une voix rauque il crie ;

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