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Photographie
Sciences
Corporation
enfant, en présence d'un préposé à la vente des billets du fameux cirque de Barnum. Un gros homme à barbe rousse, au teint rosé, bien découplé était assis dans une petite tente de toile, près de l'entrée du vaste amphithéâtre, deux revolvers à côté de ses liasses de billets de banque et de ses piles de monnaie, un grand Nègre debout derrière lui. Au dehors plus d'un millier de personnes attendaient l'ouverture du guichet. Il était une heure et demie et la représentation devait commencer à deux heures.
Le guichet s'ouvrit, Hnrnj'Up, (Dépêchons I) s'écria le Nègre. En dix secondes dix personnes eurent reçu leur billet et la monnaie de leur pièce. Et la foule s'engouffra dans le petit espace libre qui séparait la tente de l'entrée du cirque. Les billets d'un, de deux, de dix, de cinq dollars, les pièces de cinq, de dix, de vingt-cinq, de cinquante sous pleuvaient devant l'homme roux ; lui, impassible, sans une seconde d'hésitation jamais, rendait la monnaie, quelque compliqué que dût être parfois le calcul à faire, There ijoii are! (Voilà !) disait-il à chacun, et en trente minutes les mille personnes eurent reçu leur billet et furent placées. Cela me parut vertigineux, il me sembla que cet homme était mû par un des principes de force et de vitesse qui, dans ce pays, sont devenus les facteurs les plus importants de In vie, par la vapeur ou l'électricité. Depuis lors j'ni revu bien souvent en Amérique ce comptable
(électrique, dans les bureaux des administrations publiques, des qrandes institutions financières, (les chemins de fer, des fabriques, et mon admiration lui est restée tout entière, surtout depuis que j'ai eu occasion dele comparer avec ses collèrjues d'Europe (1).
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Dans le domaine des conquêtes scientifiques, nrlistiques et littéraires, l'apport des Etats-Unis est beaucoup moins considérable.
La science en Amérique n'est piis une puissance indépendante; elle ne compte qu'un nombre très restreint de disciples fidèles et dévoués qui l'aiment pour elle-même et la servent exclusivement ; la place qu'on lui a faite est celle d'auxiliaire du progrès matériel ; on l'utilise surtout pour la production de la richesse, mais elle constitue un auxiliaire infiniment précieux.
Jusqu'à présent les Américains se sont peu occupés d'abstractions, bien qu'ils aient produit un
1 . J'eus Toccasion un jour, à Paris, de faire changer deux livres sterling dans une grande institution financière ; le commis fit d'abord sonner les pièces sur le comptoir, prit minutieusement mon nom et mon adresse, feuilleta un instant un manuel de change, puis me demanda de passer à un autre guichet pour toiichar les francs auxquels J'avais ih'oit.
philosophe de la taille d'Kmerson , ils se sont rnrement voués à la recherche des principes primordiaux qui règlent les rapports de Tesprit et de la matière ; ils se sont rarement plies à ces études d'analyse fine et subtile qui sont comme les rayons de Rôntgen pénétrant les corps opaques et facilitant les recherches dans l'inconnu. En ce qui a trait aux sciences exactes, ils s'en sont tenus principalement à la partie utilitai»*e, à l'application; mais là, de même que dans le champ de la production matérielle, ils ont réalisé des merveilles. Ils se sont admirablement assimilé les principes découverts ailleurs, et, c'est grâce à eux sur'out, que les travaux et les veilles de chercheurs comme Claude Bernard et Helmholfz, ont pu immédiatementôtre profitables à l'humanité. La science médicale et surtout chirurgicale compte en Amérique plusieurs de ses plus brillants adeptes. Les chirurgiens américains ont taillé dans la chair humaine avec une virtuosité qu'on n'a dépassée ni à Paris, ni à Berlin, ni à Vienne; ils ont été les premiers à soulager l'humanité souffrante de certains appendices, de certaines tumeurs douloureuses, de certaines excroissances pernicieuses. Mais ils sont si bien outillés 1 J'entendais un jour exprimer celte opinion que les chirurgiens des Etats-Unis ayant accès aux hôpitaux et aux institutions de bienfaisance publiques et privées, se voient munis d'outils et d'instruments tellement perfectionnés, trouvent à leur
disposition des salles si conPortables, un service si admirablement organisé qu'ils ne peuvent faire autrement que d'être habiles. Ainsi les conquêtes matérielles auront pr éparé la voie aux conquêtes scientifiques.
L'art américain, l'art pictural pu moins, n*est jirobablement pas inférieur à celui des peuples de l'Europe, la France exceptée ; il a produit des élèves remarquables. II n'a cependant pas encore produit de maîtres.
Les peintres américains n'ont rien créé, rien emprunté aux conditions particulières du sol, du climat, de l'état social et économique de leur pays. Nous attendons encore l'artiste qui léguera aux fjtMiérations futures, la vision confuse, bizarre, désordonnée de la phase actuelle de la vie natioiiîde, qui en synthétisera la vigueur, l'énergie, l'activité fébrile ; le révélateur qui dira les merveilles de beauté que notre Amérique recèle en ses fl'Mives géants, en ses forêts immenses, en ses plaines et ses sierras.
Beaucoup de paysages américains sont de tous points admirables ; les villes ont des parcs splendides ; d'un bout à l'autre de l'Union des résidences luxueuses entourées de jardins égaient le regard; la nature sauvage des territoires non colonisés est incomparable.
Il est vrai que le progrès industriel a étendu
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son rf^seau dévoies ferrites et semé des usinesct des fabriques dans toutes les directions, qu'il se trouve peu de coins du firmament que n'obscurcisse pas la fumée, peu d'échos qui ne répètent pas le cri strident de la locomotive. Peut-être aussi la vie nomade en quelque sorte, qui est cellf de presque tous les citoyens américains appartenant aux classes aisées, empêche-t-elle le spectitcle de la nature de rien imprimer dans les âmes ou de laisser dans les yeux le goût d'aucun arrangement spécial.
« L'amour des arts en général et de la peinture en particulier s'est développé chez les jeunes Américains d'une façon remarquable depuis quelques années, écrivait Frédéric Gaillardet, vers 1880. Ce qui lui a donné cet essor, c'est le brnil des sommes énormes payées par les Stewart et les Vanderbilt pour les tableaux de Jérc^me et de Meissonnier. On a été frappé de ce fait. L;i peinture se paie donc I s'est-on dit, et elle a et»'; réhabilitée. Les artistes sont maintenant autant estimés en Amérique que tout autre fabricant on négociant ».
A l'heure qu'il est, grâce à cette contagion de l'exemple dont j'ai parlé plus haut, il n'est pas un pays au monde où le goût de la peinture soit aussi répandu qu'aux Etats-Unis. Les écoles d'art de toutes les principales villes de l'Union sont fré-