‹ L'âme américaine [microforme] (volume 2)Chapitre 86 sur 109 · mai · texte numérisé non relu

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2. Cependant je cueille l'écho suivant dans un journal parisien. « Les milliardaires désertent New-Yoriv. Cet exode ([ui inquiète beaucoup les Américains a pour motif l'exagération des impôts. Les milliardaires trouvent les taxes qui los frappent beaucoup trop lourdes. La tariiille Bradley- Martin payait 300.000 francs par an rien que pour ses bijoux et meubles personnels. En se fixant à Londres,

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« Les grandes compagnies, dit un autre journal américain, suivent l'exemple des grands industriels. A New- York, le Metropolitan strcet raitwaij. (Le chemin de fer métropolitain), au capital de 45 millions de dollars et au revenu annuel de 10 millions, ne paie pas un sou de redevance à la ville dont il occupe et utilise les voies. Les législateurs sont achetés, les employés du fisc sont achetés, les juges sont achetés; l'argent tout puissant par son accumulation a toujours le dernier mot ».

Les préoccupations que font naître ces fortunes trop rapidement amassées, ces associations industrielles trop puissantes et qui abusent de leur puissance pour se mettre au dessus des lois, restent encore, cependant, d'ordre tout spéculatif; elles fournissent la matière d'abondants articles de revues et de journaux ; elles ne constituent pas un malaise réel. Mais, en môme temps, l'esprit du public s'habitue peu à peu à cette idée que, les anciennes méthodes, les lois des siècles passés, les vieux remèdes ne seront pas suffisants pour corriger les abus de l'état économique actuel et que les maux que l'on sent imminents dans un avenir phis ou moins éloigné, demanderont un traitement nouveau.

cette famille sera frappée d'impôts beaucoup moins importants ». [L'Echo de Paris, juin 1899).

Il est possible que les balances du fisc ne soient pas égales pour tous les millionnaires.

La (jrande majorité de la nation est encore composée de propriétaires et de satisfaits. La plupart des ouvriers, des prolétaires, sont nés à l'étranger, et, lorsqu'ils comparent leur état ncluel à celui qui leur était fait au pays natal, l'idée ne leur vient probablement pas de récriminer et de se plaindre.

Quand les abus des capitalistes deviendront trop criants, un parti politique, sans doute, fera de leur redressement, son programme électoral et la révolution s'accomplira au sein m«^me du Congrès. Le peuple, aux Etats-Unis, n'est nulle part absolument illettré, il n'est ni naïf, ni résigné ; il ne croit pas aux privilèges ; dès que le capital amoncelé en constituera un trop évident, il verra t\ le faire disparaître ou à le rendre inolfensif. La législation générale des vingt-cinq dernières années a constamment poursuivi le but de favoriser les classes pauvres et d'outiller les ouvriers de manière à ce qu ils puissent lutter avec avantage contre les capitalistes.

On ne conçoit pas, aux Etats-Unis, le travailleur, l'ouvrier prostré, affaissé, craintif, se repliant sur lui-même dans sa misère et souffrant en silence ; on sent qu'il révolutionnera sans hésitation et que devant lui les obstacles nés de l'habitude, de la routine, d'une conception surannée du droit, ne tiendront pas longtemps.

Jusqu'à notre époque la terre des domaines publics a constitué à l'Union une soupape de

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sûreté. «. Le domaine publie, disait Henry Tiftorf)e (1), a été le (jrand fait qui, depuis le jour où les premiers colons débarquèrent sur les cotes de l'Atlantique, a formé notre caractère national et coloré notre pensée nationale.... En Améri([ue l'individu, quelle que soit sa condition, a toujours le sentiment que le domaine public est derrière lui, et la connaissance de ce fait, aqissant et rraqissant, a pénétré notre vie nationale tout entière, lui donnant la yénérosité et l'indépendance, l'élasticité et l'ambition ».

Le temps n'est pas éloiqné où toutes les terres du far west seront colonisées ou seront devenues la propriété d'un certain nombre de grandes cornpaqnies.

L'agriculture a subi une crise profonde en ces derni<^res années, les produits se sont vendus à des prix dérisoires ou ne se sont pas vendus du tout, et si les fermiers n'en ont pas trop souffert, c'est qu'ils sont habitués à Pordre, qu'ils se défient généralement du crédit et qu'ils ont sagrment restreint leurs dépenses. En outre, l'Etat qui n'a pas d'armée à entretenir ne leur demande rien, ni contributions, ni prestations, ni taxes scolaires; à peine un léger impôt foncier.

Les économistes américains ne croiert pas qu'en dehors des temps de guerre ou de sécheresse, alors que les récoltes d'autres pays pro-

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