‹ L'âme américaine [microforme]Chapitre 105 sur 121 · La Tribune de Woonsocket · texte numérisé non relu

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tels que le World et le Journal de New-York. Sion nous appelle au feu, nous ferons sans hésiter notre devoir, mais le meilleur service que l’on pourrait rendre au pays ce serait de pendre haut et court à quelque poteau télégraphique, les journalistes de la presse jaune.

— Croyez-vous que nous ayons des motifs suff.sants pour déclarer la guerre à l’Espagne ?

— Du tout, les Cubains ne sont que des sauva- Hu ges dans les veines desquels coule un mélange de sang espagnol et de sang nègre. Incapables de se gouverner eux-mêmes, ils ne méritent pas d’entrer dans la République américaine comme citoyens libres. Si jamais l'oncle Sam les admet dans l’Union, il commettra une grande faute qu'il regrettera amèrement plus tard.

— Ÿ at-il aussi des chauvins däns la marine ?

— Oui, dans la marine comme au Congrès, il y a des écervelés.

{ci encore M. Tilden intervient pour rappeler le sous-officier à la prudence et nous ne jugeons pas à propos de pousser notre interrogatoire plus loin ».

Les Philippines ont été arrachées à l'Espagne, le drapeau espagnol a cessé de flotter sur Cuba, et sur Porto-Rico; déjà des industriels, des capitalistes, des négociants américains sont à l’œuvre

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Il est sûr que les Cubains ne s’en porteront pas plus mal et que le joug américain ne leur sera pas lourd.

La conquête des Philippines sur les Indigènes se poursuit lentement, sans enthousiasme, et il faudra les excitations fébriles de la presse chauvine, pour que la victoire finale soit saluée par les acclamations unanimes qui ont salué jusqu’à présent toutes les victoires américaines.

Ce qui est gros de conséquences, c'est le fait que les Etats-Unis ont rompu avec leurs traditions et sont entrés dans la voie de l'impérialisme. Pendant la période coloniale avant d’entreprendre une guerre, on cherchait à s’autoriser des textes de la Bible que l’on discutait longuement et que l’on savait toujours, à la vérité, concilier avec ses intérêts. À partir de la fondation de la République, la Constitution, la Déclaration de l’Indépendance, les enseignements de Washington, de Jefferson et de Monroe ont été l’évangile religieusement suivi. Il semble maintenant que chez une partie importante de la population, on ne veuille plus prendre conseil que de son bon plaisir et ne consulter que sa force. La constitution américaine qui a rompu avec les traditions de violence, de guerres et de conquêtes dont jusqu’alors s'étaient inspirés les peuples, a été une œuvre de sang-froid et de raison. Ce n’est que par

la raison et le sang-froid qu’elle peut être maintenue. Mais voilà que des facteurs avec lesquels on n’avait pas compté se révèlent,

Les éléments qui composent la grande majorité de la nation ont leur histoire ailleurs, sous d’autres cieux ; une histoire qu'ont façonnée d’autres idéaux et d’autres principes. Chez eux, l’atavisme inconscient maintenant se réveille, les germes déposés en eux par le passé et longtemps comprimés, éclosent sous le chaud courant du chauvinisme. Le Celte qui domine absolument, aujourd’hui, dans l’Union est essentiellement et avant tout, un combatif qui lutterait rien que pour le plaisir de la lutte, rien que pour l'ivresse de la bataille. « Toutes les nations modernes, écrivait le duc d’Argyle, doivent leur existence à la querre ; les guerres l'Irlande n’ont donné et ne pouvaient donner naissance à aucune nation, elles ont été purement destructives » (1).

Les Etats-Unis qui ont avancé trop vite, devront-i's donc, ainsi que le prétend le grand philosophe anglais, Herbert Spencer, retourner en arrière, recommencer leur évolution et passer par les mêmes errements que les nations de l’Europe ? On va conserver les Philippines et Cuba parce qu’on ne saurait ni les abandenner à l’anarchie, ni les céder à une puissance étrangère, ni les rétrocéder à l'Espagne. Il faut se soumettre à la

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