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Le 8 juin 1676, Sir W. Berkeley, gouverneur de la Virginie, écrit à Sir Thomas Ludwell (1). « Les Indiens ont détruit plusieurs villes dans la Nouvelle-Angleterre, tué plus d’un millier de miliciens, fait le désert sur environ cent milles de terrain qu’on avait mis plusieurs années à coloniser et à bâtir ; ils n’ont eu le dessous dans presque aucune rencontre. Je ne m'attends pas à recevoir de bonnes nouvelles de ce côté, car les Puritains n’ont pas, ou prétendent ne pas avoir d'argent pour payer leurs soldats. Mais quoi qu’il arrive, ils ne se relèveront pas de ces désastres d'ici à vingt ans ».Et le gouverneur de la Virginie, après avoir établi le détail des pertes qu’ils ont faites, ajoute : « Je Les plaindrais, s’ils Pavaient
mérité par leur conduite envers Dieu et envers le roi ».
D’après les documents de source pur'taine, il semble cependant que sir W. Berkeley aexagéré l'importance des ravages exercés, lors des incursions indiennes de 1676. Les dix ou quinze années qui précédèrent la conclusion du traité d'Utrecht, furent particulièrement malheureuses ; un grand nombre de villages de la Nouvelle-Angleterre furent brûlés et beaucoup de colons massacrés,
Trop exclusifs et trop fanatiques pour exercer aucune séduction sur l’homme des bois, trop pacifiques pour lui inspirer de la crainte, les Puri-
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tains ne réussirent même pas à gagner sa confiance ; car à plusieurs reprises, de même que les Virginiens, ils mirent à mort des parlementaires et des otages. Les Indiens s’en vengèrent cruellement. Aucun chef des milices de la Nouvelle- Angleterre ne se distinqua par des faits d’armes ou par une stratégie habile.
La guerre qui fut poussée plus tard avec énerqie par le gouvernement anglais contre la Nouvelle France ét qui devait se terminer par la prise de Québec en 1760, eut, entre autres résultats, celui de préparer les différentes colonies à l’union, leurs milices prenant part aux mêmes campagnes et luttant sur les mêmes champs de baiaille.
Si les Puritains étaient très pieux, ils étaient en même temps très âpres au gain.
Il peut sembler, au premier abord, qu'il y ait contradiction entre la piété, la résignation aux desseins de la Providence, la pensée constante de l’autre vie et la soif des biens de ce monde, l'énergie poussée à ses dernières limites dans la conquête de ces biens. Il est certain, cependant, que l’amour du gain et lesprit religieux ont tou- Jours fait bon ménage. La religion de Calvin, en enseignant l'austérité, ne préconisait pas la pauvreté,ctles Puritains dont les Ecritures étaient la seule lecture, n'ignoraient pas la parabole des talents ; toute leur activité terrestre était appli-
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sr DE eue quée à cette fin : Améliorer leur situation, acquérir de la fortune.
« Chaque fois que la piété du Yankee se heurte à son amour du gain, c’est ce dernier qui l’emporte », a dit à une époque plus rapprochée de nous, un observateur anglais (1).
L'amour et le respect de la richesse ont été dans la Nouvelle-Angleterre, de même que dans les autres colonies anglaises, un grand stimulant à l’action et un facteur de progrès.
Ainsi, nous avons peine à comprendre, de nos jours, par quels miracles de travail, d'économie ei de prévoyance, les fermiers puritains ont pu réussir à conquérir l’aisance, en cultivant les terres ingrates du Massachusétts et du Rhode- Island.
Cetamouret ce respect, les Puritains les tenaient surtout de leur hérédité anglo-saxonne.
Dès le xv° siècle, en Angleterre, toutes les carrières qui, autrefois, n'étaient accessibles qu’aux chevaliers, sont à la portée de quiconque possède un certain revenu. Le cens établit les limites de la distinction sociale ; les seigneurs ne croient pas déroger en s’occupant de la culture de leurs terres,
de la vente de leur laine et du croît de leurs troupeaux.
Les Puritains, de même que les Virginiens
1. Iamillon. Meaand manners in America, p. 126 (Londres 1835).
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avaient quitté un pays où le squire ou propriétaire foncier jouissant d’un certain revenu, occupait le premier rang au-dessous des barons et où, pour être membre du jury et juge de paix il fallait figurer au cens pour un certain montant fixé. A joutons que, dans la Grande-Bretagne, le pauvre, alors comme aujourd'hui, était un fardeau pesant sur les contribuables, et qu’il était méprisé. On comprend que la grande ambition du colon devait être de se créer un patrimoine et d’accroître sa fortune. |
Le contraste le plus frappant qui se puisse observer, à cette époque, entre les colonies françaiseset celles de l'Angleterre, c'est l'importance différente attachée aux questions d’argent. Ainsi, quand les colonies anglaises sont attaquées, saccagées par les Indiens et qu’il s’agit de se défendre, ce qui paralyse et retarde la répression, c’est la question des frais de querre, d'armement et d'équipement, dont chaque groupe ne veut supporter qu’une part minima,
Dans la Virginie, on lésine pour le traitement des curés; on refuse parfois ce traitement aux gouverneurs dans la Nouvelle-Angleterre. Les Canadiens, eux, qui se battaient sans être payés et vivaient pour ainsi dire au jour le jour, se trouvaient, au moment de la conquête par l’Angleterre, alors qu’ils ne comptaient que soixante-cinq mille âmes, créanciers du gouvernement français pour quarante millions de francs,
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«Les Virginiens sont hospitaliers et magnifiques, dit Chastellux (1), mais très attachés à leurs intérêts, et leurs grandes richesses jointes à leurs prétentions rendent encore ce vice plus difforme ».
La population de la Nouvelle-Angleterre (2) était composée, en grande partie, de fermiers qui ne cultivaient quère que l’orge et le seigle. Leur manière de cultiver était restée primitive, ils se servaient de la charrue en bois tirée par des bœufs et semaient le grain à la voléc. La vie du fermier toute de travail et d’économie était la simplicité même; sa nourriture d’un bout à l’autre de l’année se composait de deux seuls plats, du poisson fumé et du lard avec du pain de seiqle. La semaine, il portait une chemise et un pantalon de nankin. Le dimanche, on lui voyait un complet de grosse étoffe qui lui durait sa vie et qu’il léguait à l’un de ses fils avec sa ferme, ses instruments aratoires et ses bestiaux. Sur la cheminée, il avait à côté de sa Bible un volume des sermons d'Edwards, qu’il lisait d’une voix monotone, à la lueur d’une chandelle de suif, le soir, après sa journée faite.
1. Op. cit. Vol. 1I, p. 152, 2.. MacMaster. History of the American People Vol. 1°, p. 10 et suiv.
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Le fermier produisait sur sa ferme tout ce qui était nécessaire à sa subsistance. Avec dix dollars par année, il achetait les clous, le sel et les quelques autres petits objets indispensables, ce qui lui permettait de mettre de côté, bon an mal an, environ cent cinquante dollars.
Les habitants de la Nouvelle-Angleterre ne se contentaient pas de défricher des terres, ils construisaient des scieries, des navires et faisaient un grand commerce. Dès 1665, la seule province du Massachusetts possédait 192 navires, petits et grands.
« Boston (1), un peu avant la querre de l’Indépendance, avait une population de quinze mille âmes. Une partie de la ville était bien bâtie, les maisons étaient confortables et les rues bien entretenues. Dans la partie ancienne, les maisons étaient pauvres et sales, construites entièrement en bois, avec des auvents en planches brutes et des toits de bardeaux surmontés de vilaires balustrades sur lesquelles, les jours de lessive, les chemises et les jupons flottaient au vent ».
Plusieurs des villes du littoral jouissaient d’une grande prospérité ; leurs navires faisaient un important commerce de contrebande avec les colonies françaises et espagnoles et allaient jusqu’en Afrique, ou s’occupaient de la pêche de la baleine.
Les Yankees devaient nécessairement parvenir