‹ L'âme bretonne (volume 2)Chapitre 28 sur 53 · TRADUCTION · texte numérisé non relu

TRADUCTION

Si j'en puis trouver la manière, je rimerai volontiers, pour me divertir, un débat tout flambant neuf qui s'est élevé entre un conidiuiier et un sabotier. I.a bouteille au poing, ce sont deux garçons fort délicats.

Tous deux m'ont promis, si je conduisais à bien leur débat, une douzaine d'oeufs fricassés, un chanteau de pain blanc et un coup à boire à la fin de ma chanson.

La bombarde ne sonne que si l'auche est mouillée et elle sonne alors à la perfection. Paur former un débat entre l'un et l'autre, je n'ai qu'à laisser parler la vérité.

LE SABOTIER

« L'hiver, dit le sabotier, c'est à moi qu'il appartient d'habiller les pieds des gens délicats, tandis que toi. cordonnier infâme, avec tes souliers, tu ne leur apportes que des maladies et nombre de misères.

LE CORDONNIER

« Ma profession est estimée un peu plus haut que la tienne, homme des chaussures de bois 1 S'il fallait que les voyageurs se servissent de tes sorgello. Ils mettraient le double de temps à faire l'étape.

• LE SABOTIER

« Pour disposer la terre à recevoir la semence, c'est une chose nécessaire d'avoir des sabots. On ne voit guère de gens bêcher avec des souliers. Et tu oses dire que je ne suis pas nécessaire !...

LE CORDONNIER

« Je sais que les sabots conservent la santé et qu'ils préparent la terre à recevoir le blé, tout de même que, si l'on passe la herse (?) sur un champ, les souliers sont plus légers pour courir que des sorgello.

LE SABOTIER

« Quand viendront la neige et la glace et le dur hiver, il faudra que l'alêne du cordonnier fasse trêve. (Pendant ce temps) moi je toucherai de l'argent partout dans les foires. Toi, tu me regarderas, la bouche ouverte.

LE CORDONNIER

« Quand le mois de mars arrivera et le renouveau et (que ce sera le temps) de revêtir de beatLx habits et des chaussures de cuir, alors les sabots seront estimés moins que rien. Des chaussures de cuir pour se promener, voilà le délicat I

LE SABOTIER

« II te faut souvent aller chez le tanneur. Et tu n'as sur toi que trois écus et demi. Mol, d'un seul coup, je dépense jusqu'à cent vingt écus pour acheter le bois qui sert à fabriquer des sabots aux paysans.

LE CORDONNIER

- Tant mieux pour toi, mou ami, si tu as un tas d'argent! Les gens qui en ont moins vivent quand même honnêtement. Je mange viande et soupe ot ma boutUie à midi et je prétends vivre aussi bien que toi à mon ordinaire.

LE SABOTIER

<• Il est temps d'en finir, car la nuit approche et notre hôte fera grise mine si nous ne consouimons pas. Cordonnier et sabotier, il pourrait bien nous donner congé et nous mettre à la porte en nous priant d'aller (continuer notre discussion) chez nous.

LE CORDON'NIER

« Il va y avoir du grabuge dans l'hùtellerie. dispute entre amis et peut-être crêpage de cheveux. C'est le parti le plus fort qui l'emporte en chaque affaire. Si tu veux, allons-y », dit le cordonnier.

Et les voilà, le ventre plein, qui se jettent l'un sur l'autre, tels deux chiens furieux, et qui s'agrippent et se gournient comme des malfaiteurs, au point que l'aubergiste est obligé de s'armer d'un bâton à riboter et de cogner dessus pour leur faire lâcher prise, tant ils sont bien accrochés !

Demandons une chopine pour les départir. L'aubergiste nous servira volontiers, si nous le payons. Et buvons chacun un coup à la fin de la chanson. Il faut que tout le monde ait des chaussures, à moins de marcher pieds nus.

Celui qui a rimé ce débat ingénieux, élevé entre un cordonnier et un sabotier, celui-là en a composé bien d'autres: son nom est Jean Le Guen. Et vous le voyez ordinairement a la fin de ses chansons.

Ceux de mes lecteurs qui connaissent le breton n'auront pu manquer d'être frappés par la verve abondante de ce petit poème renouvelé des jeux-

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