VI PREFACE
rêve millénaire. Aux vieux partis qui lui chevrotaient l'antique et somnifère berceuse : Kousk, Breiz-Izel {Dors, petite Bretagne...), elle a répondu par un de ces bonds prodigieux comme en font seuls les peuples extrêmes, les races impulsives chez qui le sentiment tient lieu de raison. Un peu partout, à Vannes, à Nantes, à Rennes, à Lorient, à Saint- Malo, à Lanmon,à Roscoff, une Bretagne jacobine et libre-penseuse remplace sans transition la Bretagne de r ancienne formule, conservatrice et catholique. Les campagnes emboîtent le pas aux cités. Tel est le déconcertant phénomène auquel nous assistons. Et pourtant, avec d'autres, après d'autres, fai écrit : « Rien ne change en Bretagne... » Uécrirais-je encore , cette phrase sejitencieuse et péremptoire? Peut-être. V essentiel d'un peuple j c'est son dme. Et lame bretonne est sensiblement la même aujourd'hui qu'hier : le chimérique Merlin na pas rompu l'enchantement de Viviane, mais Viviane, pour lui plaire, a pris un autre visage et s est coiffée d'écarlate. Saclmnère a changé, — non pas lui, le doux, l'incurable dément !
Aussi bien un vieux levain d'anarchisme fermenta toujours au fond des diverses familles de La race celtique ; Hervé n'est pas un accident ; il faut toujours en revenir, quand on parle des Celtes, au dur et méprisant verdict du proconsul romain : ce peuple est tout faction.