‹ L'âme bretonneChapitre 9 sur 58 · DANS LA CORNOUAILLE DES MONTS · texte numérisé non relu

DANS LA CORNOUAILLE DES MONTS

frennou (1), 1rs échos de la langue française ne résonnent jamais ou presque jamais ; les traditions primitives s'y perpétuent, ainsi que les naïves superstitions d'un autre âge. Attachés à leur sol natal, ces hommes des landes, sous de rudes dehors, sont les plus doux et les plus hospitaliers des Bretons. ->

Souvestre avait déjà noté le fait et rappelé ce vieux rite de Thospitalité cornouaillaise : la boisson de bienvenue versée dans un pichet commun que le chef de maison tend à son hôte après y avoir bu le premier.

Mais c'est à sa conception du divin qu'on peut mesurer le mieux le degré d'élévation morale de ce peuple. Religieux, certes les Cornouaillais le sont autant et plus peut-être que leurs compatriotes des basses terres ; mais leur religion ne s'épanouit point au dehors ; elle est sobre de démonstrations, comme toutes les religions qui ont leur point d'appui dans la conscience. Et peut-être aussi qu'elle se souvient confusément de ses lointaines origines pramanthiennes. « Tant que le feu ne sera pas éteint à mon foyer » est une des locutions favorites de ce peuple: comment ne pas voir là une survivance du passé, du temps où le feu était pris pour symbole de la famille, oîi l'âtre servait d'autel et se confondait avec le dieu qu'on y honorait?

Ce culte du foyer, qui s'associe au culte des morts dans toutes les religions primitives et qui fut peut-être fondé sur lui, comme Fustel de Coulanges incline à le

(1) Cf. La vie de fumille dans les Montaynes-yoïies, par François JafTrennou (Aubert, Le livre de la Bretagne).

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croire, dut longtemps suffire aux Cornoiiaillais des hautes terres qui, même aujourd'hui, me dit-on, considèrent le foyer domestique comme un asile inviolable et sacré. Le père y tient la première place ; après lui, les enfants mâles et les serviliiurs du même sexe ; la mère n'arrive qu'ensuite. Non point que son influence soit contestée ni contestable et que la femme, en Cornouaille, ait abdiqué ce sens aiguisé et cette entente des intérêts domestiques qui lui assurent presque partout en Bretagne la direction occulte du ménage ; mais cette influence ne se traduit par aucun signe extérieur: à table les hommes et jusqu'aux valets de charrue sont servis les premiers; à l'église, tandis que le chœur et le transept sont réservés aux paroissiens du sexe fort, les femmes sont reléguées au bas de la nef; en visite, la femme s'efface pour laisser passer l'homme; en voyage, elle se tient à l'écart de l'homme et un peu en arrière ; la mort môme ne rétablit pas l'égalité entre les deux sexes et l'on cite certains cantons des Montagnes-Noires où le mari ne porte pas le deuil de sa défunte...

De telles mœurs nous étonneraient chez un peuple qui poussa le culte de la femme au point d'idéaliser ses faiblesses et de proclamer la fatalité de l'amour, dans le pays de Tristan et d'Iseult, à lorée des bois où Merlin, après treize cents ans, n'a pas encore rompu l'enchantement qui le retenait prisonnier de Viviane, si nous ne savions tout ce que cette apparente dureté de l'homme dans les ménages cornouaillais cache en réalité d'i.nfini respect pour la mère, de tendresse silencieuseetprofonde pour l'épouse. Aussi bien

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