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AUX CHAMPS, A LA MER, A LA MONTAGNE

LA CLEF DES CHAMPS

L'homme s'agite et Dieu le mène. On ne fait pas ce qu'on veut, et plus d'un s'est enraciné là où il comptait passer seulement. Tel est mon cas. Rural dans l'âme, je me suis trouvé retenu par le labeur impératif au sein d'une cité monstre, et j'y mourrai sans doute un jour, ayant gardé vivace au fond du cœur le souvenir aimé des forêts et des champs

En attendant, je profite des bonnes occasions pour échapper par intervalles à ma prison...

Tel était le commencement d'un article

LA CLEF DES CHAMPS

que je voulais écrire pour des amis, vers le dix mars, à Chêne-Bougeries, près Genève; il fut interrompu par d'autres occupations. Je le continue aujourd'hui, fin avril, àMontanasur-Sierre, dans le Valais, près du lit de mon fils. Ah! le chemin incertain de notre vie, quelles courbes il décrit, comme il monte ou baisse à l'improviste! Voilà un commencement d'article auquel j'aurai donné une suite à laquelle je ne pensais guère alors.

La clef des champs m'a été offerte, ou plutôt imposée, pour plus longtemps que je ne l'eusse désiré. Et maintenant, dans la solitude alpestre où je suis, la direction que prennent le plus souvent mes pensées, est celle de ce Paris auquel, il y a peu de temps, je me félicitais d'échapper quelquefois.

Quand je dis clef des champs, pour le moment, ce n'est pas à prendre au sens littéral. Des champs il n'}r en a pas ici, hormis les champs de neige. La charrue affectionne la plaine et les régions inférieures des montagnes. Elle ne monte pas à l'alti-

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tude. On n'entend ici ni le fouet du laboureur, ni le chant du semeur; mais seulement le bruit des torrents qui courent à la vallée et laissent au flanc abrupt de la montagne de profonds sillons.

Mais combien cette région solitaire des sommets estbelle ! Quel cachet degrandeur y est imprimé! Et comme ces géants des Alpes, immobiles sous le ciel, font penser à ce qui ne change pas. A chaque instant, des passages de l'Ancien Testament chantent dans ma mémoire. Les Prophètes et les Psaumes sont pleins d'images empruntées à la montagne.

«L'Eternel est un rocher, une haute retraite». «Je lève mes regards vers les montagnes d'où me vient le secours». En les voyant assises sur leurs bases, rangées tout autour de ce vaste horizon, semblables à de blanches et imposantes majestés, il me semble que ce sont les témoins de Dieu, des monuments qu'il a posés là pour dire: «Ce que j'ai promis tient bon».

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Et puis, à travers la massive solidité de ces choses visibles, l'invisible m'apparaît, dont tout ce que l'œil voit n'est que le symbole. Et ces paroles de l'Esprit sonnent aux profondeurs de mon âme. «Avant que les montagnes fussent nées et que tu eusses créé la terre et le monde, d'éternité en éternité, tu es Dieu. »

«Les montagnes crouleront, les collines chancelleront, mais ma grâce ne chancellera pas et mon alliance de paix ne tombera point. »

«Le ciel et la terre passeront; mes paroles ne passeront pas.»

Si la montagne est grandiose, elle est gracieuse aussi.

Rien de plus impressionnant que ces contrastes: Sur l'immensité de l'Océan, le corps léger et neigeux d'une mouette bercée par la vague, ou sur le dos gigantesque de la montagne, la petite gentiane d'un bleu intense... Oh, ce bleu! Je pense, en me penchant sur cette corolle, à celui

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qui disait: «Regardez les lys des champs... Salomon même, dans toute sa magnificence, n'était pas vêtu comme l'un d'eux.» Et je ne puis m'empêcher de penser :

Comme il était bon de suspendre ses paroles de vie éternelle aux choses les plus fragiles de la terre, et de nous envoyer dire par une petite fleur: «Ne vous mettez point en souci!» En vérité, l'Evangile libérateur ne saurait être confié à de plus gracieux messagers.

Et je ne me plaindrai pas d'avoir marché par des sentiers inconnus et douloureux, si parfois, aux détours où je suis le plus hésitant, il m'est donné de rencontrer ce compagnon, le plus désirable de tous, dont la parole rassure, dont le regard met de la lumière sur toutes choses, et dont l'esprit nous fournit la clef du royaume des cieux.

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