LA PRIERE D'AVRIL
O mon Dieu, Vous avez disposé ce printemps Selon votre sagesse insondable ! J'accorde Qu'il convient de louer votre miséricorde, Si j'ai le cœur si gros et si je souffre tant.
Oui, mon Dieu, Vous avez disposé l'aventure Pour que mon cœur fût pris saintement dans les rets Des prunelliers en fleurs et des bois violets Où papillonne un peu de frileuse verdure.
yS L'AME DES SAISONS
Vous avez disposé ces choses, je le sais, O mon Dieu I et j'avoue et conviens sans cautèle Qu'il est bon que mon cœur se traîne, privé d'Elle, Et rôde dans l'avril comme un oiseau blessé.
Vous avez ordonné tout ceci, je le sais.
Ce fabuleux espoir de doutes oppressé,
Et cet amour en pleurs parmi les fleurs, et cette
Enervante langueur dans la brise inquiète...
Oui, Seigneur, il fallait que je fusse meurtri ; Il était juste et bon, utile et nécessaire. Qu'une Enfant au regard plus doux que la lumière Fît sangloter mon cœur vers un Bonheur sans prix.
Car l'hiver léthargique avait glacé mon âme ; Un édredon mortel la couvrait peu à peu ; Pour la faire revivre, il fallait, ô mon Dieu, Le doux rayonnement d'un sourire de femme.
Maintenant, réveillé de mon somme en sursaut. Je sens un feu divin brûler dans ma poitiine. Et, malgré que mon cœur soit couronné d'épines. Je comprends la noblesse et la beauté qu'il faut.
L x\ZUR ET LES LILAS 79
Oui, Seigneur, je comprends, moi, le faible et le lâche,
La souffrance sacrée, et l'héroïsme pur.
Et la nécessité de marcher sous l'azur
Avec un cœur, blessé peut-être, mais sans tache!
Depuis que cette Enfant a rayonné sur moi. Je hais, comme l'enfer même, le mal infâme, Et je sens noblement se lever dans mon âme Une fîère moisson de candeur et de foi.
Que votre volonté très sainte s'accomplisse. Décidez, ô mon Dieu, selon votre justice, — Et, s'il se peut aussi, selon votre bonté, — Du chemin qui me doit guider vers la clarté.
Qu'il s'allonge à travers la souffrance ou la joie, Sous l'azur lumineux ou les nuages bas. Parmi l'ortie ardente ou les tendres lilas, Merci, Seigneur, si votre Droite m'y envoie!
7 avril 1906.
Ma Bien-aimée est comme un oiseau dans les bois. Elle gazouille d'aise et soupire parfois, Et puis se tait, heureuse et douce, laissant luire Ses grands yeux et sa bouche agréable sourire.
Je l'aime ! Elle est surprise un peu de tout cela, Elle est émue un peu d-'ètre si près des anges. Elle incline en rêvant sa tête de mésange Et s'alanguit ainsi qu'un buisson de lilas...
l'azur et les lilas 8i
Oh ! je l'aime ! Je veux pour lui plaire être pur, Etre bon, ordonner pieusement ma vie ; Son regard a rendu à mon âme ravie La robe d'innocence à ceinture d'azur !
MaBien-aimée est comme un oiseau dans les branches D'un pécher rose ou d'un mélèze reverdi ; Auprès d'Elle, mon âme est comme en paradis Dans l'avril bleu, moussant d'écume verte et blanche.
Elle est charmante, elle est heureuse, elle dit oui ; L'avril léger gazouille en son œil ébloui ; Elle est pareille à la fauvette à tête noire; Son regard est si doux que je le voudrais boire.
Elle va, elle vient, elle s'assied, sourit. Et se redresse, et marche, et sa robe décrit Avec un doux frou-frou des courbes gracieuses, — Et mon âme en chantant suit la capricieuse !