L'ACACIA
Premiers vers pour Elle
Mille abeilles bruissaient dans la fraîche ramée Du vieil acacia, dont l'ombre parfumée S'allongeait en velours sur le gazon fleuri, Et l'heure fut exquise où vous avez souri. Câline, et demandé des vers.
La tiède brise.
Frôlant le chèvrefeuille en fleurs et le cytise. Nous apporta soudain le chant d'un rossignol. Ce fut d'abord un son flûte, suivi d'un fol Epanouissement de notes cristallines, Jet sonore fusant en gouttelettes fines.
Pour expirer parmi les frissons du taillis
En un mystérieux et frêle gazouillis.
Alors, — vous souvient-il ? — une métamorphose
Imprima son cachet céleste à toute chose,
Rendant l'herbe plus verte et les parfums plus doux
Et la nature belle à tomber à genoux !
La fleur fut un cantique et l'arbre une prière ;
Le pa5^sage entier trembla dans la lumière;
La Terre tressaillit et, dans le grand ciel bleu,
Plus visible apparut le sourire de Dieu...
Et dans vos yeux, remplis de la douceur des choses. Je lus l'émotion langoureuse des roses, L'ivresse des oiseaux et le bonheur confus De l'herbe ensoleillée et des chênes touffus. Et tout le magnifique et pénétrant mystère De la bonté divine éparse sur la Terre. Et vous fûtes rêveuse et grave un long moment, Et vous avez baissé la tête doucement...
Oh ! vous me demandiez des vers, Mademoiselle, Et vous ne songiez pas que la voix solennelle De la Terre rythmait des accents glorieux A faire honte aux vers les plus mélodieux,
Que la coupole bleue au-dessus de nos têtes Eclipsait en splendeur les rêves des poètes, Que la ramée avait des murmures plus doux Que des accords de lyre, et que vous étiez, vous. Le poème vivant et la strophe très pure Où chantaient les frissons de toute la nature !
Juin 1901