‹ L'âme des saisonsChapitre 20 sur 68 · LE MERLE SIFFLE · texte numérisé non relu

LE MERLE SIFFLE

Trois heures dit matin

J'ai bien dormi dans les 1 il as ; Frais lavé, plumes bien lissées, J'ai bu deux gouttes de rosée, Croqué deux larves, — et voiià!

Maintenant sifflons. Temps superbe!

Le vent vient du Sud, si j'en crois La sonorité de ma voix.

Gracile et grasse comme l'herbe.

Ça va bien. Je connais ce ciel Couleur du cou des tourterelles, Qui présage mille étincelles De rosée rose à goût de miel.

Tiens, les hirondelles zézaient...

Signe excellent. Sifflons un coup.

Pour sûr, il y aura beaucoup De pucerons verts sur les haies.

Ah ! quel plaisir de sautiller Dans l'herbe, dont l'odeur enivre !

C'est maintenant qu'il fait bon vivre.

C'est maintenant qu'il faut siffler!

Ohé ! c'est fête, grande fête !

On nage comme en un bain bleu Et l'on distingue presque Dieu, Pour peu qu'on renverse la tête.

Ohé ! . . . Mais allons sur le toit.

Filous d'un trait comme une flèche.

Mésange, j'ai la gorge sèche.

Où est la gouttière où l'on boit?

io6 l'ame des saisons

Bonjour, rossignol des murailles.

Que penses-tu de ce ciel-là ?

On dirait des tas de lilas

Où de grands vers jaunes tressaillent.

Paix, les moineaux ! C'est un peu tôt Faire la nique à la décence.

Pas de rixes, ou je commence A siffler terriblement haut 1

Zon ! de brusques zigzags d'abeilles S^'enfoncent dans l'horizon clair Et rosissant comme la chair Des bigarreaux et des groseilles.

L'air est tout thym et serpolet.

Volons. Cherchons un point propice Pour voir l'aurore, et d'où l'on puisse Lancer de grands coups de sifflet.

Va pour les aubépines blanches.

On siffle bien dans les parfums, On happe des hannetons bnms Et la rosée tombe des branches.

Mais finissons de babiller.

L'aurore est comme une fournaise De rouges roses et de fraises. . .

Je n'y tiens plus. Je dois siffler

Tout là-haut, dans l'azur, au faîte De ce peuplier en fuseau, Tremblant de feuilles et d'oiseaux...

Ohé î c'est grande, grande fête !...

io8 l'ame des saisons

Dis, notre amour sera comme la violette,

N'est-ce pas ? Notre amour ouvrira dans l'air pur

Sa mignonne corolle aux pétales d'azur,

A l'ombre des buissons, quasiment en cachette.

Notre bonheur quotidien, nous le ferons

En rapprochant nos cœurs, nos lèvres et nos fronts,

Loin des soucis mondains et des tracas superbes,

N'est-ce pas, mon Amie ? et nous le cacherons

Dans la verte fraîcheur des feuilles et des herbes.

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