CHANSONS DU PETIT PELERIN A NOTRE-DAME DE MONTAÎGU
Comme il chanta la veille avec les autres enfants.
Ronron, chanson des hannetons, Loin sur la plaine et par-dessus Notre-Dame de Montaigu, Ronron, chanson des hannetons.
C'est soir de mai et c'est ronron Les hannetons, loin, vers les plaines, Vers les genêts et vers les chênes, Ronron, chanson des hannetons.
C'est lune bleue et bon ronron, Elle sort d'un chêne touffu Notre-Dame de Montaigu, Ronron, dans les branches, ronron.
En or et diadème au front, Elle sort d'un chêne touffu Avec l'Enfantelet Jésus, Ronron, dans les branches, ronron.
C'est l'heure où le lilas sent bon ; Mais va dormir, car aussi bien C'est brève nuit et long chemin.
Ronron, chanson des hannetons.
Et bonne nuit les hannetons, Demain matin bruyère et thym. . .
Fais ta prière, jointes mains.
Ronron, chanson des hannetons.
l'azur et les LILAS 21
Qui fut sa prière de l'heure noire.
O belle Dame tout en or, Voici que les oiseaux sont morts Et que les chiens tordent leurs chaînes, Tant grondent bas et sourd les chênes.
Mais dans mon cœur c'est joie et fête.
Illumination secrète
Et mille cierges à vos pieds
Pour ceux-là du mauvais sentier ;
Pour la petite sœur malade, Pour toute la famille en rade, Joie de jardin au printemps vert Et douceur de lampe en hiver. . .
Et puis, ô douce Dame, et puis, Vœu de pèlerinage aussi Pour cette âme du purgatoire Qui prie et pleure en l'heure noire.
l'azur et les lilas 23
Puis une chanson de l'heure brun<
L'ave Maria dans les bois On le récite à demi- voix, On le récite à l'heure brune, L'ave Maria dans les bois.
C'est un pays avec des bois Et de grands espaces de lune Et des oiseaux dont l'un parfois Risque une note de hautbois...
24 i/ame des saisons
Que si dans la clairière on voit Fuir les bonshommes de la lune^ Ah ! vite alors, haussant la voix, L'ave Maria dans les bois...
Puis une chanson de l'heure blonde.
Vers l'heure blonde on dit les litanies.
Les yeux au ciel, nacre et miel, on les dit A Notre-Dame qui sourit.
Cai" Notre-Dame en vérité sourit Au vitrail blond, sur un trône léger De nuages et de clochers.
Mais il convient à cette heure marcher Les bras croisés sur la poitrine, et tel, Selon le mode rituel.
Psalmodier les douces litanies A Notre-Dame qui sourit et tend Le sourire de son Enfant.
Or, paix à vous, maisonnettes de brique. Vergers, clochers, villas, de-ci de-là, Or paix à vous dans les lilas !
C'est l'heure où craquent sous les pieds genêts Et serpolets. Les muguets fleurent frais Sous les chênes enrubannés.
Et le vent doucement fait des musiques. Le vent léger qui court à Montaigu Par les mélèzes clair-tissus.
l'azur et les LILAS 2^]
Où l'on arrive à la chapelle des rossignols.
Et puis nous arrivons au pays des genêts Et des fougères, dans une grande forêt,
Où nous savons que la Très Sainte Vierge habite Une chapelle en chèvrefeuille et clématite.
Les rossignols le savent aussi ; c'est pourquoi Ils font une musique douce dans les bois.
Et loriots, pinsons, merles et tourterelles Sautillent, bec en l'air, autour de la chapelle.
La Vierge est accueillante aux enfants à genoux Et même elle sourit d'un sourire plus doux,
Sachant bien qu'ils s'en vont, là-bas, au sanctuaire Dont le dôme étoile surgit des sapinières...
Pour moi, par les taillis où flotte un brouillard bleu, Je cours, pendant le temps de halte, car je veux
Dédier à Madame la Vierge un bouquet De fleurs sauvages et d'humides serpolets.
Tintin le matin, qui est une chanson joyeuse.
Tintin le matin, c'est gai tocsin, Tous les clochers sur les collines, Tous les clochers sonnent matines.
Pendant que de légers moulins Tournent en croix sur les collines...
Tintin le matin, c'est gai tocsin Et paysage en smaragdin !
Tintin le matin, c'est vent de th3^m.
Les poulains dans l'herbe fleurie Partent d'un galop fou soudain, Les poulains dans l'herbe fleurie De ruisselantes pierreries...
Tintin le matin, c'est vent de thym Et frétillement de poussins I
Tintin le matin, joie au chemin, Sur FazUr et sur la verdure Aux bords de la route, sans fin, Les arbres en fraîche verdure Frissonnent dans la rosée pure..
Tintin le matin, joie au chemin Des oiseaux et des pèlerins I
ïintin le matin, ciel en satin.
Parmi l'or fluide et l'opale.
Au-dessus des nuées d'opale.
Le soleil, lis diamantin.
Epanouit sa fleur royale. . .
Tintin le matin, ciel en satin.
C'est dimanche de chérubins !
l'azur et les lilas 31
Où l'on entre en vue du sanctuaire.
Et maintenant, voici les sapinières.
Donc, gravissons cette colline encor Et nous verrons le dôme en or.
Le chemin creux, ruisselant de lumière, Serpente au flanc des coteaux, à travers Les bancs d'ocre rouge et de fer.
Ah ! quelle fatigue et quelle misère.
Ces pieds tour à tour cloués au sol dur Et ces yeux aveuglés d'azur.
Fatigue certes oui, mais pourtant chère, Et c'est étrangement pénible et doux.
Ce mal intime des genoux...
Car enfin c'est pour plaire à Notre Mère Que nous marchons, et d'être ensuite las. C'est bien encore un grand soûlas.
Et voici que le dôme en or s'avère.
Et voici que le dôme luit enfin...
Et donc à genoux, pèlerins !
Comme il pria devant l'image de Madame la Vierge.
Ma bonne Mère, enfin, voyez, je suis venu ! Maintenant je suis près de vous, à Montaigu.
Maintenant je vais vous dire de douces choses
Et vous offrir mon cœur comme un bouquet de roses.
Et certes je vous fus un enfant peu soumis Et je vous attristai par des pleurs et des cris.
Mais tout est oublié, car vous êtes si bonne Et je vois bien que votre bouche me pardonne.
Voici que vous m'avez habillé de printemps Et que mon âme exulte en des nuées d'encens.
O douce Dame en or, quelles sont vos largesses ! Mon cœur est éperdu d'amour et d'allégresse.
Maintenant c'est magnificat et joie en pleurs Et tous les anges font musique dans mon cœur.
Oh ! vraiment non, ma bonne Mère,c'est trop d'aise ! Mon âme est en azur derrière les mélèzes.
Ma bonne Dame en or, ma douce Dame en or, Je vous offre mon cœur, et puis mon cœur encoj;.
Et voici que l'Enfantelet, si frêle et rose. Sourit, comme pour approuver toutes ces choses.
Or, enfin, concédez pour dernière faveur Une chapelle avec des lilas dans mon cœur ;
Une chapelle en mois de mai Vous dédiée, Une chapelle toute tiède et parfumée.
Où brûleront des cierges roses, nuit et jour, Ma douce Dame en or qui souriez toujours !
Où c'est kermesse à Montaiiiu.
Murs de tilleuls, maisons de toile Et le dôme fleuri d'étoiles Avec le soleil d'or dessus, Joie et lumière à Montaigu !
Accordéons, flûtes, cantiques Et les complaintes qu'on explique Et bruit de chapelets confus, Grande rumeur à Montaigu !
Et moussez frais, la bière blonde, Fumez, les pipes, à la ronde.
Et riez haut, les gars trapus.
C'est Flandre en fête à Montaigu !
Gens du Démer et de la Nèthe, Or vite que chacun achète L'image et les bonbons voulus.
C'est jour de foire à Montaigu!
Puis procession de chandelles Et lentes cloches solennelles, Bénédiction et salut A Madame de Montaigu !
Où c'est le Chemin de la Ci
Puis il faut, sur la colline,
Suivre la Mère divine
Dans son chemin douloureux.
Pendant l'ascension lente Un rossignol se lamente Sous les lilas blancs et bleus.
Oh I quelle tristesse amère De voir cette bonne Mère En mortelle angoisse ainsi.
q8 L'AME DES SAISONS
Oh ! vraiment, quelle tristesse, Et devant telle détresse Qui ne pleurerait aussi ?
Tandis que la Croix s'élève, Par les lames de sept glaives Son cœur est transverbéré.
Et les sept horribles lames, Et les sept glaives de flamme, Nous les avons enfoncés î
Douce Dame en blanc martyre, Douce Dame en pâle cire, Douce Dame en sang pour nous,
Par les fouets et la colonne.
Par le jonc et la couronne.
Par la croix et par les clous.
Fais-nous, à l'heure suprême.
Trouver grâce tout de même Auprès du Juge en courroux.
Qui est la chanson d'adioii.
Et donc adieu, ma douce Dame, Car voici le moment venu Avec grande tristesse en l'âme, Et donc adieu, ô Montaigu I
Maintenant c'est vers les bruyères A travers le soleil tout nu, Mais nous emportons des bannières Et des bonbons de Montaigu.
40 L x\ME DES SAISONS
Notre Vierge à nous marche en tête, Claire en sourire et l'œil ému D'avoir souhaité bonne fête A la Reine de Montai gu.
Puis, 6 Dame des sapinières, Je sais qu'après ce bon salut, Après ces Heurs et ces bannières Et ces cierges de Montaigu,
Vous voulûtes bénir mon âme Avec l'Enlantelet Jésus, Et donc adieu, ma douce Dame, Et donc adieu, ô Montaigu !
Qui fut chantée en plein soleil.
Cuit, recuit et carbonisé
Soit le vieux serpent de péché!
Car voici bel azur qui brûle Et beau soleil de canicule Comme une fleur d'or au milieu, Et c'est le déluge du feu...
Mais cuit, recuit et calciné Soit le vieux serpent de péché !
42 i/ame des saisons
Or, dans ce bon ciel qui flamboie, Or déplo3^ez-vous donc, ma joie.
Comme un étendard au-dessus Des sapins barbelés et drus...
Mais cuit, recuit, fumé, braisé Soit le vieux serpent de péché !
Maintenant c'est liberté fière.
Alléluia dans la lumière.
Et les pieds dans le sable blond Et la couronne d'or au front...
Mais cuit, recuit, braisé, brûlé Soit le vieux serpent de péché !
Le ciel mué en chaude braise S'appesantit sur les mélèzes Et les moulins rigides sont Crucifiés à l'horizon...
Brûlé, broyé, pulvérisé
Soit le vieux serpent de péché !
l'azur et les lilas 43
Le long du sable ardent qui crie, Mes abeilles, sonnez furie, Sur les genêts, buissons de feu, Et la bruyère en souffre bleu...
Pulvérisé, aux pieds foulé Soit le vieux serpent de péché !
Térébenthine et incendie.
Mes abeilles sonnez furie, L'Esprit a souflîé par le feu, Alléluia dans le ciel bleu...
Mais broyé, vanné, dispersé Soit le vieux serpent de péché !
Qui est pour la soif.
Estaminet des bonnes bières blanches.
Nous arrivons sous vos tilleuls enfin, Et c'est, selon la soif, à gorgées franches, Fraîcheur mousseuse et verres sur l'étain.
Or donc, groupés autour des tables vertes. Point de blasphèmes ici ! et c'est écrit En rouge et noir « Loué soit Jésus-Christ » (Mais laissez donc les fenêtres ouvertes).
Et sonnailles tintant à petit trot, Rangez vos chaises pour ceux des voitures Et des seaux d'eau fraîche pour les chevaux Empanachés de faisceaux de verdure.
Puis une autre en paroles de paix.
Et bonsoir, papillons de six heures du soir, Le crépuscule fume comme un encensoir.
L'air est en miel après la chaleur apaisée Et voici que le ciel s'attendrit de rosée.
Et bonsoir, les petits oiseaux pépiant clair. Ce sera lune bleue et bon ronron dans l'air.
Et bonsoir, les villas, les moulins, les bocages. Et salut de la main à tous ces paysages.
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Car voici que déjà les enfants sont venus, Ceux de chez nous, les plus roses, les plus joufflus.
Les voici par centaines déjà sur la route
Se joindre à nous,encorqu^un peu jaloux sans doute;
Et les voici avec des branches et des fleurs Vers Notre-Dame, souriante de bonheur.
Laissez-les gambader autour de Notre-Dame, Car ce sont les petits surtout qu'Elle réclame.
Mais joie et fête à tous venants, paix et salut î C'est Notre-Dame qui revient de Montaigu.
Et celle-ci, enfin, en litanies de suavité.
Mais maintenant c'est la plus belle fête, Le ciel fleuri d'étoiles sur nos têtes Et grande foule en jubilation Et musique et procession.
Mais maintenant c'est de loin la meilleure, Ronron les hannetons au vent qui fleure Lune bleue et lilas en pâmoison Et cierges en fleurs d'oraison.
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Voici les cloches à toute volée Au-dessus de la ville illuminée Et les clochers, haut jaillis dans le ciel Piqué d'étoiles nacre et miel.
Et souriez à tous, Sainte Marie, Car les enfants chantent vos litanies Et c'est tendresse au cœur comme jamais, O Madame du mois de mai !
Mais c'est fini, après ces fêtes vertes ! Dorénavant, cœurs simples, mains ouvertes, Joie, pureté et toutes les vertus Pour Madame de Montaigu !