‹ L'âme des saisonsChapitre 42 sur 68 · SAGESSE D'OCTOBRE · texte numérisé non relu

SAGESSE D'OCTOBRE

Les frondaisons blondes et brunes,

— Faites silence, les rancunes ! — S'inclinent sur la mort des fleurs,

— Faites silence, les rancœurs !

Le silence a des voix étranges...

Il fait si doux, il fait si pur Que l'on entend le vol des anges Mélancoliques dans l'azur.

i88 l'ame des saisons

Est-ce la mort ou le sommeil ?

Un lézard bouge dans la mousse...

Est-ce le rêve ou le réveil ? On ne sait pas, mais Theure est douce.

Faites silence, les rancunes I

Mon âme est comme un clair de lune.

Faites silence, les rancœurs !

Les anges dorment dans mon cœur.

Oh ! naufrager vers une île lointaine,

Etre déposé par la mer Aux pieds de la princesse Marjolaine,

Svelte en sa robe lilas clair...

Elle serait debout, fée enfantine.

Une rose rouge à la main.

Offrant sa bouche innocente et mutine A tous les baisers du matin.

Je lui dirais très simplement : « Je t'aime,

O Marjolaine, et me voici.»

Elle dirait très simplement de même :

« Merci, je t'aime bien aussi.»

Les bengalis, les aras, les perruches Jacasseraient dans les palmiers.

On entendrait une rumeur de ruches. Des roucoulements de ramiers...

Oh ! dans une île, aux pieds de la Princesse, Au rythme sourd des grands flots lourds.

Parmi les fleurs tropicales, sans cesse Vivre d'amour, vivre d'amour î . . .

Marjolaine est morte phtisique, Les anges pleurent en musique.

Elle gît froide dans le thym, Tous les oiseaux sont orphelins.

Ne pleure pas. C'est inutile.

Les sauvages rôdent dans l'île.

Ne pleure pas, ne pleure pas.

Les anges ont tinté le glas.

Y a-t-il seulement une île ?.. »

Ne pleure pas. C'est inutile.

Y a-t-il seulement la mer?...

Tout est fantôme et bulle d'air.

Marjolaine est morte, elle est morte.

Un chat haineux gratte à la porte.

De profundis, de profundis, Les démons ont fauché les lis.

Ecoute, l'heure passe, Qui peut la retenir ?...

Il n'est rien qui ne passe, Tout meurt et tout s'efface, Même le souvenir.

Ecoute, l'heure songe A quels bonheurs lointains?.

La vie est un mensonge.

Le songe suit le songe, Et les songes sont vains.

Ecoute, l'heure pleure En long miserere...

Ah ! qu'est-ce qui demeure Des larmes que l'on pleure Et que l'on fait pleurer ?

Le cœur a soif, le cœur a faim D'un peu d'aurore et de rosée, Le cœur a soif, le cœur a faim D'un peu de lilas et de thym.

Le cœur a. peur, le cœur a froid, Les heures blondes sont passées, Le cœur a peur, le cœur a froid, Le cœur se meurt d'on ne sait quoi.

Le cœur est un oiseau meurtri Qui traîne ses ailes brisées, Un frêle et faible oiseau meurtri Qui rend le souffle sans un cri.

Quelle est cette musique et quelle est cette voix ? Est-ce toi qui m'appelles, mon âme, est-ce toi?

Voici que j'ai tremblé d'effroi jusques aux moelles. J'ai peur de toi comme d'un puits rempli d'étoiles.

Je ne te connais pas... Je ne te connais plus... Ta voix sonne de loin comme les angélus.

Laisse-moi dans la brume, au pays des mensonges. Ah I laisse-moi flotter, songe parmi les songes...

N'approche pas... Mon front est couvert de rougeur. N'approche pas... Il fait trop sombre dans mon cœur.

G mon âme, est-ce toi ? J'ai peur... Tu es trop belle. G mon âme, ô mon âme, est-ce toi qui m'appelles ?

C'est moi ! Je suis venue Vers ton cœur tourmenté ; Me voici, belle et nue Comme l'éternité I

C'est moi qui suis toi-même Plus que ce cœur fiévreux, Et l'eau de ton baptême Ruisselle à mes cheveux.

Lève-toi de la fange, Reconnais-moi ! Je suis Pure comme les anges, Calme comme la nuit.

Suis-moi. Je sais la route

Vers les îles, là-bas.

Où Marjolaine, — écoute !

Chante sous les lilas.

Il ne faut pas comprendre, On n'a jamais compris, La sagesse est d'attendre L'aube parmi les lis.

Suis-moi d'un pas docile.

Par delà le tombeau.

Nous trouverons les îles Dans l'azur chaud, là-haut !

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