‹ L'âme des saisonsChapitre 58 sur 68 · ILE OCÉANE · texte numérisé non relu

ILE OCÉANE

Autrefois j'ai vécu dans une ile couverte

D'un somptueux balancement de palmes vertes,

Entre la ligne et le tropique incandescent,

Au rythme de la mer moussant sur les brisants. . .

L'air sentait la vanille et la noix de muscade. On déjeunait de quelques huîtres, un peu fades, — De celles que la mer balance par milliers Dans le vaste réseau flottant des mangliers, — Avec un peu de vin de palme et des goyaves Qui fondent en parfums et en sèves suaves.

254 L'AME DES SALSONS

Ensuite, ayant bourré mon vaste calumet D'un brun petun, au goût brésilien, je fumais Voluptueusement en clignant les paupières. Un cocotier squameux tamisait la lumière. Uoiseau de paradis poussait des cris de paon. Une bête fluette étranglait un serpent.

D'énormes papillons et des mouches sonores Froissaient d'un va-et-vient vibrant les passiflores. Et lentement mes cils, rapprochés un peu plus, Voilaient de leur brouillard clignotant et confus L'azur resplendissant et les frondaisons calmes D'où fusaient en tremblant des couronnes de palmes, Jusqu'à ce qu'à la fin, comme un songe vermeil, Tout le pays flottât, noyé dans le soleil, Parmi d'ardents roucoulements de tourterelles. Des rouets ronronnants de guêpes, des crécelles D'oiseaux-mouches, d'aras, de perroquets divers. Et le balancement sonore de la mer...

Oui, j'ai vécu jadis dans une île océane !

J'ai moissonné le riz et cueilli la banane.

Parmi le sucre en feu des tropicales fleurs I

Et maintenant encore, en des soirs de langueur

Où la vie un peu trop soucieuse m'oppresse,

Je rêve, — et c'est peut-être un rêve de sagesse, —

D'y retourner bâtir ma case de treillis Et d'y revivre avec les anciens colibris, Ayant, pour consoler mon cœur et ma pensée, Un perroquet multicolore, qui grasseyé D'une voix rauque, et un sauvage tatoué. Comme avait autrefois Robinson Crusoë.

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