‹ L'âme du criminel (volume 2)Chapitre 19 sur 39 · W. James, What iê émotion, in Mindy ayril · texte numérisé non relu

W. James, What iê émotion, in Mindy ayril

2. Lange, Les Emotions, trad. franc, de G. Dumas (F. Alcan). 8. Dumaâ, £«s étâti intelUctaeh dans la Hféîuncolie (F. Alcan),

et La Tristes^ -et îa Joie (Revue philosophique y 1896).

4. Maurice de Flenry, Pathogënie de tépuisement nerveux, i« Rivnt -de Mééevine, 10 îévwer 18%, et Introduction à la Médecine de l'E^prit^ F. Alcan, étfit.

oreilles^ par notre nerf optique ou par notre nerf auditif, projettent à nos centres nenreux des vibrations si violentes, ces vibrations vont éveiller pour les dilacérer brutalement des notions si bien ancrées, des associations d'idées si invétérées, des habitudes de Tesprit si enraeinées, qu*il s'ensuit un accablement, un surmenage. La vigueur du cerveau s'épuise, sa vitalité s'amoindrit, la circulation s'alanguit, la respiration devient faible, nos muscles détendus fonctionnent avec mollesse» et de tout notre corps nos nerfs de sensibilité apportent au cerveau la notion continue de luUe inutile, de faiblesse, de déchéance, d'impouvoir; notre esprit en prend con* science — conscience vague, confuse — et c'est cela que nous nommons tristesse. C'est un cran spécial, un cran inférieur de l'activité cérébrale. Pour peu qu'il y demeure un certain temps, notre esprit en prendra le pli, et toutes choses ne lui apparaîtront plus que sous le jour pénible, mélancolique, pessimiste. »

L'observation attentive ^ des malades neurasthé* niques, des épuisés du système nerveux d'une part,

1. Cette obseryation attentiye se fait à Taide d'instrument» de précision qui permettent de mesurer les variations de la pression du san^ dans les artères, la force dynamomélrique, le nombre des globules rouges, l'activité de réduction du sang rouge en sang noir, le degré de sensibilité des tissus et enfin la quantité de cendres résultant de nos combustions organiques. C'est ainsi que l'on peut connaitre objectivement, sci^Atifiquement, ai un organisme eat mi état d'exallation nerveuse ou de dépression.

et d'autre part des gens hyperstjbéniques, de ceux qui ont de la force en trop, m'ont conduit à admettre toute une hiérarchie d*états d'âme correspondant au degré actuel de fatigue ou d'irritation. J'ajoute qu'il est possible, expérimentalement, de faire passer un cerveau d'un de ces états à un autre : les bromures permettent de rendre timide et abêti tel homme courageux et prompt à la colère, tandis que des toniques, la caféine, la kola, l'alcool pris en excès peuvent rendre joyeux, aventureux ou même cruel, tel esprit à l'ordinaire triste et médiocrement héroïque. Nos magistrats ne sont habituellement en présence que des changements d'âme produits par l'ivresse alcoolique ou absinthique, mais il n'est pas sans intérêt de leur montrer que les effets d'excitation mentale produits par ces agents chimiques se peuvent reproduire par l'abus de simples stimulants mécaniques du système nerveux. J'ai vu un coup de soleil, un temps d'orage, un bain trop chaud, une douche trop vive, des massages trop répétés, une injection démesurée de sérum artificiel vivement énerver, et procurer cette impulsion à agir qui se traduit, selon les circonstances, par le besoin d'une longue marche, par des « impatiences » dans les jambes, par des mots furieux ou par des coups donnés ^.

1. Voir Introduction à la Médecine de VEêprit^ p. 317 et suiv., robteryation de la servante dont la personnalité fut si yiolemment modifiée par une médication trop violente.

On ne peut donc pas dire, une fois pour toutes, tel homme est bon et tel autre méchant. Sans doute, il y a des cerveaux stables, habituellement calmes et doux, d'autres toujours à deux doigts d'un paroxysme. Mais la grande famille des nerveux, qui fournit tant de délinquants, se compose en grande partie de gens qui changent aisément de personnalité, parce que leur cerveau débile est sujet aux réactions amples. Sous l'influence de la plus légère excitation morale ou physique, leur habituelle paresse, leur mélancolie, leur lâcheté se changent tout à coup en orgueil maladif, en mauvais courage, en fureur. C'est que le cerveau de tout homme impressionnable oscille le long de l'échelle de ses états actifs, littéralement comme le mercure dans le tube d'un manomètre.

Notre cerveau connaît une zone d'indifférence audessous de laquelle est le domaine de la fatigue, tandis que, au-dessus, c'est le territoire de l'excitation cérébrale. Selon que nous nous arrêtons à l'un ou à l'autre de ces crans, nous voilà tout à l'opposé de ce que nous étions la veille. Dans la vie de presque tous les hommes et des meilleurs, il y a ainsi des heures troublées où, sous l'influence d'un chagrin, d'un tourment d'aflaires, d'une passion douloureuse, d'un surmenage physique, sentimental ou intellectuel, leur cerveau, naguère excellent, voit peu à peu se perdre sa stabilité, son harmonie se désagréger, sa volonté aller à la dérive. Ceux qui MAURica Ds PLEURY. — L'&mo du criminel. 3

as l'ame du criminel

osent descendre auK profondeurs d'eux-mêmes et <|ai se parlent sans se n&entir, sont bien contraints de s'avouer qu*en ces mosients atroces ils ont conçu a^ec terreur la possibilité 'du JBoal, du mauvais coup mtr soi ou sur autrui.; une minute ijls osa eu dans la bouche le goût affreux du crime. Je sais de tendres amoureux, de braves gens jaloux, dont Tàme a efUeuré Tabîme^ Prêtres et médecins -^ médecins de nerveux surtout — nous recevons à oe propos des confidences, dont res^rîence nous apprend vite à ne plus nous étonner^ mais qui léradieyat frémir ces philosophes un peu héats, qui croient le monde fort civilisé. Dans les joûlieux les plus délicats, les plus affinés, j'ai vu Ia bête humaine errer en habit noir, j'ai discerné de Iragiques regards., ridicules souvent, quelquefois effrayants, j'ai deviné — connaisjant qui parlah — des menaces de meurtres, des promesses de suicide, murmurées k Toreille, sous le couvert des grâces et ides rires....

Ah I certes, peu d'entre nous peuvent sincèremeost se vanter de n'avoir jamais eu de mauvaises colères, de n'avoir jamais souhaité tout bas la mort du pro* 'Chain, de n'avoir jamais essayé de s'approprier le bien d'autrui, par 'des moyens légaux à peine, et profondiément immoraux. Que de femmes honnêtes r&ont à deux doigts à/e la moralité des filles I Nous qu'on igiomme les gens de bi^i, ce qui nous retient à peu près tous au bord d'une mauvaise action qu'estce dosàc^ je TOflM pde, sinon la force de notre éduca-

tîon, la crainte des conséquences sociales, et le respect humain, la peur de Topinion du monde?... C*est à se demander comment, chez les malheureux êtres qui vivent sans secours moral et, pour ainsi dire, baignés dans les pires exemples, le meurtre, le vol et la prostitution ne sont pas plus fréquents encore.

Donc — et non seulement chez des malades avérés, mais chez les meilleurs d'entre nous — la personnalité hui&aîne est sujette aux déformations, aux transformations les plus redoutables, soit par rétrécissemem 4u champ de la conscience (mécanisme de ndée fixe)., soit par épuisement ou excitation (mécanifiOM des émotions). C'est là une conclusion qui s'impose nécessairement à quiconque prend la peine de suivre av«c quelque réflexion les obser- Tations de M. Pierre Janet jsur les névropathes hystériques, et les nôtres sur les neurasthéniques.

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