‹ L'âme du criminel (volume 2)Chapitre 21 sur 39 · Th. Desdoaiis, La Responsabilité morale^ ch. ir, p · texte numérisé non relu

Th. Desdoaiis, La Responsabilité morale^ ch. ir, p

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c'est, pour an cerveau, servir de théâtre à' une lutte entre le Désir et la Mémoire, ow plus simpleiiient à uH' combat entre des motifs, dont le plus fort trit)mphera.

Mais ne croyez pa«' ce théâtre passif et tout à faiit indiffèrent aux sFcènes qui s'y jonent. D'abord il en. a conscience. En oufre, ii sr'y intéresse, en ce aena que son propre étalf d'exaltation ou: de dépression préalables, de nutrition avd^nte on ralentie, donner le ton et mart[ue l'allure du drame. Une excitation, extterne, par elle-même insigntfiente, venant à un cerveau constamment irrité, habituelkment paroxy»^ tique, détermine très aisément soit une attaque cdb>* vulsive, soit une crise- de colère, ce quï revient auî même. J^ai démontré suffisamment, je crois ^ que nos fureurs ne* sont que dé» explorions- de force entrop, accumulée d^ns nos centres nerveux et qui nou» quitte avec tout un fraca» de cris, de trépig^«» ments et de gestes. Les naturear trop fortes apportent dans le crime,, avec une audace incroyable, le plus fol orgueil, et cette sorte de courage qui., chea le malfaiteur, s'appelle du cynisme. Une nature faible se traduit ordinairement par de la timidité, de la crainte, de la mélancolie, de la paresse. Ces cerveaux-là aussi sont capables dte- réactions amples, de bouffées de colère — en* feu de paille le plus souvent — mais leur façon d'être des malïiaiteurs

1. Introduction à la Médecine de V Esprit ^ ch. ix. La Colère et son traitement y p. 390 et suir.

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confine plutôt à la sournoiserie, à Ut lâcheté, à la ba&sesse.

ly autre* part, il n'est pasr indiff(§rent qu'un cerveau soit vide de choses on encombré de connaissances. Une- force impul&we traversFC sans encombre un cerveau désert dTgnorant; quoi dte plus doux et de plus tendre, mais aussf quoi' d^ plus pauvrement meublé qu'un esprit de moujik; et de quelle brutalité farouche ce peuple excellent n'a-t-il pas fait preuve aux fêtes du couronnement de Fèmperenr régnant, ou lors d'une récente invasion du choléra! En retour, le dilettantisme hésitant, l'indécision est le lot do rhomme dféttodes, dû: critique, de Térudît. Après la nécessité de l'éducation. Futilité de rinÉFftuclion, tant décriée naguère, nous apparaît visiblement K

1. Je n'ignore pas que je me troaye ici en désaccord avec des hommes comme Lacassagne, Lombroro, Bournet, Adolphe Guillott Léon Faucher, Jacc|ues Bertillon> etc. Ces obsûrvaleurs, CCS penseurs, qui di£ferent d'avis sur mille questions de la philosophie pénale, s'accordent pour admettre que rinsiruction. ne peut que* eendiv l'homme plu» fourbe, plus habile au mal et. par conséquent plus dangereux. Pour ma part, je suis conduit à croire qu'il faut considérer comme momlieutetir» tout ce qui retapde l'impuleion, tout ee qui peut faire di (fuser, s*étaler en surface la vibration nerveuse trop intense, et que meubler le cerveau c'est fatalement l'assagir. Sans doute c'est le pasaag'a- de La fosee à la ruse, mais rhomme ne saurait devenir meilleur qu'en dififérant ses impulsions. La ruse n'est pas la bouttâ; mais parole fait seul qu'elle est temporisatrice et qu'elle permet d'envisager le pour et le contre des choses et l'intérêt mieux entendu, voilà d\6jà un premier pas vers la douceur et la civilisation. Jhsqn'ici, il est vrai de le dire, Pàccroissement de Finstruction n'a pas provoqué la diminution du crime : mais n'oublions pas combien récente est l'expérience, et souvenons-nous que

Comment concilier ces faits, ces faits indiscutables, avec la foi au libre arbitre ? L'honnête homme, celui qui se décide au bien pour des motifs plausibles, raisonnables, est esclave de ces motifs. Lorsque son jugement ou, pour parler exactement, sa mémoire lui montre que, pour cette vie et pour Tautre, lui et les siens ont intérêt à ce qu'il ne tue ni ne vole, il obéit à des raisons extérieures à lui-même, mises en lui par ses éducateurs : ce qui le mène, c'est son tempérament originel,' paré de tous les préceptes de sagesse, de tous les exemples salutaires, de toutes les idées prudentes dont sa jeunesse a été saturée. Et de même, s'il obéit à quelque élan de générosité, à une belle impulsion, c'est que rien, dans son souvenir, ne s'éveille pour mettre un frein à ce noble réflexe.

Le libre arbitre consisterait, par définition, à agir — comment dire ? il n'y a pas de mots sensés pour traduire cette impossibilité — à agir indépendamment des motifs, en se débarrassant absolument de son passé psychologique, et à décider de soi seul, c'est-à-dire de rien, puisque le moi est fait précisément de ce passé psychologique. Il n'y aurait ainsi de libre que le fou, que rien de plausible n'arrête ni n'oblige. Le sage, par le fait même qu'il obéit à

toates les périodes de transition sont nécessairement troublées. N'oublions pas, non plus, que les effroyables progrès de Talcoolisme, des intoxications de toutes sortes, ont coïncidé avec la diffusion de Tinstruction primaire.

des raisons, n'est plus que le théâtre où ces raisons luttent pour s'accomplir.

Et c'est ici que nous pouvons fixer le sens du mot Déterminisme^ employé par tant de polémistes avec tant d'imprécision.

Gomme les autres mouvements du monde, le geste humain, les actions de l'homme obéissent aux lois naturelles. Or, la première de ces lois c'est que rien ne se crée de rien. Toutes choses sont engendrées; tout n'est que transformations de forces. Et le cerveau, que nous commençons à comprendre, nous apparaît comme le lieu en même temps sublime et terre à terre, faîte pourtant de la nature entière, où les énergies ambiantes, muées en vibrations nerveuses, se réfléchissent — immédiatement ou tardivement — pour devenir des contractions musculaires, des gestes et des mots. Notre force n'est autre que la force éparse du monde, que l'universel mouvement. C'est la chaleur et la lumière, c'est le son, c'est le frottement, c'est l'électricité atmosphérique, et leurs incessantes variations, qui nous tiennent debout et qui mettent en nous des images actives. Nos sensations sont des énergies qui sont venues en nous et qui veulent sortir de nous; nous les restituons au monde, chaque fois que nous agissons. Nos actions ne sont donc point nos filles : elles naissent de causes extérieures à nous-mêmes, des motifs qui les déterminent. Selon qu'il est débile, normal ou fort, le cerveau leur donne une allure

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pare»aett8e,, égale om parosystique ; ïï leur donne le ton, mais il ne le crée pas...

Il nous suffît de vouloir po«r pouvoir, dit la vieille formule. Rien n'est, plus évident : quand le cerveau a su vouloir, le muscle, certes, k, mora^de paralysre, ne peut se refuaev à eaécutev L'ordre. Mails c'est vouloir qui est pltt& malaisé. Youlbir en toute plénicude', eu si vous préférez, n'avinr pas de mal<»itie de la volonté, c'est posséder nn cerveau bien noorri, tend*a ài un degré moyen,, capable d:^ii»pul6ion9 vives', mais doué d'une heureuse mémoire suffisamment meublée pour tempérer ces impulsions^ C'est tout cela, mais oe a' est rien' de plus. Le libre' ariMtre est une illusion.

Illusion née^isaire* an fonctioimemeAt social et <]^'il sérail criminel: ém àéttmPBy me eriera-t*on de KMbte» partSwËnvénté, je n'en croi^ rien. S^ii s'agissait de^ gouverner- un. people tout à fkit ignorant et tout à. fait esclave,, soigneuse mesT entretenu dans la superstition,, il y aurait sans doute- qselqve invonv^ nient, pratique à- lui domier du mot « je veux » un sena plus rigoureuiiB, plus vrai. Maàt» pour peu qu'on s'adresse, oomme e^est bien le cae pour nos jeunes hommes de France, à des esprits déjà cultivés et ouverts, la dc^ctrine vraiment un. peu puérile de la liberté immédiate ets»iss restrictions, l^ur apparaîtra bien vite, et pair expérienee, dans tou^ son in vérité. Ne nous voyonu-nvfus pa&, à tous- moments^, impuissaints à faire e£Ebrt, iaeapable» die bien v^duloir? C'est

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Ik. un faut d'ex^éFÎe^nce, aatremiexit Ibrf , autremeitt rigoureux,.q^ ce Bftalbeiftreux sens intime dont nous avons montré la provenance vériiable. A Theure pré&entfi de révolu^ida» de& esprits, xm élève de philosophie quelque peu réfléchi,, si vous lui en-seignez Tan^ienna cemceplioa^ de lat liberté* personnelle, criera à Timposture..

Tout récemment, un pro£es«e«r à> Finetîtot catholique de Parifi,, Tahbé Piat, doiBifc nous avons déjà parlé „ recannaÎBfiait lui- même- qur'il convient de rajjeunir et d'élargir un peu* Kidée: du libre arbitre. « La question n*est pas de. deveair naaîtve de sol par un. a fiât »..^ cette tiiéorie e&t vimimenl trop eslaatine et trop fictive pour qn'on se donne- kc peine de la réfuter... Il s'agit seulement, la liberté une hns donnée à l'étax (Vébauahe et avec un idéal inftaiy d'obtenir par une disaipUne soutenue qui'eile pénèlre* peu à peu le mécanisnie psycholagitpie. m Mais c'esll la définition de. l.'édu<;ation, de la. bonne haèètude, non celle de la liberté que nous donne Tabbé Piat, et nous voilà d'accord.

N'enseignez donc pas au jeune homme que se donner l'élan de prononcer avec vigueur le mot « je veux » suffit à pouvoir. Mais dites-lui en toute vérité que s'il a conscience de ses imperfections et s'il en souffre, il peut par entraînement, par habitude, par tous les chemins détournés de l'éducation, et, s'il le faut, par toutes les stimulations méthodiques ou les calmants du système nerveux, par tout ce que nous

avons appelé la médecine de Tesprit, évoluer pro« gressivement vers le bien, et se préserver de devenir un vrai méchant.

En lui tenant un tel langage vous ne risquez pas d'encourir le démenti des faits.

Et c'est ainsi que la négation scientifique du libre arbitre, bien loin de nous apparaître comme la notion subversive, comme le dissolvant social qu'on en a voulu faire, nous conduit à une morale un peu moins simple, un peu moins routinière et commode, un peu moins « croquemitaine » que la morale strictement orthodoxe, mais qui tout de même promet à l'humanité de demain une ère de férocité moindre, d'atténuation ou d'utilisation au bien public des pires paroxysmes. Nous concevons l'espoir d'une lutte souvent victorieuse contre la tare héréditaire ou le détraquement accidentel de la machine cérébrale. Education rationnelle, orthopédie mentale, hygiène de l'âme, sont des mots qui prennent un sens.

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