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d'alarmes. Tout lui dit, au nom de Dieu même: Ne differas ! Ne différez pas!
Ecoutez-le donc , et pensez-y bien.
Alarmes dans les oracles : rien de si redontable que les textes de l’Ecriture sur ce sujet. Cherchez le Seigneur tandis qu'on peut le trouver : Querite Dominum dum inveniri potest (1). Marchez tandis que vous avez la Inmière, de peur que les ténèbres ne vous surprennent: Ambulate dum lumen habetis (2). Veillez et priez. parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure, et qu'à l'heure que vous y peuserez le moins, le Fils de l'homme viendra : Qua hora non putatis (3).
Alarmes dans les menaces : Vous me chercherez, dit le Seigneur, et vous ne me trouverez pas: Quærelis me, et non inrvenietis (4). Vous m'avez abandonné, outragé durant votre vie; j'aurai mon temps : à la mort, je vous livrerai à votre sort, et j'insulterai à votre malheur : {x anteritu vestro ridebo. Vous vivez, vous persévérez dans le péché, vous mourrez, vous périrez dans votre péché: In peccato vestro moriemini (5).
Alarmes dans les comparaisons : Comme un voleur vient surprendre dans la nuit et attaquer dans la profondeur du sommeil, ainsi la mort viendra vous surprendre dans le sommeil et la nuit du péché: Sicut Fe (8). Comme la proie tombe dans les filets de celui qui les tend, ainsi le pécheur tombera sous le coup de la mort: Sicut pisces capiuntur hamo (1).
Alarmes dans les figures: Voilà l'éclair qui brille un instant, et au même instant il disparait et s’éclipse; c’est l'image de votre vie: aujourd'hui vivants en ce monde, demain transportés dans l'éternité : Sicut fulqur (8). Déjà la cognée est attachée à la racine de l'arbre, elle va frapper, et l'arbre sera coupé et livré au feu : Jam securis ad radicem posita est (9).
Alarmes dans les paraboles : Les vierges folles s’endorment en attendant la venue de l'époux; au milieu de la nuit l'époux vient, elles se présentent, et elles sont rejetées: Nescio vos. Le serviteur est surpris à l’arrivée de son maitre; il est saisi, lié, précipité nn les ténèbres extérieures : Ejicite eum in tenebras exteriores (10).
Au dans les exemples: Esaü vend son droit d’ainesse : il veut y revenir; mais il n’est plus temps, la bénédiction est perdue pour toujours. Antiochus mourant crie, gémit et soupire: malheureux! l’Ecriture dit que son cœur n'était pas droit, il demande un pardon qu'il ne devait pas obtenir : Orubat scelestus veniam, quam non erat impetraturus (11). Pécheurs aveugles, tous ces anathèmes foudroyants, qu'annoncent-ils à ceux qui diffèrent de se convertir à la mort? Selon ces oracles, que peuvent attendre ces malheureux qui durant leur vie ont été sourds à la voix de Dieu, qui ont résisté obstinément à la grâce, qui ont étouffé la voix qui les invitait à la pénitence, qui ont contristé l’Esprit-Saint dans leur cœur, qui ont profané ie sang adorable de
(1) Isai, XXXV,— (2) Joan., x11. — (3) Luc., XI. — (4) Joan., vis. —
(5) Joan., Xx1. — (6) Î Thess., v. — %) Eccle., 1x. — (8) Matth., xx1v. — (9) Luc., ui. — (10) Matth, xx v. — (11) Motth., 1x.
l'alliance, qui se sont endurcis contre tous leurs remords? Que peuvent-ils en attendre? si ce n'est qu'en différant de se convertir, ou ils ne feront point de pénitence , ou ils ne feront qu'une fausse
pénitence, et qu'ils mourront en impénitents et en réprouvés, Ah! malheur à qui n'y pense pas!
Ondit: Mais enfin les ouvriers qui sont venus à la dernière heure travailler à la vigne recurent encore la récompense. Il est vrai: mais ces ouvriers étaient sur la place, ils attendaient, ils demandaient du travail; et les pécheurs qui différent, où sont-ils? Dans les jeux, les amusements, les désordres ; et là demandent-ils leur conversion.
On dit encore : Le bon larron s’est converti à la mort, nous pou-
vons donc espérer. C'est moins un exemple qu'un miracle et un prodige, répond saint Augustin. Pécheurs, attendez-vous, méritez-vous ce miracle de grâce de conversion”? Le bon larron se convertit à la mort; c'est le seul exemple que l'Ecriture sainte nous fournit en ce point. Il se convertit: et où? A côté de Jésus-Christ mourant, tout arrosé de son sang. Mais en même temps tournez, écheurs, tournez les yeux de l’autre côté, et voyez avec frayeur le mauvais larron qui meurt en désespéré sous les yeux de Jésus- Christ même; voyez, et, au lieu de vous rassurer, tremblez à tous les instants.
Il est donc vrai que le pécheur qui diffère de se convertir à la mort se met dans le danger de ne se convertir jamais, et que, dans la pensée d'une pénitence fausse et chimérique , il se précipite dans l'abime d'une impénitence véritable et réelle. Pensez-y,et ditesvous à tous les instants ce que l'Esprit-Saint même vous dit: Ne differas. Commencez dès aujourd'hui : peut-être demain vous ne
serez plus à temps.
HISTOIRE
Un homme du monde ayant vécu de longues années dans l'égarement et dans le péché se convertit enfin, revint à Dieu, et persévéra assez longtemps dans le bien : étant ensuite retombe dans son premier état de péché, ses amis n'oublièrent rien pour le retirer du désordre, mais inutilement. Il résistait à toutes les grâces de Dieu et à toutes les sollicitations de ses amis.
Sur ces entrefaites, on annonça une retraite qui devait se donner bientôt. On crut la circonstance favorable pour engager ce pécheur à profiter de l'occasion que Dieu lui offrait de rentrer dans le bon chemin. Après bien des prières, des instances de la part de ses amis, et bien des résistances et des refus de la sienne, il consentit enfin, et donna sa parole qu'il se rendrait à la retraite avec les autres qui l'y engageaient. Mais qu'arrivet-ill à jugement impénétrable et redoutable de Dieu! c'est que le matin même où on l'attendait, où l'on devait commencer la retraite, on vint annoncer que cet homme avait été frappé d'un accident d'apoplexie, et qu'il était mort subitement la nuit même sans connaissance, sans secours et sans sacrements. Cet événement terrible jeta la consternation dans tous ceux qui étaient assemblés; ce fut pour eux l’exhortation la plus touchante et la plus salutaire pour faire saintement la retraite.
RÉFLEXIONS. Comprenons ce que c'est que différer sa conversion. On abuse du temps quand on l'a, et Dieu l'ôte souvent au moment où l'on penserait à en profiter.
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Quand est - ce que nous y penserons ? Attendrons - nous la mort pour y penser? :
Si nous n'y pensons pas, qui est-ce qui y pensera pour nous ?
Si nous n'y pensons pas à présent, aurons - nous dans la suite le temps d'y penser, et serons-nous en état de le faire ?
LA MORT DU PÉCHEUR, OU L'IMPÉNITENCE FINALE, Pensez-y bien: c'est le pécheur mourant lui-même qui vous le dit.
Le voilà donc, ce pécheur, tel aue nous l’avons représenté, qui a vécu dans le péché, qui a différé de jour en jour de se convertir, qu s'est toujours flatté de se convertir à la mort, le voilà frappé d’une maladie dangereuse. Les premiers jours on se rassure; on dit: Ce ne sera rien. Cependant le mal augmente, devient sérieux. Que fait-on alors! médecins, consultations, remèdes, tout est employé en faveur du corps, mais que fait-on pour l'âme? Il n’est pas encore temps, rien ne presse, il ne faut pas effrayer le malade; attendons demain; si le mal augmente, on l'avertira, Il augmente, en effet,et la maladie est enfin déclarée mortelle : on commence à se regarder dans la maisou; la tristesse est peinte sur les visages : on n'ose se parler, ou l’on se parle tout bas, on se cache du malade, on se trouble, on ne sait comment s’y prendre pour l’avertir. Fausse tendresse! funeste ménagement !
Enfin le malade est à l'extrémité; une faiblesse, un accident le saisit, il est sans connaissance, sans parole, sans sentiment. Un confesseur, s’écrie-t-on tout alarmé, un confesseur! On s’empresse; mais, Ô Providence! à justice redoutable! le ministre du Seigneur ne se trouve point : on cherche, on attend; en attendant, le malade meurt : {n peccato vestro moriemini (1): vous mourrez dans votre péché. Peut-être trouvera-t-on d’abord le ministre du Dieu vivant: il vient avec empressement, mais dans le moment qu'il entre le malade expire; et la première parole que le confesseur entend, c'est celle-ci : Il est mort! /n peccato.
Peut-être trouvera-t-il le malade encore en vie : mais quelle vie! et par rapport au salut n'est-ce pas à peu près comme s'ilétait déjà mort ? Sa tête penchée tombe de faiblesse, ses yeux égarés s'obscurcissent, une päleur mortelle est peinte sur son visage, ses membres sont glacés; languissant, il est aux prises avec les angoisses d’une triste agonie ; cependant pointde signe de pénitence sur quoi l’on puisse compter. Quel état! Est-il bien propre à une conversion? {n peccalo.
Mais donnons au malade ce qu’il peut désirer; supposons qu'il ait été prévenu, que le confesseur se soit trouvé à temps, que le malade ait encore sa connaissance, sa liberté : avec tout cela sera-t-il en sûreté ? Allons, allons en esprit auprès du lit du mourant; soyons les témoins d’un spectacle en apparence édifiant et touchant, mais en effet le plus terrible et le plus effrayant: je
(1) Joan., xxI.
veux dire voyons dans quelles dispositions sont ordinairement au lit de la mort ceux qui ont différé jusqu'alors de se convertir, Jugements redoutables de Dieu! je n'y vois d'ordinaire que des pcheurs impénitents, tous différents les uns des autres, mais tous également impénitents, esclaves du péché durant leur vie, et victimes des vengeances de Dieu à la mort: /{n peccato,
Pécheur impénitent, qui à toutes les sollicitations qu'on lui fait ue repond que par une indifférence, une espèce d'insensibilite léthargique; rien ne le touche, rien ne le frappe; et, dans ce dégoût mortel que le malade montre pour les choses de Dieu, on ne voit que trop que Dieu à son tour s’est éloigné du malade: 7x peccato.
Pécheur impénitent, qui, au lit de la mort, ne regardant plus Dieu que comme un juge terrible, un inexorable vengeur, se jette dans le sein de la défiance et du désespoir; qui, à la vue de ses crimes et de ses horreurs, s’imagine quil n'y à plus de pardon et de miséricorde pour lui, ne voit que des éclairs et des foudres dans Dieu, se condamne lui - mème, et par sa défiance funeste grave dans son cœur son arrêt éternel : Zn peccuto.
Pécheur impénitent, qui, donnant dans un autre excès, se livre au sentiment d'une confiance présomptueuse, qui s’imagine qu'un Dieu créateur est trop bon pour perdre à jamais sa créature ; que, sa miséricorde étant infinie, tout péché sera aisément pardonné. Confiance en apparence chrétienne, et en effet présomption diabolique qui le livre à son sens réprouvé et met le sceau à sa réprobatioz: {n peccato.
Pécheur impénitent, qui, ayant étouffé la foi dans son cœur, et poussant le désordre jusqu aux horreurs de l’irréligion et de l’impiété, ne veut entendre parler ni de conversion, ni de religion, ni de sacrements, ferme les yeux et les oreilles à tout, expire dans ces sentiments, porte la consternation et l'effroi dans tous les assistants, consommant ainsi les excès d’une vie impie et scandaleuse par une mort criminelle et funeste : 7x peccato.
C'en est fait, le mourant expire, il n’est plus; déjà le son des cloches lugubres se fait entendre: qu’annoncent-elles? qu’il y a une personne de moins dans une famille, un homme de moins dans le monde, et un réprouvé de plus dans les enfers : {n peccalo.
Quelle mort! peut-on y penser sans frémir ?
Tels sont d'ordinaire, je ne dis pas tous, mais la plupart des sécheurs qui ont différé leur pénitence jusqu’à la mort; telles sont es dispositions de leur cœur qui s’est endurci, ou plutôt tels sont les coups de la main redoutable de Dieu qui les frappe : vie des pécheurs, mort des réprouvés, éternité de tourments et de désespoir. In peccato vestro moriemini.
HISTOIRE
Un grand pécheur qui avait passé sa vie dans l'habitude des plus grands désordres étant tombé dangereusement malade, un saint prêtre qui lui était attaché vint le visiter pour l'engager à penser enfin au salut de son âme. Le malade ne répondit rien. Le prêtre, en lui représentant le danger où il est, l'exhorte à se confesser. Oui. oui, je me confesserai, dit-il, et
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il diffère toujours. Le prêtre, animé d'un saint zèle, l'exhorte plus vivement encore. Eh bien! venez demain, dit le malade, et je me confesserai. Le lendemain le prêtre vient, et étant seul avec le malade. fait le signe de la croix, et veut commencer cette confession, Le malade reste quelque temps sans rien dire; pus d'un ton de voix terrible il prononce ces paroles effrayantes de l'Ecriture : Peccator videbit, et irascetur (1) : Le pécheur ouvrira les yeux, et sera irrité : à l'instant il enfonce la tête dans son lit, et se couvre le visage sans plus dire mot, Le confesseur le découvrant : Il ne s'agit plus de différer, lui dit-il, mais dé vous confesser sans délai. Oui, oui, mon Père, je ie confesserai, répond le malade. Alors il continue ce texte effrayant. Dentibus suis frémetl él labescet : Le pécheur grincera des dents, il frémira de rage; et à l'instant, comme la première fois, il se cache et s'enfonce dans son lit. Le cowfesseur le découvre de nouveau, et le conjure avec larmes de penser à Dieu et à sa confession. Oui, oui, mon Père, confessons-nous, confessons-nous, dit le malade; #t pour la troisiéme fois il se couvre le visage, et avec des yeux égarés il savance encore plus avant en disant ces dernières paroles: Desidsrium peceatorum peribit . Les désirs du pécheur périront avec lui. Le confesseur, alarmé, le découvre, et le trouve mort. | RÉFLEXIONS,
A ce trait effrayant que puis-je ajouter? Que les larmes parlent, et nou les paroles. Pensez-y bien, pensez-y bien; et ne vivez plus que pour y penser, cette pensée seule vous tiendra lieu de toute réflexion,