PREMIERE LECTURE SUR LE SERVICE DE DIEU
C'est une réflexion bien solide et bien intéressante pour nous, de penser qu'en servant le Seigneur nous servons tout à la fois le plus grand et le meilleur des maitres. Quel ersagement pour nous à le servir avec{une inviolable fidélité ct une sainte joie!
Il y a des maîtres dans le monde, des grands, des heureux dans le siècle, des rois, des monarques dans les empires; ces différents maitres on les sert, et on Ss’estime heureux de les servir, Leur service à au dehors quelque chose d'apparent et de grand: léelat qui les environne frappe et peut éblouir. Mais dans le fond, que sont-ils en eux-mêmes? Ces grands sont-ils personnellement leur grandeur? Ces riches, que sont-ils sans leurs trésors et leur abondance? Les rois mêmes, qui sont ce qu'il y a de plus srand dans le monde, que ne doivent-ils pas à Pappareil qui les environne! Et souvent à travers leur grandeur apparente combien ne découvre-t-on pas de faiblesses réelles! Non, il n’est qu'un seul maître véritablement grand en ce monde, seul digne par lui-même de l'être, seul capable de porter et de soutenir ce grand nom. Tous les autres sont faibles, défectueux, imparfaits : souvent ils ont eux-mêmes des maîtres; et S'ils n'en ont point sur la terre, ils sont lorcés d’en reconnaitre un dans le ciel, qui règne sur eux, (es assujettit et les domine.
Or voilà le souverain maître à qui nous avons la gloire el ’obligation de consacrer nos services: ce n'est que pour cela qu'il nous a mis sur la terre: et, au moment mêine ou 1 nous créa, ilimprima dans la substance de notre âme ces
grandes paroles : Dominum Deum tuum adorabis (1). vous adorerez le Scigneur; et vous ne servirez que lui seul. eé ill soli servies. En sorte que, dès ce premicr instant de notre naissance, Dieu nous a comme scellés de son sceau et consacrés à sa gloire, Cette obligation indispensable à erû dans nous avec l'âge : elle nous est aussi propre que notre ètre, aussi intime que notre vie, aussi ancienne que notre origine.
Et, indépendamment même de cette obligation necessaire que nous avons apportée au monde en naissant, il en est uneautre volontaireque nous avons contractée nous-mêmes, au inoment de notre baptême, par les engagements sacrés que nous avons pris dans cet heureux jour par une bouche ctrangére, que nous avons ensuite ratifiés par un consentement libre, Dès lors nous sommes à Dieu. et Dieu peut nous dire plus spécialement que jamais : Vous êtes à moi. Dès lors nous ne portions point de titres dont nous soyons plus obligés de soutenir les droits, de remplir les obligations, de respecter la dignité, que celui de serviteur de Dieu : qualité glorieuse qui nous consacre à jamais à l'Etre suprême ; qualité éminente qui nous élève au-dessus du monde et de nous-mêmes; qualité dominante que nous devons prendre pour l'âme de toutes nos pensées, le mobile de toutes nos actions, la règle de toute notre conduite; qualité par eonséquent, si nous en connaissons tout le prix, que nous devons avoir toujours sous les yeux, toujours présente à l'esprit, toujours gravée dans le cœur; nous devons la préférer à Loutes les autres, la rappeler dans toutes les autres, et sacritier, s’il le faut, toutes les autres pour elle.
Tels étaient les sentiments du prophète Jonas. ILentre dans un vaisseau pour faire voile pour Tarse en Cilicie ; comme il était inconnu, le pilote lui demande : Qui êtes-vous? quelle est votre profession? d’où venez-vous? où allez-vous? Quod est opus tuum? quæ terra? quo vadis (2)? Je suis le serviteur de Dieu, dit Jonas : mon emploi est de l'honorer, et de le servir: Dominum cœli timeo. Paroles admirables ! s’écrie un saint Père. On fait à Jonas quatre demandes, ct à Ces quatre demandes Jonas ne fait qu'une seule réponse : et par cette seule réponse il croit satisfaire à tout : Je suis serviteur de Dieu; je crains le Seigneur; comme s'il eût dit: Toute ma profession, toutes mes qualités, tous mes litres ne consistent qu'en ce seul point : Dorninum time. Sentunents nobles! qu’ils conviennent bien à un chrétien
4} Matth., iv. — (2) Jon. r.