‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 33 sur 119 · MÉDITATION SUR L'ENFER · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR L'ENFER

Trois pensées feront le sujet de cette méditation: elles devraient faire le sujet de nos larmes toute notre vie. Eclairez-moi, soutenez-moi, à mon Dieu! dans la considération profonde de ces vérités effrayantes.

PREMIER POINT

Je suis sûr d'avoir mérité l'enfer. Il ne faut pour cela qu'avoir commis un péché mortel : combien, hélas! en ai-je commis dans ma vie qui m'ont rendu digne du dernier des malheurs! Si dans un certain temps Dieu m'avait retiré de ce monde; si telle année, dans telle circonstance, Dieu m'avait frappé de quelque accident imprévu, dans quel état allais-je paraître devant lui ! A quoi devais-je m'attendre, qu’à la rigueur de sa justice et de sa colère? De sorte que si je ne suis pas actuellement enseveli avec les damnés dans le fond des abîmes, livré à l'horreur des supplices, c’est par un effet de la miséricorde de Dieu, qui pouvait me précipiter dans ces gouffres d'horreur, où je serais actuellement abreuvé du fiel et de l’amertume d’un désespoir éternel. De sorte que j'ai plus d'obligation à Dieu de m'avoir préservé de tomber dans l'enfer, que si, y étant déjà tombé, il m'en avait retiré.

Si Dieu rappelait Caïn de ce lieu de supplices, de cette prison éternelle, quel retour de reconnaissance , de pénitence . d'horreur du péché ne concevrait-il pas! Aurait-il assez de sentiments à offrir à Dieu, assez de rigueurs à exercer contre lui-même? Or ma reconnaissance doit être encore plus grande et plus animée, car le bienfait est bien plus signalé, de préserver que de retirer du malheur.

J'ai mérité l'enfer : voilà, à mon Dieu! le triste et funeste état où je me suis jeté par mon péché ; et voilà la grâce que vous m'avez accordée dé m'en retirer par votre miséricorde préférablement à tant d’autres qui sont morts dans cet état de péché, et qui en subiront à jamais la peine. Votre tendresse ne s’est point rebutée de mes iniquités; elle m'a supporté ; elle m'a rappelé: elle m'a attendu ; elle n’a point con-

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senti à me perdre. Mais toujours est-il vrai que, de ma part. j'ai mérité plusieurs fois l'enfer, etque je mesuis rendu digne de tous ses tourments. À cette vue je ne dis plus quelle doit être ma reconnaissance! mais quels doivent être mes transports ! Un seul péché mériterait toutes mes larmes, puisqu'un seul péché peut'me damner à jamais. Puis-je donc trop pleurer des péchés sans nombre? puis-je trop gémir sur des péchés multipliés et malheureusement accumulés tant de fois?

J'ai mérité l'enfer : à cette vue désolante, à mon Dieu! mon àme se trouve consternée, abattue aux pieds de votre justice, sans oser vous regarder ni vous parler que par ses soupirs. Regardez-les comme l'hommage le plus sincère quels puisse vous offrir de ma reconnaissance et de ma douleur.

SECOND POINT

Je suis incertain si actuellement même je ne mérite pas encore l'enfer; certain d’avoir mortellement péché, je suis incertain si j'en ai fait pénitence, du moins une pénitence véritable, sincère, proportionnée à la grandeur de mes crimes , capable d’apaiser la colère de Dieu, de me rendre se grâce que j'avais perdue. Je me suis approché du sacré tribunal de la pénitence; mais suis-je assuré de l'avoir fait avec les dispositions nécessaires, par l'examen, la déclaration, la douleur, le propos ? Or, si j’ai manqué à quelqu'un de ces points, mon péché ne m'a pas été pardonné ; et, si cela est, je suis encore actuellement en état de péché, et actuellement encore je mérite l’enfer. Cependant, hélas! je suis et serai toujours incertain sur tous ces points essentiels au salut de mon âme. Je suis donc et serai loujours incertain si à chaque instant de ma vie je ne mérite pas l'enfer. Ah! quel malheur d'avoir offensé Dieu, et d’avoir perdu le précieux trésor de sa gräce ! Heureuse et mille fois heureuse une âme qui l’a toujours conservée! heureux les enfants qu'une mort prématurée a enlevés de ce monde après leur baptême et avant qu'ils eussent le malheur d'être infectés du funeste poison du péché !

Pour moi, Ô mon Dieu! me voiià, après avoir par mon péché perdu votre grâce, me voilà incertain si je l'ai recouvrée, incertain si à présent même je ne suis pas en état de péché, et dès lors incertain si à présent même je ne mérite pas encore l'enfer.

Terrible incertitude, qui fait gémir les justes mêmes sur la terre, qui tire de leurs yeux tant de larmes, et de leur cœur tant de gémissements, tant de soupirs et tant de sa1n-

vlots, ne haine, S de COMP sont pas rant. Qu après la rités ; de dois-]e ê de péché tions !

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part, gl < digne haine, si aux yeux de Dieu ils sont des objets de colère ou doit de complaisance, c’est-à-dire si actuellement même ils ne rans- sont pas sur le bord de l'enfer et en état d'y tomberen mouu'un rant. Que si les saints ont gémi et tremblé sur leur état pleu- après tant de larmes et de sanglots, après tant d'austé- *S pé- rités, de mortifications, de rigueurs, de quels sentiments fois ? dois-je être pénétré sur mon état, ayant commis bien plus Dieu ! | de péchés, et fait bien moins de pénitences et de satisfacvotre Hons !

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e ma Sentiment encore bien plus triste, et situation encore bien plus terrible ! Je suis incertain si un jour je ne serai pas precipité dans l'enfer, si je ne serai point à jamais au nombre des damnés et des réprouvés. Ce serait déjà un sujet de doue pas } leur et de crainte bien grandes de pouvoir se dire qu'après » Suis ! son péché on ne sera jamais assuré d’avoir obtenu le parence don; mais, hélas! il y a un sujet de crainte encore bien plus mes redoutable pour nous.

dre sa | Oui, quand même nous serions assurés qu'après notre é tri- | péché nous avons fait une véritable pénitence, que nous r fait avons eu une douleur sincère, que nous l'avons expié par écla- une satisfaction convenable ; en un mot, que tous nos péju'un chés nous ont été pardonnés, que nous sommes rentrés en et, si grâce avec Dieu, et que nous vivons maintenant dans sa é, et grâce; malgré tout cela, nous sommes encore incertains de |

s! je notre sort pour l'éternité. Pourquoi ? Hélas! parce que, quand même nous serions assurés de posséder à présent le trésor

itiels icer- de la grâce, nous sommes incertains si nous la conserverons | nfer. { jusqu'à la fin, si nous n’aurons pas encore le malheur de | lu le | la perdre avant de mourir, si jusqu’au dernier soupir nous L euse scrons fidèles. } | fants Il est vrai que nous devons toujours tout espérer de la mi- 1} leur séricorde de Dieu, surtout si depuis un temps nous avons (| ctés tâché de vivre dans la grâce : si durant un temps nous avons fait pénitence de nos péchés, il y a tout sujet de croire que non la bonté de Dieu ne nous délaissera pas à ces derniers more- ments, qu’elle nous soutiendra dans les épreuves et les anétat goisses des derniers combats. Tel est le cours ordinaire de k mé- la Providence. Mais aussi il n’est pas moins vrai que, s’il y a toujours de quoi espérer, il n’y a jamais de quoi se rassur surer entièrement; que, quoiqu'on doive présumer de la eur bonté du Seigneur qu'il nous soutiendra jusqu’à la fin, il

4 1 = n'y a jamais lieu de vivre dans la sécurité de cette espérance.

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En cela personne ne peut s'assurer de son sort; en cela les plus grands saints, les âmes les plus justes, les plus pénitentes, ont toujours à trembler. Que sera-ce de moi, ô mon Dieu, étant si éloigné de leur sainteté; de moi, après tant de péchés et si peu de pénitence?

A la vue de ces grandes et terribles vérités, vérilés cependant de foi, quels sentiments doivent se former dans mon eœur! Recevez-les, à mon Dieu! c’est vous-même qui me les inspirez.

4° Sentiment de douleur d’avoir mérité si souvent l'enfer par tant de péchés, de si grands péchés, continués durant si longtemps et malgré tant de grâces.

2° Sentiment de reconnaissance envers Dieu, qui ne m'a pas enlevé de ce monde et précipité dans l'enfer quand j'élais dans cet état déplorable, digne de toute sa colère, et indigne de la moindre de ses miséricordes.

3v Sentiment de crainte et de tremblement salutaire sur le danger où je suis encore tous les jours de perdre la grâce de mon Dieu, quand même je la possèderais à présent.

4e Cependant sentiment de confiance en Dieu, espérant de son ineflable bonté que, malgré mes péchés et mes égarements, dès que je les déteste, il voudra bien encore me favoriser de ses grâces, et surtout de la grâce des grâces, de celle de la persévérance jusqu'au dernier soupir.

PRIÈRE

Oui, mon Dieu, je le reconnais, j'ai mérité l'enfer, je l'ai mérité mille fois; vous auriez pu m'y précipiter avec justice, j'aurais été moi seul l'auteur de ma perte et de mon malheur; je l'ai mérité plus qu’une infinité d'autres qui y sont condamnés. C'est à votre seule miséricorde que je le dois, si je ne suis pas actuellement au nombre des réprouvés. J'en bénis cette miséricorde infinie. Je la conjure d'achever son ouvrage, de me préserver du péché, de me soutenir dans la résolution de le détester et de l'éviter à jamais. Ne permettez pas que cette âme qui vous a coûté si cher, que vous avez comblée de tant de grâces, que vous avez créée pour vous louer à jamais, soit un jour réduite à vous haïr, à vous détester. Vous l'avez déjà comme arrachée à l'enfer; ne permettez pas qu'elle s’expose à y tomber, et retirez-moi de ce monde avant que ce malheur m'arrive Jamais.

PRATIQUES

A° Rappeler souvent la pensée et la crainte de l'enfer, voir la place que j'y avais méritée, et que je puis encore occuper, si je viens à pécher et à mourir malheureusement dans mon péché.

2 Me regarder comme un tison encore fumant que Dieu a arraché à l'enfer, et dont il faut éteindre les flammes par le torrent de mes larmes.

3° Quand j'aurai des afflictions et des peines en cette vie, me dire à (oRERe qu'ayant mérité les peines de l'enfer, je ne dois me plaindre

e rien.

&° Demander souvent à Dieu la grâce de la persévérance, surtout pour le

dernier moment qui doit d‘cider de l'éternité.

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5 Consacrer de temps en temps quelques communions, quelques pénitences à cette intention, et renouveler tous les jours les sentiments de ma fuste reconnaissance envers Dieu, qui m'a si longtemps préservé.

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