MÉDITATION SUR LES MOYENS D'ACQUÉRIR ET DE CONSERVER LA PAIX DE L'AME
La paix de l’âme étant un bien si grand, si nécessaire ct si divin, il n’est point de moyen au monde que je ne doive
prendre pour l’acquérir et la conserver.
Découvrez-moi ces moyens salutaires, à mon Dieu! je ne désire les connaître que pour les employer, et je ne désire les employer qu'en vue de cette p:ix ineffable que le monde ne saurait donner, que votre gràce seule peut nous procurer.
Le premier moyen d'acquérir et de conserver la paix, c'est d'éviter le péché. C'est là l'ennemi implacable de cette paix ; c’est le glaive qui perce le cœur; c'est le poison qui le déchire; c'est le ver rongeur qui le dévore. Jamais le péché et la paix ne firent entre eux d'alliance : ch! quelle paix peut -on goûter quand on sait qu’on est ennemi de son Dieu ?
Je le comprends, à mon Dieu! rien qui soit plus selon les lois de votre sagesse et de votre justice : il est juste que, quand on perd votre grâce, on perde la paix; que, quand on devient votre enneini, on devienne son propre ennemi; que, quand on cherche sa satisfaction hors de vous, on n’y trouve qu'afiliction d’esprit el amertume de cœur : eh! quel scrait mon malheur, si, étant dans le péché, j'y trouvais la paix ! Si je vivais tranquille dans le désordre, ne serait-ce
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pas pour moi le plus grand aveuglement et le plus grand malheur tout ensemble ? ne serait-ce pas une marque que vous vous seriez entièrement retiré de moi, que vous m'auriez abandonné à mon égarement? Quelle ressource me resterait-il, si par l'agitation de mon ame vous ne me faisiez comprendre que je ne suis pas ce que je devrais être, que mon me sera dans le trouble tant qu’elle sera dans le péché, et que, la paix une fois perdue, tout bonheur est perdu pour moi? L'oracle est porté, et l'oracle s'accomp!it tous les jours, une âme coupable trouve à jamais dans elle - mème son propre tourment : Jussisti, Domine, etc.
Comprenez-le donc, Ô mon âme! et ne l’oubliez jamais : si vous voulez jouir de la paix intérieure, fuyez le péché, craignez le péché, trembles à sa vue comme à la vue d’un monstre, el soyez bien assurée que, du moment que le peché entrerait dans vous, la paix en serait bannie. Et que pourrait alors vous oflirir le peché qui vous dédommageàt de la perte que vous auriez faite en perdant la paix, unique bien à désirer en ce monde ?
Le second moyen pour acquérir et conserver la paix, c’est d'éviter toute intidélité réfléchie, toute résistance volontaire à la gräce et à la voix de Dieu. L'Esprit- Saint même nous l'a dit, et l'expérience d'un million de pécheurs le contirme ; quel est celui qui, en résistant à Dieu, a jamais trouvé le bien de la paix? Quis reslitit ei, et pacem habuit (1)? Il est impossible de résister volontairement à la gräce sans comprendre qu'on déplaît à Dieu, qu'on afflige le cœur de Dieu, qu'on attriste l’'Esprit-Saint dans son cœur ; et avec cette vue et dans celte persuasion intime, peut-on n'être pas troublé, agité, et sentir qu'on s'éloigne de l'ordre, qu'on s'écarte des voies de la grâce, et que des lors, selon le langage de l'Esprit-Saint, la justice et la paix ne peuvent se donner dans notre àme ce baiser sacré qui en fait les délices? Justitia et pux osculatæ sunt (2).
Ah! je ne l'ai que trop éprouvé dans moi-même : si bien souvent dans ma vie j'ai perdu la paix de mon âme; si dans certains moments je me trouvais tout agité, tout inquiet, devais-je en chercher d’autres causes que mes résistances el mes infidélités à la voix de la grâce? N'élait-ce pas une voix secrète qui, en s’élevant dans moi, contre moi, me disait intérieurement : Tu déplais à Dieu, tu t’éloignes de Dieu, tu contristes l'Esprit-Saint dans ton cœur, tu perdras la tranquillité et le calme de ta conscience ?
(4) Job, 1x. — (2) Psalm Lxxx1v.
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Cependant combien de résistances et d’infidélités n’ai-je pas à me reprocher? combien de fois n’ai-je pas par là banni la paix de mon cœur? J'étais quelquefois étonne du trouble de mon âme; je lui disais : Pourquoi vous troubler, à mon me, et vous livrer à ces agilalions? Quare tristis es (1)? Ne devais-je pas comprendre que j'en portais la cause en moi-même, et que mes résistances à la grâce en étaient là funeste source ? Non, jamais plus de résisiance ainsi réfléchie à vos saintes lumières, 6 mon Dieu! les ténèbres, le trouble, les remords, la suivraient bientôt, et, comine je veux conserver la paix de mon âme au prix de lout autre bien, j'éviterai tout ce qui pourrait la troubler; et, comme toute résistance à votre voix, toute Infidélité à votre grâce serait un obstacle à cette paix ineflable, jamais pareille résistance ne irouvera d'entrée dans mon cœur. Je craindrais au même instant de voir la paix sortir de mon âme, m’abandonner à mes cruelles agilations, à mes remords dévorants. Je croirais vous voir irrité, armé contre moi, et, dans cet état, de quelle paix pourrais-je jouir ? mon cœur ne serait-il pas comme une espèce d'enfer, par le trouble et les alarmes qui se répandraient dans lui après mes infidélités envers VOUS ?
Le troisième moyen de conserver la paix de l'âme, c’est la mortitication des passions et des sens. O mon âme! voulezvous avoir la paix avec Dieu, déclarez-vous la guerre à vousmême. Toute passion est ennemie de notre repos, parce qu'elle trouble et renverse l’ordre de Dieu. Pour que la paix règne dans nous, il faut que les passions soient dominées et soumises à son empire. La paix veut régner comme en souveraine, il faut que tout lui soit soumis : son règne ne saurait s'établir que dans le calme; une seule passion suflit pour jeter le trouble et le désordre dans une âme.
Vous l'avez dit, adorable Sauveur : Je ne suis pas venu au monde apporter la paix, mais le glaive : c’est-à-dire que, pour avoir la paix dans nous, il faut nous armer contre nous-même, prendre le glaive de la mortification en main, combattre constamment nos passions, nos inclinations, nos penchants : ce n’est que par mille combats et une guerre continuelle contre nous-mêmes que nous pouvons oblenir la victoire et la paix : 11 faut détruire et subjuguer ses ennemis ; autrement ils s'éléveront sans cesse contre elle et contre nous, et nous réduiront enltin sous leur empire tyrannique et leur esclavage honteux.
(4) Psalm. xun.
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Avec quel soin ne dois-je donc pas entreprendre ce combat, si je veux avoir et conserver cette paix intérieure, seule capable de faire le bonheur de ma vie! Aidez-moi, Ô mon Dieu! à vous le Dieu de paix! fortifiez-moi dans le combat des passions, si difficile à mon cœur, et cependant si nécessaire à la paix de mon âme. C’est pour mon bonheur, il est vrai, que je la désire; mais c'est encore pour votre gloire, puisque je ne puis la perdre sans vous déplaire et vous offenser.
Le quatrième moyen, et le moyen le plus sûr, :e plus infaillible d'acquérir, de goûter et de conserver la paix de l’âme, c’est une conformité entière et absolue à la volonté de Dieu, un abandon total et sans réserve à sa providence : c'est de se jeter entre ses bras, et de le laisser, en maitre absolu , disposer souverainement de notre sort, nous reposant entièrement sur lui de tout ce qui nous regarde; et dès lors s’abandonner entièrement à sa divine conduite, sans plus se permettre ni retour, ni réflexion sur tous les événements de la vie : dans cet heureux état, qui pourrait jamais troubler la paix d’une âme qui veut tout ce que Dieu veut ou permet, qui ne regarde en tout que la disposition de la Providence, qui, levant les yeux au ciel, adore dans tout Celui qui dispose de tout?
Oh! que ce moyen est divin! qu’il est assuré! qu'il est infaillible pour avoir la paix! qu'une âme qui entrerait dans cette vue entrerait bientôt dans les voies de la naix! qu’elle y marcherait à grands pas! qu'elle y sexait saintement, sûrement, invariablement établie! qu'elle y couierait des jours sereins et heureux!
O mon âme, tu l'es refusée à ces jours précieux et tranquilles, tu n'as pas voulu marcher dans cette voie d’un saint abandon : ah! si tu avais su connaître ce que Dieu te préparait pour le. bien de la paix, quelles délices il L'aurait fait goûter! quels mérites n'aurais-tu pas acquis! Si cognovisses quæ ad pacem tibi (1). Mais, aveuglée par les nuages de tes passions et de tes illusions, tu as méconnu la voie du bonheur ; Lu t'es égarée hors des sentiers de la paix; et, en courant après des satisfactions trompeuses et passagères, tu L’es privée des véritables et solides douceurs : Nunc autem abscondita sunt.
O mon Dieu, je connais mon erreur, je déplore mon égarement. [nsensé que j'étais, je cherchais la paix, je la désirais; je disais : Pax, paæ (2); et la paix se refusait à
(1) Luc., xvi. — (2) Jerem., vi.
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mes désirs, parce que je me refusais à ses sages conseils : Et non erat pax.
Mon Dieu, pourquoi nous égarer ainsi? Persuadés que vous êtes notre Père, que vous voulez notre bien, que vous savez ce qui nous convient, qu’avons-nous à faire, qu'à nous tenir en paix et tranquilles dans le sein de votre providence, comme un tendre enfant dans le sein de sa mére? Nous serions saints et nous serions heureux.
PRIÈRE
Dieu de bonté! plus que jamais je désire la paix de mon âme; je ne désire que ce bien en ce monde; je le désire par-dessus tous les biens de la terre. Dieu de paix, si jamais je vous ai demandé une grâce avec instance, avec empressement, avec un désir sincère et ardent de l'obtenir, c'est la grande gràce que je sollicite aujourd'hui, la paix de mon âme: que les autres vous demandent les douceurs, les consolations de la vie; pour moi, je porte mes vœux vers cette paix ineffable ; je vous la demande dans toute l'étendue de mon cœur et selon toute l'étendue de vos miséricordes, Je ne la demande pas au monde: je sais que le monde ne peut la donner: mais vous savez aussi que ce fruit précieux ne naît pas dans mon fonds. Je porte, au contraire, dans moi-même tous les principes qui peuvent l'altérer et me la ravir: des passions violentes, des inclinations perverses, des penchants malheureux, tout dans moi combat contre cette paix ; il n'est donc que vous qui puissiez me l'accorder, m'en conserver la possession. Je vous la demande par votre bonté infinie, par cette paix que vous êles venu annoncer à la terre, par cette paix que vous faites régner dans le ciel, et plus encore par cette paix inaltérable qui règne dans votre cœur. De ma part, pour obtenir de vous un bien si nécessaire et si précieux, voici ce que je me proposé avec votre grâce, source de tout bien, et surtout du bien de la paix.
RÉSOLUTIONS ET PRATIQUES
4o Pour l'obtenir, je vous la demanderai souvent, à mon Dieu ! avec toute l'humilité, toute l'instance, toute l'ardeur dont je suis capable; vous avez tout promis à une prière humble et constante.
2c Pour la conserver, j'éviterai avec soin tout ce qui peut y mettre obstacle dans moi, tout péché, toute infidélité, toute résistance à cette grâce : ce serait le moyen de l'éloigner à jamais.
3°Je ne garderai jamais aucun doute, aucune peine qui puisse troubler qeus paix dans mon cœur. Tout doute estun ver rongeur et un funeste
evain.
ko Quand j'aurai des peines et des tourments intérieurs, je vous les offrirai en esprit de pénitence : Je n'ai pas mérité de goûter cette paix, après tant d’infidélités et de résistances.
5° Pour purifier mon âme et lui rendre le calme, j'approcherai des sacrements, et j y puiserai ces fleuves de paix, ces eaux salutaires qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle. :
60 Je demanderai surtout la paix de l'âme pour ces derniers moments qui doivent terminer ma course, afin que l'Eglise puisse alors vous offrir pour moi cette consolante prière : Requtescal in pace.
roi V c'est parc port bien eieu: IN1M etin tout dess dess terrc plus hou:
quel célé M nou à Di mer Die
conseils :
adés que que vous ure, qu'à otre pro- Sa mére?
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mon âme:
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