SUR LA PERSÉVÉRANCE
Cette lecture s'adresse à des âmes qui, ayant été autrefois éloignées de Dieu par le péché, ont eu le bonheur de rentrer en grâce avec lui par la pénitence, et je dis que le motif le plus grand, le plus efficace, le plus digne de Dieu pour envager à la persévérance däns son saint service, c’est la bonté même de Dieu, et la reconnaissance éternelle que nous lui devons après ce salutaire retour.
Je dis donc à ces âmes: Qu'éliez-vous autrefois ? qu’êtesvous à présent? qu'est-ce que Dieu a fait pour vous et en votre faveur? Vous étiez dans un état de péché, de mort et de damnation , éloignées de Dieu, ennemies de Dieu, objet de sa colère, frappées de ses anathèmes, dignes des peines de l’enfer, et pouvant être à tous les instants précipitées dans le sein à une éternité malheureuse. Dans ce triste état, où vous ne méritiez que les effets de la justice et des vengeances de Dieu, qu'est-ce que Dieu a fait pour vous, et de quelles urâces vous a-t-il prévenues ? Il vous a rappelées avec bonté dans votre fuite, il vous a attendues avec une patience inaltérable dans votre éloignement; il vous a reçues avec une tendresse ineffable dans votre retour : et pour cela que de grâces ! et en cela quelle miséricorde! Mais en conséquence quel retour, quelle reconnaissance, quel amour devez-vous avoir pour Dieu! quelle fidélité, quelle constance, quel attachement inviolable à son saint service! Ce seul motif de reconnaissance et d'amour envers Dieu ne doit-il pas vous attacher à jamais à lui?
Que si, après de tels bienfaits et une telle miséricorde, vous veniez encore à l’'abandonner, à l’offenser, à vous armer contre lui, ne devriez-vous pas vous regarder comme indignes de respirer et de vivre?
Qu'’êtes-vous à présent ? Vous devez vous regarder comme autant d'enfants prodigues, vous en avez tous les traits et toute la ressemblance. Or pensez à cet enfant autrefois indocile, rebelle, éloigne du plus tendre des pères, mais enfin revenu à lui, recu avec bonté, comblé de nouvelles faveurs, ayant retrouvé dans le cœur de son père la place dont il s'était rendu si indigne. Si cet enfant, après une si
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grande et si ineffable bonté de la part de son père, était retombé dans ses premiers égarements, avait encore outragé, abandonné ce tendre père, avait blessé et percé son cœur d'un nouveau glaive de douleur, ne l’auriez-vous pas regardé comme un monstre d’ingratitude et d'horreur?
Or voilà ce que vous seriez aux yeux de Dieu si vous veniez encore à quitter le Seigneur, à vous éloigner de lui, à l’outrager de nouveau : en un mot, à manquer de persevérance dans son service. De quel œil devriez-vous alors vous regarder vous-même? Pourriez-vous encore soutenir vos propres regards? Et à quoi ne devriez-vous pas vous allendre pour l'avenir?
Car de là qu'arriverait-11? et quelles suites terribles pourraient avoir devant Dieu votre infidélité et votre manque de persévérance ?
40 Dès lors vous perdriez entiérement tous les mérites que vous auriez acquis par le passé, le fruit de tous vos travaux, de tous vos combats, de tout ce qu'il vous en a coùté pour revenir à Dieu : l'amitié de Dieu, la grâce sanctifiante. toutes vos vertus, tous vos mérites, tous les trésors que vous avez amassés, tout serait dissipé et arraché de vos mains par le péché ; vous-même réduit à un état de dépouillement. d’indigence, de misère spirituelle, et au lieu de tous ces biens précieux n'ayant que des trésors de colère. Triste et funeste état où vous réduiraicnt votre infidélité et votre rechute!
2° Par le manque de persévérance, votre état devant Dieu deviendrait pire encore que le premier, plus triste, plus déplorable, plus funesie qu'auparavant. C’est le Sauveur méme qui nous le &it : Fiunt novissima illius hominis pejora prioribus (1). Le péché de rechute est bien plus grand devant Dieu, parce qu'il est commis avec plus de connaissance, plus de malice, plus d’ingratitude, après des grâces plus signalées, après des promesses plus solennelles, après des résolutions cimentées par le sang de Jésus-Christ même. Quel crime et quel malheur!
3° En manquant de persévérance, vous rendriez votre retour à Dieu bien plus difficile. Comme les maladies où l’on retombe sont plus dangereuses et plus funestes, ainsi les plaies de l'âme qui se renouvellent sont bien plus profondes et plus envenimées. Des passions qui ont pris une nouvelle force, le penchant au mal devenu plus violent.
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et à la pénitence ! quels efforts redoublés, quels sacrifices généreux ne demanderaient-ils pas! En seriez-vous capable? Et si avec moins d'obstacles vous ne vous êtes point soutenu, que deviendriez-vous quand les obstacles seraient malheureusement multipliés, et vos forces sensiblement affaiblies ?
4 Vous auriez à craindre que Dieu ne retirât ses gràces, du moins ses grâces privilégiées et choisies, dont il vous avait Si abondamment favorisé. Car enfin un père cruellement outragé par un fils ingrat et dénaturé sera-t-il bien porté à le prévenir et à lui ouvrir son cœur? Un ami indignement traité, déshonoré, fera-t-il aisément les premières avances pour la réconciliation? Un roi abandonné et trahi comblerait-il de ses faveurs signalées un sujet rébelle dont il aurait beaucoup à se plaindre? Dieu est votre roi, votre ami, votre père; si vous éliez assez malheureux pour l'offenser et l’outrager encore, surtout après qu'il vous à rendu sa tendresse et son cœur, devriez-vous vous attendre à ses grâces de prédilection et de choix? Ne devriez-vous pas craindre, au contraire, qu'il ne les retirât, de peur d’une nouvelle profanation et d’un nouvel abus ?
D° J'ajoute même en tremblant que par le défaut de persévérance vous rendriez en quelque manière saspectes votre pénitence et votre conversion. Je sais bien que la grâce ne rend pas impeccable, et qu'après une conversion, même sincère, on peut retomber; que la rechute n'est point une marque assurée d’une fausse pénitence, je le sais; et à Dieu ne plaise que je veuille jeter le trouble et la terreur dans les âmes! mais toujours est-il vrai de dire que les rechutes donnent quelque sujet de craindre pour les pénitences passées, surtout quand ces rechutes sont promptes, sont fréquentes, sont plus réfléchies. Or n'y eût-il sur ce point que la moindre crainte, le moindre soupcon, n’en est-ce pas assez pour faire souverainement redouter la rechute dans le péché, et par là même pour nous engager à une sainte persévérance dans la grâce, de peur de nous exposer à ces tristes retours?
I y a plus encore; et, pour augmenter le désir, le soin d'une sainte persévérance, surtout par le juste motif d’amour et de reconnaissanse envers Dieu, vous devez vous eonsidérer en quelque manière comme un tison arraché de Penfer par un effet des bontés de Dieu. El est bien constant qu’une personne qui nous empêcherait de tomber dans un anime nous ferait un plus grand bien que si elle nous en
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retirait après y être tombés. Voilà ce que Dieu a fait pour de m:
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vous en avait retiré après vous y avoir précipité. Or quel prière
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pour lui! Et comment lui marquer cette reconnaissance et l'acco
4 cet amour, que par une fidélité inviolable, une persévérance comn 4 constante dans son saint service? Et que serait-ce si une per- trésoi | sonne à qui l'on aurait sauvé la vie en la retirant du préci- Exaut 4 pice, ou en l’empêchant d’y tomber, se tournait contre son De: f bienfaiteur qui l'aurait sauvée, si elle l'outrageait et s'élevait et les | contre lui! Voilà quelle serait l'horreur de votre conduite dirai ; | | envers Dieu, si, miséricordieusement prévenu et sauvé par à Die | sa grâce, vous veniez à l’oflenser de nouveau, à tourner Le Di contre lui les bienfaits mêmes dont il vous aurait prévenu égale
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L pour toujours à lui, vous déterminer à perdre mille fois la la m À vie plutôt que de l’abandonner ? Après tout, vous le savez, jugen ce ne sont pas les commencements, c’est la fin qui décide. étape
Celui-là seul sera sauvé, qui aura persévéré jusqu’à la fin: un jo
Qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. être t
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