‹ L'âme élevée à Dieu [microforme]Chapitre 93 sur 119 · LES VÉRITÉS ETERNELLES · texte numérisé non relu

LES VÉRITÉS ETERNELLES

Souvenez-vous de vos fins dernières, et jamais vous ne pècherez, nous dit l'Esprit-Saint : Memorare novissima tua, et in æternum non peccabis (1).

Il faut que la considération des vérités éternelles soit bien puissante et bien efficace, puisque, si nous les méditons sérieusement, elles nous empècheront de jamais pécher. Mais quelles sont donc ces grandes vérites capables de faire sur nous ces impressions salutaires ? Les voici, méditons-les, gravons-les à jamais dans nos cœurs.

C'est une vérité que nous ne sommes en ce monde que pour nous sauver, et que, si nous ne sauvons pas notre âme, tout est perdu pour nous sans ressource.

C'est une vérité qu’un seul péché mortel peut nous damner à jamais ; que le péché est le seul malheur que nous ayons à craindre en ce monde, parce que c’est le seul qui puisse aussi nous rendre malheureux dans l’autre.

C’est une vérité que nous mourrons un jour, et que nous pouvons mourir à tous les instants, sans en avoir jamais un seul d'assuré : chaque moment peut être pour nous le dernier.

C'est une vérité qu’à l'instant même que nous mourrons nous serons jugés, et que Dieu nous demandera un compte exact de toutes nos pensées, de toutes nos paroles et de toutes nos actions, qui seules nous suivront après notre vie.

C'est une vérité qu'après le temps, qui finira bientôt, viendra une éternité qui ne finira jamais : ou éternité bienheureuse, qui renfermera toutes les délices en faveur des élus; ou éternité malheureuse, qui réunira tous les tourments sur la tète des réprouvés, sans espoir, sans consolation, à jamais, sans fin.

Vérités saintes, vérités solides, vérités aussi immuables que l'éternité même de Dieu.

Pensez-y bien.

Ah! si ces grandes vérités étaient profondément méditées, quelle impression ne feraient-elles pas sur nous!

Qui est-ce qui, venant à penser qu'il n’est sur la terre que pour servir Dieu et sauver son âme, passerait sa vie dans les inutilités, dans les amusements de ce monde, en perdant de vue l’unique affaire qui doit décider à jamais de son sort?

Qui est-ce qui, pensant qu'un seul péché peut le damner, pourrait jamais consentir à le cominettre? et, s'il l’a commis, pour-

(1) Eccles., vis,

rait-il demeurer un seul instant dans ce triste état, où la main de Dieu peut venir le frapper?

Qui est-ce qui, en considérant qu'il peut mourir à tous les moments, ne vivrait pas toujours en tremblant sur les bords de l'abime?

Qui est-ce qui s’attacherait aujourd'hui si éperdument et si criminellement à la vie et aux biens de la vie, qui peut-être lui seront enlevés demain ?

Qui est-ce qui, étant assuré qu'au moment de la mort il ira paraitre devant le souverain Juge, ne se jugerait pas sévèrement lui-même, ne se mettrait pas au-dessus des vains jugements des hommes, ne se tiendrait pas toujours prêt à subir ce jugement redoutable de Dieu?

Qui est-ce qui, étant persuadé qu'une éternité de bonheur ou de malheur l'attend après cette vie périssable, ne donnerait pas tous ses soins pour éviter les horreurs de cette éternité malheureuse, et pour se rendre digne des délices ineffables de cette éternité de bonheur”?

Qui est-ce enfin qui, méditant ces vérités saintes, ne vivrait pas, ne mourrait pas en saint ?

Pensez-y bien.

O hommes aveugles et insensés! que faisons-nous en ce monde, si nous n’y pensons, si nous ne nous occupons de ces grands objets? Ames immortelles et créées à l’image de Dieu, souvenezvous des premières et dernières vérités; comprenez bien, par de sérieuses réflexions, d’où vous venez et où vous allez, de qui vous avez recu l'être, et à qui vous devez votre cœur; ce que vous avez apporté en venant au monde, et ce que vous en emporterez en sortant de ce lieu d’exil.

Y avez-vous pensé? comment y avez-vous pensé? qu'attendezvous pour y penser (1).

O vérités saintes, vérités divines! à la lueur de votre céleste flambeau, dissipez les ténèbres qui nous aveuglent, présentez-nous à tous les instants ce que nous avons été, pur néant; ce que nous sommes, pécheurs et coupables; ce que nous serons un jour, éternellement heureux ou éternellement malheureux. Hélas ! pour nous préparer à ce dernier terme, peut-être n’avons-nous qu'un instant : allons donc dans les solitudes et les déserts nous remplir de ces grands objets, seuls dignes de nous occuper, seuls capables de nous convertir. Laissons passer ce qui passe; attachons-nous à ce qui est éternel ; disons à tout le reste : Vous ne m'êtes rien, parce que demain peut-être ou vous ou moi nous ne serons plus. Laissez-moi les moments qui me restent, puisque Dieu veut bien encore me les accorder. Je vous les consacre, d mon Dieu, pour ne plus penser qu’à vous, ne m'occuper plus que de vous. Le ciel et la terre passeront, vos paroles subsisteront à jamais; gravez-les dans mon cœur, et qu'elles y demeurent gravées jusqu’au dernier soupir de ma vie : Cœlum et terra transibunt (à. Je n’y ai pas pensé, j'y penserai tant que je vivrai.

(1) Eccles., xu. — (2) Matth., x1u.

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HISTOIRE

L'histoire de l'Eglise rapporte qu'un grand nombre de saints pénitents, pénétrés du néant des choses humaines et de la grandeur des vérités éternelles, se retiraient dans les déserts pour avoir le moyen de les méditer à loisir, La, séparés les uns des autres, enfoncés dans les cavernes, et comme ensevelis dans des tombeaux, ils ne s'occupaient que de ces vérités immuables ; pénétrés de ces grands sentiments, ils se livraient à toutes les austérités de la pénitence, à toute la rigueur des macérations : les prières, les veilles, les jeûnes, les cilices, tous les instruments sanglants de la pénitence, réduisaient leur corps en servitude ; päles et détigurés, semblables à des squelettes vivants , ils ne se nourrissaient que de racines, d'herbes ou de pain détrempé de leurs larmes. Ainsi passaient-ils leur vie, qui n'était qu'une longne mort; et, quand après les vingt, les trente, les quarante années, ils arrivaient au bout de leur course, encore effrayés et alarmés, ils se demandaient les uns aux autres, et s'écriaient en tremblant : Pensezvous, hélas! pensez-vous que Dieu se laissera toucher et fléchir, qu'il aura pitié de nos âmes, qu'il nous accordera le pardon de nos péchés? Pensezvous qu'à la mort nous puissions trouver quelque consolation, que le souverain juge adoucira la rigueur de notre jugement? Pourrons-nous enfin espérer d'éviter les horreurs de l'éternité malheureuse, et d'avoir un jour quelque part au bonheur des élus? Quels sentiments! quels exemples pour nous! hélas! peut-être quelle condamnation contre nous! Pensez-y bien.

RÉFLEXIONS

Ces saints pénitents que nous admirons avaient-ils un autre Evangile à suivre, une autre religion à pratiquer, un autre Dieu à servir, une autre éternité à espérer ou à craindre? Non sans doute; mais c'est qu'ils avaient de la foi, et nous en manquons; c'est qu'ils pensaient au salut de leur âme, et nous le négligeons; c'est qu'ils méditaient les grandeurs de Dieu, les horreurs du péché, l'incertitude du moment de la mort, les abimes redoutables des jugements de Dieu, les suites d'un avenir ou éternellement heureux ou éternellement malheureux; et nous craignons de nous occuper de ces grands objets : en un mot, c'est qu'ils vivaient en saints, et nous vivons en mondains.

Pensons-y tandis qu'il en est temps : que gagnons-nous à ne pas y penser ? Quelles consolations n'aurons-nous pas un jour d'y avoir pense! Pensons-y, occupons-nous-en à présent, pour ne pas nous désespérer éternellement de n y avoir pas pensé, ou plutôt pour recueillir à jamais les fruits de cette salutaire pensée.

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