‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 112 sur 112 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Trois grands sujets d'étonnement sur la conduite et l’aveugle-

ment des hommes. Chacun en particulier peut se les procurer.

1° Sujet d’étonnement et de douleur. de ne suis venu au monde que pour servir et pour aimer Dieu ; et je n’ai presque vécu que pour l'offenser. Quelle a été ma vie jusqu'à présent? à quoi ai-je pensé ? Depuis que je suis sur la lerre, à qui ai-je donné mon cœur et mes sentiments? Qu’ ai-je fait pour Dieu, pour l’auteur de mon être, mon premier principe et ma fin dernière? quelle ardeur, quel empressement ai-je eu pour son saint service? quel zèle pour sa gloire ?

Hélas! au contraire, que n'’ai-je pas à me reprocher envers lui ! que d'infractions à sa loil que d'infdélités à ses grâces ! que de résistances à ses volontés! que d’oppositions aux desseins de sa providence ! Loin de le servir, toute ma vie s’est passée à l’offenser et à lui déplaire.

Etait-ce pour cela que Dieu m'avait créé et mis sur la terre? À quoi devais-je employer mon esprit, qu’à contempler, à adorer ses grandeurs? A quoi devais-je consacrer les affections de mon cœur, qu’à aimer ses beautés ineffables? À quoi devais-je donner tous mes soins, qu’à le servir et à me sauver? Je ne devais vivre que pour lui, et peut- être n’y a-L-il pas eu un seul jour de ma vie où je l'aie vérilablement aimé, où je ne l’aie malheureusement offensé.

Cependant, bientôt peut-être, il me faudra aller paraitre devant iui pour rendre compte de ma vie et de toutes mes actions ; que pourrai-je lui présenter ?

O Ëtre suprême, auteur de mon être, arbitre de mon sort! quand vous m'avez mis au monde, que les desseins

de votre miséricorde étaient grands dans vous, et qu'ils pouvaient être consolants pour moi ! mais, hélas ! que j'ai mal répondu à vos desseins adorables ; et en voyant la manière dont j'y ai répondu, puis-je ne pas être étonné de moi-même el des égarements de mon cœur ?

2° Sujet d'étonnement. Est-il possible qu'ayant reçu de Dieu lant de grâces, des ‘grâces si précieuses, je sois encore cé que je suis envers ce Dieu de bonté? toujours si tiède, si lâche, si languissant, en un mot, si coupable, et si peu digne de Jui. Si des infidèles, des idolâtres avaient reçu les grâces que j’ai reçues, ils seraient devenus de grands saints ; si des pécheurs, el les plus grands pécheurs, avaient été comblés des 11êmes faveurs, ils auraient fait pénitence sous le cilice et la cendre,

Quand je rappelle tout ce que Dieu a fait pour moi: dans tout le cours de ma vie, tant de dangers dont il m’a préservé, lant d’occasions où il m'a soutenu, tant de malheurs qui auraient pu m'arriver, et où j'aurais dû périr mille fois, mais surtout tant de grâces intérieures et personnelles dont il n’a cessé de me favoriser: vives lumières, sentiments touchauts, remords salutaires, reproches amers quand je m'éloignais de la voie: celle voix secrèle qui ne cessait de me poursuivre el de, me rappeler à la fidélité que j'avais promise, tant d'autres traits d’une providence marquée, d'une miséricorde spéciale sur moi; toutes ces faveurs, quels sentiments doivent-elles exciter dans mon cœur !

J'ai reçu ces grâces, j’en ai été comblé; quel usage en ai-je fait, quels fruits en ai-je retirés? Quand Dieu me montrera, d’une part, tout ce qu'il a fait pour moi, et que de l'autre il me demandera l'usage que j'en ai fait, qu'aurai- je à lui présenter? Quid potui facere vineæ me, et non feci? me dira-t-il; qu’ai-je pu faire en ta faveur que je n’aie fail? et après lout ce que j'ai fait, que n’avais-je pas droit d’altendre de toi? Est-il de vertu que tu

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L'AME PÉNITENTÉ. 433

n’eusses dû pratiquer ? est-il degré de sainteté où tu n’eusses dû aspirer? et cependant dans quel état paraistu à présent à mes yeux ?

Ces grâces, ne l'ont pas été données en vain; tu savais le compte que je t’en demanderais un jour ; ce jour est venu, rends compte à ma justice de tout ce que ma miséricorde a fait pour toi dans tout le cours de ta vie, Redde rationem. |

Hélas ! Seigneur, Dieu de bonté ! que puis-je répondre, et que dois-je faire, si ce n’est de me prosterner à vos pieds, de gémir amèrement devant vous, d’implorer encore la même miséricorde dont j’ai abusé, de vous conjurer de ne pas me priver de vos dons comme je l'aurais mérité ; de ne pas transporter ailleurs le flambeau en me livrant à mes funestes ténèbres, qui deviendraient pour moi le comble de l’aveuglement et de tous les malheurs ?

3° Sujet d'étonnement et de juste douleur. Je savais que je n'étais sur la terre que pour peu de temps, qu’une éternité sans bornes m’attendait après ce court espace de temps ; et je n'ai vécu que pour le temps passager, en perdant de vue cette éternité permanente.

Je savais que quelques jours, quelques années finiraient bientôt ma course ; que mille ans n’auraient pas été trop longs pour me préparer à l'éternité où je pouvais entrer à chaque moment ; et ce peu de temps que j'ai eu, je ne l'ai employé qu'à des inutilités, à des amusements, à des

riens : et voilà ce temps qui va disparaître à mes yeux, et l'éternité qui va s'ouvrir sous mes pieds pour m’ensevelir dans son sein.

Sera-ce une éternité de bonheur ou de malheur pour moi? qu’ai-je fait pour la mériter heureuse? O temps! à éternité ! à aveuglement déplorable de l'homme! quatre jours à passer en ce monde, et une éternité tout entière

| dans l’autre; et ces quatre jours attirent tous les soins !

AME ÉLEV, 19

et cette éternité est comme oubliée! Où est la foi ? où est la raison ?

Mais un sujet d’étonnement, plus grand peut-être encore que tous les autres, c’est que ce Dieu de bonté, ce

Dieu oublié, ce Dieu outragé, est encore prêt à me rece-

voir, si à ce moment je reviens sincèrement à lui : oui, quelques grands péchés que j'aie commis contre lui, quelque mépris que j'aie eu pour sa sainte loi, quelque mauvais usage que j'aic fait de ses grâces, il est prêt à me les pardonner, si mon cœur les déteste ; quelque criminel abus que j'aie fait du temps, il me laisse encore espérer une éternité de bonheur.

O Dieu saint ! Dieu miséricordieux ! est-il possible que |

vous portiez la bonté à ce point, j'ose dire à cet excès, en-

vers une créature si ingrale, si infidele, si coupable envers | vous? est-il possible que vous jetiez encore des regards de |

miséricorde sur elle?

Et moi, serait-il possible que je négligeasse une grâce

à laquelle j je n’aurais jamais dû m attendre après une vie |

si coupable ? Non, Dieu de bonté, je n’abuserai pas jusqu’à | cet excès de vos dons : j admirerai vos grandeurs, mais | j'adorerai, je bénirai éternellement vos ineffables misé-

ricordes : dès ce jour, oui, dès ce moment, je vais com- |

mencer, pour continuer tout le temps que je serai sur la terre. |

Recevez donc, Dieu de toute bonté, recevez l’hommage! que je vous rends ; je reconnais que ma vie n’a été qu "a veuglement et qu ‘égarement ; ; je reconnais que tout n'est que néant et que vanité dans la vie, que tout n'est q illusion et qu'aveuglement dans le monde ; qu'ii n'y a de vrai contentement et de solide bonheur que dans vous, À vous servir, à vous aimer, à s'attacher à vous en se déta chant absolument de tout. 1

C’est vous seul que l’on trouve à la mort, c'est à vou seul que l’on doit s'attacher dans la vie. Quelle grâce que

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| 435 celle que vous me faites de me donner encore quelques moments pour ouvrir les yeux sur mon aveuglement et pour prévenir mon malheur! hélas! j'y courais à grands pas, el peut-être étais-je au moment de m'y précipiter à jamais.

Aussi ne veux-je vivre désormais que pour déplorer les égarements de ma vie, pour observer votre sainte loi, pour profiter de toutes vos grâces, pour me préparer enfin à cette éternité bienheureuse, dans laquelle vous voulez bien encore me réserver une place : heureux si je n'avais jumais pris d'autre chemin que celui qui devait m'y «conduire ! | |

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