PRE
péché et de la mort qu’il donne à l’âme! dans un moment
© il enlève tous ces titres, brise tous cesliens, efface tous ces
traits glorieux : tout ce qu’elle avait de grand dans l'ordre de la grâce lui est enlevé. Le péché, portant la mort dans cette âme, la fait entrer dans un état plus triste que le néant d’où la grâce l'avait tirée.
Elle est abando nnée : ce n’est pas que Dieu l'ait entièrement délaissée : sa miséricorde le porte à jeter encore sur elle quelques regards; mais ce ne sont plus ses regards de tendresse et de complaisance. Il lui donne encore des grâces, mais c'est avec poids et mesure. Il lui donne des grâces, mais dans le cours ordinaire; ce ne sont plus ces grâces privilégiées et choisies. Îl lui donne des grâces, mais reviendra-t-elle avec ces secours ? Elle le peut, c’est tout ce qu’il y a d’assuré; le reste est plus qu'incertain. Îl lui donne des grâces ; il en donnait à ces pécheurs malheureux dont il disait : C’en est fait, qu'il aveugle, qu’il s'endurcisse, qu’il se perde ; puisqu'il veut périr, qu’il périsse ; sa perte ne peut s’attribuer qu’à Juimême : Curavèmus Babylonem, et non est sanata ; derelinquamus eam (1) ; « Babylone à abusé de nos soias, livrons-la à son sort et à son malheur. »
Enfin elle esten proie aux vers rongeurs qui l’agitent, aux remords qui la déchirent. Ici, la raison représente au pécheur, malgré lui, l'horreur de. sa conduite et le déplo-
rable état deson cœur; là,la conscience, par sa syndérèse, excite au dedans de lui une guerre intestine et implacable dans ses terribles combats. D'une autre part, la religion lui représentant, tantôt l’image de la mort qui le menace, tantôt les rigueurs d’un jugement à subir, tantôt ouvrant à ses yeux les abîmes éternels qui lui sont préparés, toujours. réveillant sa foi, ses alarmes, fera son tourment, depuis qu'elle ne fait plus sa consolation. Toutes les passions déchaînées de concert contre lui l’agiteront, le tour-
fi) Jerein., v.
menteront, le tyranuiseront : malheureux ! environné de tant d’ennemis, il se tournera contre lui-même dans les violentes agitations de son cœur; tantôt il se réjouira de son péché, tantôt il le détestera ; quelquefois il voudra le quitter, bientôt il se repentira de l'avoir voulu: roulant tour à leur des projets de conversion et des projets de crimes; et dans ce combat intérieur, éprouvant déjà en quelque manière un prélude funeste du dépit, de la rage, du désespoir des damnés. Heureux encore s’il
éprouve de salutaires remords ! le malheur serait à son
comble, s'ils étaient étouffés, si le pécheur était tout à la fois coupable et tranquille.
2° Mort temporelle ; c'est-à-dire, les événements funestes, les accidents, les revers, les morts tragiques, et lant d’autres malheurs ; car en vain voudrions-nous souvent en chercher d’autres causes que le péché, qui en est la source la plus ordinaire. N'est-ce pas en eflet le péché qui, dès les premiers temps, attira le déluge qui submergea l'univers, qui fit descendre le feu du ciel sur les villes mfortunés, et leurs criminels habitants ; ; qui arma le bras de l’ange exterminateur contre les premiers-nés de l'Égypte; qui peupla le désert de serpents ; qui fit engloutir les enfants d’Aaron dans le sein de la terre? Et, sans recourir à ces exemples éloignés, d'où viennent tant de malheurs dont le monde est comme accablé? d’où naissent depuis tant d’années ces renversements de saisons, ces stérilités des campagnes, tant d’accidents imprévus et funestes ? Pourquoi la mort enlève-t-elie si souvent, si indifféremment dans tous les âges ? Pourquoi ce qu'on regardait presque comme un prodige parmi nos pères est-il devenu si fréquent parmi nous : ces morts subites, ces morts tragiques, ces victimes transportées tout à coup d’un festin, d’une assemblée, dans le cercueil et dans le tombeau? Pourquoi les spectacles terribles sont-ils plus fréquents, si ce n’est parce que les péchés
connaît {du péc
se: sont
| Etq imaison
Roémit hasard aveugle | péché }cances ï Lrcconn
D veux, | Btirer Le
[On m encore | réser v por festin:
… (inar à dela étern
.: deso | pron jui | frap]
| ‘ que
EN
ds
ironné de e dans Jes se réjouira Iquefois ;i] oir voulu :
t des pro.
éprouvant u dépit, de encore s’il
rait à son
ail tout à
ments futragiques, lons-nous é, qui en t le péché | submer- 1 sur les qui arma miers-nés jui fit enerre? Et, nent tant 6% d’où s de sai- {s impré- > Si sou rquoi ce rmi nos S morts Sportées le ceres terris péchés
Pse sont multipliés? Peut-on s’aveugler au point de mé- D connaître en cela les vengeances de Dieu et les punitions Ldu péché? |
1 : Et que serait-ce, si, pénétrant dans l'intérieur des maisons, on considérait les terribles fléaux dont elles * sont quelquefois frappées, les fortunes renversées, les hé- Ldritages dissipés, les procès suscités, les révolutions imprévues, les infirmités accumulées, les santés dépéries, et D blus encore les divisions, les dissensions intestines ? On Moémit sous le poids des malheurs; on les attribue au hasard, à l'injustice des hommes, au destin rigoureux et aveugle: reconnaissons qu’ils n’ont d'autre cause que le Ppéché qui règne dans les maisons, et qui attire les ven- Mgeances célestes : au lieu de nousen prendre auxcréatures, Plreconnaissons que le coup est parti de plus haut ; disons: Nous sommes malheureux parce que nous sommes coupables ; la main de Dieu est levée sur nous parce que le péché l’a armée contre nous.
NY Etque serait-ce encore, à mon Dieu! si, après ces malheurs présents, ces calamités que nous avons sous les 2 yeux, il était permis de lire dans vos décrets divins, de 2 lirer le voile redoutable qui dérobe l'avenir à nos yeux ? {On montrerait des malheurs plus grands qui menacent encore, peut-être les morts tragiques et funestes qui sont réservées aux pécheurs. On annoncerait à lun qu'après avoir, durant un temps, pris part aux amusements, aux festins, aux spectacles, aux folles joies de ce monde, sa “ fin arrivera lorsqu'il y songera le moins, que le temps d de la pénitence ne sera plus pour lui, et qu'une pénitence éternelle lui est destinée. On dirait à l’autre, qu’à la fleur de son âge, au temps d'une santé florissante, lorsqu'il se promettait une longue course, la mort le frappera, sans lui laisser même le temps d’apercevoir le coup qui le frappe. On verrait celui-ci étendu sur un lit de douleur, que des amis, des parents, une femme, des enfants, trom-
Le
OR IN PAS AU NS SES RETARDS US Le DER
chai leur tence acco Com horr tence plus point être rt sur n peu aux à vivon aveud
pent par une fausse et cruelle tendresse, en le laissant M mourir sans secours, sous un faux espoir de guérison dont b ils le flattent. On découvrirait à celui-là comment et avec Bi quelle inquiétude, pressé par le poids de ses crimes W sitôt qu’il se sentira alteint du trait mortel, il demander M le ministre de la réconciliation, et, par un juste mai Bl terrible jugement de Dieu, ce ministre ne se trouvera Bt pas, ne sera pas à temps; et le pécheur, en prononçant M le nom de:pénitence, mourra en impénitent, en réprouvé, Où manifesterait à cet autre le funeste désespoir où le plongeront à ce dernier moment la vue de ses crimes, l'horreur de sa vie, les approches de son Dieu qui viendrai lui, et qui viendra, non en sauveur mais en juge, mais en B} vengeur. Non, se diræ ce pécheur, mes péchés sont trop Bi grands ; il n’est plus pour moi de miséricorde : je suis fi perdu. Ainsi il mourra, le crime et le désespoir dans le #8 cœur ; le moment est venu, il expire. Le corps étendu BR sur le lit n’est plus qu'un cadavre, et l'âme a déjà paru # devant Dieu avec ses péchés. La voilà cette troisièmemort, BN p, plus funeste que toutes les autres, et la punition du péché
dérot
la plus redoutable. url 3° La mort éternelle. Voilà cette âme à jamais éloignée je ve de Dieu, séparée de Dieu, maudite de Dieu, à jamais pré- À ‘ans cipitée dans la profondeur des abîmes, dans les feux dé- su vorants, dans des ténèbres affreuses, à jamais déchirée de pein remords accablanis, et livrée à des regrets stériles ; à | péch jamais abreuvée d'amertume et de fiel ; à jamais victime {8 pren de la colère de Dieu, sans que jamais la moindre lueur EE à de consolation vienne briller à ses yeux, parce qu'à ja- EE om
mais le péché vivra dans cette âne , snbsistera dans cette 1 M
âme, élèvera des cris veugeurs vers Dieu contre celle EE es
âme, O péché ! mort dans le péché ! pou Hélas ! pour plusieurs qui Hsent ces grandes, ces ter- cra
ribles vérités, ne sont-elles que de simples menaces ? E
Combien peut-être, combien sont destinés à une mort pro-
déjà paru émemort, du péché
s éloignée mais prés feux déchirée de leriles ; à S victime re lueur qu'à ja-
ans celte
tre celte
ces flerenaces ?
Or! pro-
le laissant M uérison dont À ent et avec ses crimes, È demander; | Juste mai L se trouvera Pi prononçant M n réprouvé, où le plon.
mes, l'hor.
Hi viendra à Ye, mais en sont trop M e: je suis M joir dans le ‘1 ps étendu BP
chaine! combien à une mort subite ! Combien finiront leur course par une mort sans préparation, sans pénitence, sans sacrements, ou précédée des sacrements, mais accompagnée des remords et suivie de la réprobation! Combien peut-être termineront leur carrière, livrés aux horreurs d’une présomption diabolique, d’une impénitence affreuse et volontaire, ou d'un désespoir encore plus affreux ! Quel sort! quel malheur ! Nous n’y pensons point, nous ne la prévoyons pas : et peut-être l'arrêt va être porté contre nous ; peut-être Dieu a-t-il déjà les yeux sur nous pour nous désigner à à la mort; peut-être dans peu va-t-il lui ordonner de trapper ; et nous nous livrons
aux amusements, aux folles joies de ce monde et nous vivons tranquillement dans le péché! Est-ce folie? est-ce aveuglement ? où est notre foi?
MÉDITATION
SUR LE MÊME SUJET
Pour concevoir une juste idée du péché mortel, considérons-le sous quatre points de vue différents, ou plutôt sur les quatre grands théâtres des vengeances de Dieu ; je veux dire, l'ange rebelle dans le ciel, le premier homme dans le paradis terrestre, tant de malheureux dans l'enfer, et surtout Jésus-Christ sur le Calvaire ; car, en voyant les peines terribles auxquelles Dieu condamne, où pour le péché, ou pour la seule apparence de péché, nous comprendrons aisément quelle est l'horreur infinie que Dieu en à, ce que nous avons à craindre si nous venons à le commettre et à y persévérer.
Mon Dieu, éclairez mon esprit et touchez mon cœur : c'est ici surtout que j'ai besoin du secours de vos grâces pour apprendre à détester l'unique ennemi qe aie à craindre en ce monde.
Premier théâtre des vengeances de Dieu, et première
victime du péché : l’ange rebelle dans le ciel. De quelle frayeur ne suis-je pas saisi à la vue de sa punition! L'ange désobéit à Dieu, et à l’instant il porte la peine de sa désobéissance. Le glaive de Dieu est levé sur lui ; l'ange éloigné de Dieu, chassé : à jamais du paradis, précipité pour toujours dans le sein d’une éternité malheureuse : d’un ange le péché fait un démon.
Pensée terrible et effrayante pour moi dans la comparaison que je fais de mon péché avec celui de l’ange coupable ! Car enfin l’ange n'avait commis qu’un seul péché, et un péché de pensée, et un péché d'un moment ; et moi, à mon Pieu! qui ai commis tant de péchés, de si grands peches et qui en ai commis si souvent! L'ange n'eut pas u:: cul moment pour se reconnaître ; le même nn, le vit ccupable le vit malheureux : et moi, depuis mon péclié, Dieu m'a accordé le temps de rentrer en moi-même, la grâce me l’a souvent inspiré, ma conscience n'a cessé de crier contre moi, et, malgré cela, j'ai langui, j'ai différé, je gémis peut-être encore dans le péché. Ah ! Seigneur ! ce funeste délai dans le péché n'est-il point un péché plus grand que mon péché même? Il semble, ô mon Dieu, qu'il devait bien vous en coûter de perdre une créature aussi parfaite que l'ange au moment où elle sortait de vos mains. Que si malgré cela vous avez sacrifié à votre colère l'ange rebelle, quelle vengeance ne ferez-vous pas éclater contre l homme pécheur !
Deuxième théâtre des vengeances de Dieu sur le péché : le premier homme dans le paradis terrestre. L’hoinme, à peine sorti du néant par la création, se précipite dans un néant encore plus affreux par le’ péché. Bientôt son crime est suivi de sa condamnation et de son malheur : chassé du paradis, dépouillé de tous ses avantages, condamné à une péniteace de neuf cents ans, enfin aux horreurs de la mort, c: n'est encore rien. Adam, par son péché, allume la colère de Dieu contre lui ; mais ce n'est
, la fai à les g
: aurai
4 les ce #4 dont
ait 5) re Là
pas € envelo anathi
Ici, malhe en est
Dieu, nestes
AI des t« ceux (
nous
De quelle punition !
a peine de ui; l'ange précipité eureuse :
la compaange Cou-
seul pémoment ; péchés, de L! L'ange s le même : et moi, je rentrer ma cons-
cela, j'ai ans le péhé n’est:il 1e? Il semcoûter de 1 imoment vous avez seance ne
le péché :
’'hoïnme, ipite dans entôt son nalheur :
ges, conaux hor- , par son s ce n'est
D 0e me Se ème amas e v 1
pas contre lui seul qu'elle éclate; toute sa postérité est enveloppée dans le même arrêt, et frappée du même anathème.
ù mon âme, formons-nous une image de tous les
Ici, Ô malheurs dont le genre humain est accablé : réunissons
en esprit toutes les calamités qui ont inondé l'univers: , la faim, la soif, les infirmités, les maladies, les chagrins, | les guerres, les pestes, les famines, et tons les fléaux de
Dieu, et disons-nous : Voilà les effets du péché et les funestes rejetons de cette tige maudite. Sans le péché, il n'y
: aurait jamais eu de malheurs sur la terre.
Allons plus loin : descendons en esprit dans le sein des tombeaux ; représentons-nous les cadavres de tous ceux qui y ont été ensevelis ; ce tas affreux d’ossements, les cendres, la poussière, où ils ont été réduits, les vers dont ils ont été dévorés ; et, daus notre frayeur, disonsnous encore : Voilà les effets du péché! sans lui il n’y aurait jamais eu ni ossements, ni cadavres. O mon Dieu, il faut que le péché soit quelque chose de bien affreux, il faut que la source d’où coulent tant de maux soit bien empoisonnée, pour produire des effets si terribles.
Ce qu’il y a de plus affreux, à grand Dieu, juste Dieu ! c’est que votre colère, qui depuis six mille ans est aumée contre nous par le péché, ne s’est point encore ralentie; votre main vengeresse est encore levée sur nous; celte étincelle a produit un funeste incendie, qui ne s’éteindra que par lexlinction du genre humain. Tant qu'il restera une goutte du sang d'Adam sur la terre, il faudra que ee sang soit purifié par le feu de votre colère, et se leu vengeur ne cessera sur la terre que pour s'allumer avec plus de fureur dans l'enfer, et pour y poursuivre
implacablement les restes de cette race coupable et mandite. Mon Dieu, que votre justice est redoutable, el que le péché doit être horrible à vos veux !
Nouveau théâtre des vengeances de Dieu encore plus
terrible : tant de millions de réprouvés dans le sein des enfers ! Transportons-nous un moment à l'entrée de ce séjour des vengeances, et, placés près d’un de ces soupiraux embrasés qui vomissent sans cesse des feux et des flammes, formons-nous l’idée du péché et de ses horreurs : voyons ces gouffres affreux ; c’est le péché qui les a creusés dans le sein de la terre; ces feux dévorants, ces flammes vengeresses, c’est le péché qui les a allumés par le souffle de la colère de Dieu ; ces ténèbres épaisses, elles ‘sont encore moins affreuses que celles que le péché répand dans une âme; ces victimes infortunées, c’est le péché qui les a précipitées dans ces gouffres d'horreur : écoutons les soupirs, les gémissements, les hurlements lamentables et désespérants, c’est le péché qui les pousse par leurs bouches. Allons donc en esprit dans ces abîmes y puiser l'horreur du péché; considérons-les à travers ces sombres lueurs, ces épaisses ténèbres; quelque sombres qu’elles soient, elles se changeront pour nous en autant de vives lumières pour nous faire connaître et détester le péché. Sous celte affreuse image, pourrait-il ne pas exciter toute la haine et l’exécration de nos cœurs, puisqu'il mérite toutes les malédictions et les anathèmes du Dieu des vengeances ?
Mais oubliant, s’il se peut, tout ce que nous avons méc lé, considérons un quatrième théâtre des vengeances de Dieu encore plus redoutable que tous les autres : c'est le Calvaire. C'est la qu’un Dieu Sauveur, un Dieu mourant nous appelle au pied de sa croix : soyons témoins du spectacle sanglant que la foi nous présente; déjà le bras de Dieu est levé, l'arrêt est porté contre le Saint des saints, la victime est attachée à la croix, le sang de lAgneau ruisselle à grands flots sur la terre, le Fils de Dieu même expire sur une croix. Voila où l'ont conduit nos péchés dont il s'était rendu la victime.
Ce qu'il y a d'étonnant, c’est qr : Jésus-Christ n’avait
en lu
appai Dieu mort ne fa Dieu sains ment Reine pour déplo toucl adora le sol vous dre mêm reur sang , sible.
hvre Pc naîtr raiso de ve terri mêrr c'est dans l'effe vré de d,
le sein des trée de ce > CES SOUpieux et des e ses hor.
ché qui les orants, ces Humés par aisses, elles hé répand st le péché ur : éCouments Jales pousse es abîmes à travers ; quelque Jour nous nnaître et )ourrait-il OS cœurs, nathèmes
US avons ngeances es : C’est ieu moumoins du à le bras S Saints, "Agneau u même s péchés
n'avait
HUITIÈME LECTURK.
en lui que la seule apparence du péché, et que cette seule apparence a suffi pour le rendre anathèrne aux yeux de Dieu, eten cette qualité, pour le faire condamner à la mort : et ce qu’il y a de plus étonnant encore, c'est qu’il ne fallait rien moins que la mort et les mérites d’un Dieu pour expier le péché. Non, toutes les vertus des saints, tous les mérites des justes, tons les tourments des martyrs, tous les mérites même de la Reine des anges et des saints n'auraient pas suffi pour expier un seul péché. Mais ce qu'il y a de plus déplorable, c’est que la mort d’un Dieu n’ait pas encore touché nos cœurs pour les arracher au péché. Oui, mon adorable Sauveur, par votre mort vous aurez fait éctipser le soleil, vous aurez ébranlé les fondements de la Lerre, vous aurez fait ouvrir les tombeaux, vous aurez fait fendre les rochers ; et nos cœurs, plus durs que ces rochers mêmes, seront insensibles, et ne gémiront pas sur l’horreur du péché, qui a élevé votre croix, qui a versé voire sang, qui a causé votre mort ! Y sera-t-il encore insensible, ce cœur? Non, mon Dieu, à ce moment il va se hvrer à l’amertume de sa douleur.
Pour moi, mon Dieu ! il me semble que, pour connaître, déplorer et détester le péché, on n’a besoin ni de raisonnements ni de discours. Je me prosterne au pied de votre croix, je lève les yeux sur elle ; et à la vue du terrible spectacle que me présente la foi, je me dis à moimême : Voilà l'effet du péché. Cette tête ainsi penchée, c'est l’effet de tant de pensées criminelles qui se forment dans nos esprits ; ces yeux noyés dans leurs larmes, c’est l'effet de tant de regards coupables; ce cœur navré d adouleur et percé d’une lance, c’est l'effet de tant de désirs criminels conçus dans nos cœurs.
Hélas ! que nous faisons donc un mauvais usage de nos larmes! nous pleurons, nous gémissons sur les malheurs de cette vie ; et nous fermons les yeux sur les
malheurs plus funestes de l’autre. Qu'un homme ait perdu une partie de ses biens, il n’est plus à lui; ila perdu les biens de l'éternité, et il est insensible ! Qu’une épouse ait perdu un époux qui lui élait cher, elle passe sa vie dans la tristesse et le deuil, cest une plaie qui saigne toujours dans son cœur : une âme, par le péché, a perdu le céleste époux ; son malheur ne la touche pas ! Qu'un courtisan ait perdu les bonnes grâces de son prince, il est inconsolable, et la vie Jui devient à charge ; on à offensé son Dieu, le meilleur des maîtres, on est tombé dans sa disgrâce, et on ne forme pas un soupir, on ne verse pas une larme !
0 déplorable aveuglement des hommes ! Pleurer pour la perte des biens, et ne pas pleurer pour la perte de l'âme! Pleurer pour la terre, et ne pas pleurer pour le ciel ! Donner aux intérêts de ce monde des larmes infructueuses, et néanmoins très-amères, et être insensible aux intérêts du salut, de l’éternité même! Et nous sommes chrétiens ? et nous avons la fi? et nous croyons une éternité? O péché, que tes ténèbres sont affreuses! Que ton aveuglement est profoud ! Mais que les peines qui te sont réservées sont redoutables ! que iles regrets, que le désespe: que tu causeras seront longs ! qu'ils seront amers ! L ‘:rnité même ne suffira pas pour en tarir la source.
Voici, mon Dieu, les sentiments que je forme en ce . moment au pied de votre croix, et à la vue du péché qui a causé votre mort ; gravez-les à jamais dans non cœur.