‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 35 sur 112 · ET MÉDITATION SUR LA PASSION T NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

ET MÉDITATION SUR LA PASSION T NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

Considérons la passion du Sauveur: 1° comme le grand objet de notre foi et de nos adorations; 2° comme la règle assurée de nos mœurs et de notre conduite.

PREMIER POINT

Un Dieu sur une croix; quel spectacle ! quel mystère! quelle leçon! Ce spectacle, nous l’avons continuellement sous les yeux; l'avons-nous jamais bien considéré, étudié, médité? Faiscas-le aujourd’hui : en est-il dans la religion de plus digne de nos réflexions et de nos sentiments ?

Approchez donc, âme chrétienne, et animée par les sentiments de la foi, considérez le Saint des saints dans l'état où l’ont réduit vos péchés, ou plutôt où l’a réduit son amour. Non, il ne se présente pas à vous dans un état de grandeur, de puissance et de majesté, qui frappe et qui éblouit; par là il aurait attiré vos respects: mais par là aurait-il gagné votre cœur? Il ne veut paraître qu'au milieu des humiliations, des opprobres et des tourments, pour attirer votre amour; plus il est ici méconnaissable et défiguré, plus vous devez le trouver aimable et digne de vous, puisqu'il n’est tel que pour vous avoir trop aimé : Quanto difformior, tunto mihi carior. Chacune de ses plaies vous annonce sa tendresse et vous demande la vôtre. Voyez ce corps innocent attaché à une croix infâme. suspendu entre le ciel et la terre, couvert de blessures profondes, et tout arrosé de son sang. Voyez cette tête couronnée d’épines, penchée sous le poids de la douleur qui l’accable ; ces yeux éteints et noyés dans leurs larmes, qui jettent sur vous leurs derniers regards; cette

bouche abreuvée de vinaigre et de fiel, qui ne s'ouvre que pour prononcer quelques mots d'une voix mourante ; ces mains qu’il tend encore en mourant à un peuple indocile et incrédule, qui insulte à ses opprobres et à ses tourments: Ad populum non credentem et contradicentem ; considérez surtout ce cœur du plus tendre des pères, percé, navré de douleur, et submergé dans un océan d’amertumes.

Quel objet! à ces traits ensanglantés pourrez-vous re-

connaître le roi de gloire, le Dieu des vertus, le Fils du Très-Haut, le doux objet de ses complaisances, devenu à présent semblable à un ver de terre, et devenu l’opprobre des hommes, le mépris et l’exécration de son peuple? Ego vermis et non homo, opprobrium hominum et abjectio plebis. Ah! le Saint même des saints, chargé des péchés du monde, immolé pour tous les pécheurs ! celui qui règne dans les cieux, qui peut tout sur la terre et dans les enfers, abandonné de ses anis, trahi par ses disciples, livré à la fureur de ses bourreaux, délaissé de son père, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de lo croix! celui qui tient en ses mains les trésors du ciel, dépouillé de {out et réduit à une extrême indigence ! celui qui a donné être et la vie aux hommes, crucifié, mis à mort par ceux mêmes à qui il a donné la vie! Ainsi livré à l'excès des afflictions et des humiliations, il souffre avec la douceur de l'agneau; il souffre comme s’il élait criminel; il souffre dans le silence, qu’il n’interrompt que pour prier pour ses ennemis, et pour excuser le déicide qu’ils commettent en sa personne: Pater, dimitle il'is.

Grand Dieu, Dieu juste et puissant ! quelle autre vueque celle de la foi et de la foi la plus vive, la plus humble et la plus soumise, peut ici nous soutenir? Mais cette foi vive, que doit-elle produire dans nous qu’une vive douleur?

Douleur d'autant plus sensible, que Jésus-Christ n’a souffert que parce qu’il nous aimait, et qu'il voulait nous

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nvre soustraire aux souffrances éternelles que nous avions nte : méritées.

sin- Douleur d'autant plus profonde, que toutes les fois que | ses nous avons péché, nous avons renouvelé les horreurs tem : de sa passion, et nous l'avons crucifié de nouveau dans ères, nos Cœurs : Rursüm crucifigentes.

d'a Douleur qui doit être d'autant plus amère, que ce n’est que par elle que nous pouvons obtenir le pardon, et avoir

1S 'E— part aux mérites de ce Dicu souffrant. le du Oh! si ce sentiment est bien gravé dans le cœur par Sont ‘la foi, quels effets, quelles impressions n'y produira-t-il ppro- pas? Une âme pénétrée de celte vive foi, sensible aux touruple? ments de son Dieu, touchée de regret de l'avoir offensé, jectio inconsolable de ses péchés, s’arme contre elle-même, échés tourne toute sa haine contre ses crimes, venge sur elle- Arès même tous les outrages qu’elle a faits à son céleste é époux: ns les Mon amour, dit-elee, est crucifié: Amor meus crucifitus iples, est; et c’est moi-même qui l ai attaché à la croix, qui ai père, versé son sang, qui ai contribué à sa mort ; et je ne meurs celui pas de douleur ! et si je vis encore, je ne dois vivre que lé de pour pleurer et pour souffrir. Heureuse de partager les

douleurs de son divin Rédempteur, cetie âme affligée se

donné

Es fait une joie de joindre sa pénitence à la pénitence de

ne Jésus-Christ, sa douleur à la douleur de Jésus-Christ, ses excès | é dou larmes aux larmes de Jésus-Christ : de pouvoir accomplir

li dans sa chair coupable ce qui manque à la passion et k aux souffrances de Jésus-Christ: Adimpleo ea quæ de-

qu'ils sunt passionum Christ.

Ah! loin d'elle, plaisirs du monde, délices de la vie, he que satisfactions coupables des sens ; VOUS füles autrefois sa cable passion, vous seriez aujourd’hui son supplice. La foi vive, l'éclaire, la grâce la touche, l2 douleur fait son supleur? plice, fait son martyre ; et ce supplice et ce martyre, RE elle l'aime, elle le goûte, elle en préfère l'amertume nous à toutes les douceurs de la vie; Calix meus inebrians

quäm præclarus est! De là, dans certaines âmes généreusement pénitentes, celte attention continuelle à mortifier Ja nature, à dominer l'empire des sens: de là, cette faim, cette soif ardente des souffrances et des austérités; de là, ces saints transports pour la croix : peut-on craindre de trop souffrir quand on se compare à un Dieu mourant? Que la nature abattue s’attriste et s’afflige ; que le monde vienne offrir ses charmes trompeurs; que le démon suscite mille tentations et mille combats: la foi et l'amour, ranimés au spectacle d’un Dieu souffrant, répondent avec saint Augustin: Vois dans Dieu souffrant l'effet de tes crimes: Vide pendentem, vide morientem. Que des âmes innocentes goûtent quelques plaisirs permis, pour moi, qui ai eu le malheur de crucifier mon Dieu, que dois-je faire autre chose que gémir, et mourir même, si je le pouvais, au pied de la croix?

Ainsi ont pensé, ainsi ont agi tant d'âmes chrétiennes; ainsi vivent encore tant d’âmes justes; ainsi vivront et agiront à jamais tous ceux qui seront animés de l’esprit de la foi.

Non, je ne suis point étonné de ce que tant de saints ont souffert durant le cours de leur vie ; de ce que tant de pénitents ont mortifié leur corps, dominé leurs sens, exercé sur eux-mêmes de si excessives rigueurs. Soutenus par la vue, animés par la foi d'un Dieu mourant pour eux, de quoi n’étaient-ils pas capables? Comment, dit saint Bernard, un cœur pénitent pourrait-il sentir ses blessures, lorsqu'il voit celle de son Sauveur encore toutes sanglantes? Nolo vivere sine vulnere, cùm le video vulneratum.

O plaies adorables! par quels <harmes pouvez-vous rendre des hommes mortels comme insensibles aux atteintes du fer et de feu, si ce n’est parce qu’un feu céleste et plus ardent emecye les animait? L'amour est plus fort que la mort; la vue d’un Dieu souffrant, pour qui ils

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combattaient, les rendait victorieux et triomphants dans toutes leurs souffrances et tous leurs combats. Telles sont les glorieuses victoires que remporte la foi de ce grand mystère, Hæœc est victoria quæ vincit mundum, fides nosira. .

SECOND POINT

Animés de la même foi, considérons Jésus-Christ mourant comme la règle de nos mœurs et de notre conduite. Dans cet état, que nous dit-il? quelles leçons nous donne-t-il? et quelles leçons peut-il nous donner sur la croix, que des leçons de pénitence, de mortification et de mort? et une âme infidèle peut-elle y prendre d'autres sentiments que celui de mourir à tout pour se rendre conforme à son Dieu mourant ? Vous êles morts, nous dit l’Apôtre, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu: Mortui estis et vila vestra abscondita est cum Christo in Deo. L’entendez-vous, d mon âme! ce divin oracle? Morts à nous-mêmes, c’est là toute la science des saints ; et c’est un Dieu mourant qui nous l'enseigne luimême. Mortui estis.

1° Morts au monde, à ses pompes, à ses maximes, à ses spectacles; pour une âme chrétienne y a-t-il d' autre spectâcle que celui de la creix ? A la vue d'un Dieu mourant pour expier les péchés du monde, concevons enfin ce que doivent être pour nous les plaisirs, les richesses, les grandeurs, les faveurs, le bonheur d’une âme qui gémit, qui souffre, qui est perséculée ; ne nous croyons pas malheureux lorsque nous serons privés des douceurs empoisonnées du siècle, c’est-à-dire, lorsque nous aurons part aux souffrances et au calice d’un Dieu sauveur; lorsque dans le monde nous serons traités comme lui, oubliés comme lui, désapprouvés, condamnés comme lui. Et quand les mondains viendront nous inviter à prendre part à leurs amusements, à leurs fêtes, à leurs

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parties de plaisirs, disons-nous intérieurement à nousmêmes: Non, mon cœur n’entrera point dans ces illusions et ces vanités ; le monde est crucifié pour moi, et je suis crucifié pour le monde: Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo. À Dieu ne plaise que je trouve d’autre gloire que dans ses amertumes! Absit mihi gloriari nisi in cruce Domini nostri/

Ah! s'il a fallu que mon Dieu souffrit pour entrer dans sa gloire, pourrais-je, voudrais-je me frayer un autre chemin? puis-je oublier de quel chef je suis le membre ? et quelle honte ne serait-ce pas que de voir un membre délicat sous un chef couronné d’épines? Toujours je me souviendrai que je suis à la suite d’un Dieu souffrant, et que ce n’est qu'en marchant sur ses {races que je puis avoir part à sa gloire; jamais je n’oublierai que le monde est son ennemi, qu’on ne saurait servir deux maitres, el qu'il faut nécessairement en abandonner un pour se donner à l’autre; enfin j'aurai toujours présent devant les yeux, el plus encore gravé dans le cœur, ce divin oracle : Vous êtes morts et votre vie est cachée avec Jésus- Christen Dieu. Mortui estis.

2° Encore, pour le remplir dans son étendue, et nous conformer à notre Dieu souffrant, n'est-ce pas assez de mourir au monde. Îl faut surtout mourir à nous-mêmes, mourir à nos inclinations et à nos penchants, mourir à nos dégoûts et à nos répugnances,

Mourir à nos sens et à leurs satisfactions criminelles ;

mourir à notre propre esprit, à sa vanité, à son indoci-

lité, à sa curiosité.

Mourir à notre volonté, en réprimer les désirs, en rectifier les mouvements, en étouffer les ressentiments, en purifier toutes les affections, et de terrestres et de charnelles qu’elles sont, les rendre célestes et toutes divines.

En un mot, mourir à nous-mêmes et à tout, pour ne vivre plus que de la vie d'un Dieu mourant, seul et

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Tantô deleine colère d’ rable, à serez ap lui pour:

unique auteur de la vie véritable, hors de qui tout n'est que mort, et mort éternelle.

Grandes vérités, terribles engagements! O mon âme! ne vous alarmez pas; celui qui vous présente le joug de la croix saura l’adoucir; il le portera lui-même avec vous. Vous aurez à souffrir, à sacrifier, à gémir à la suite de Jésus-Christ, il est vrai; mais écoutez, méditez attentivement le grand et admirable sentiment d’une âme chrétienne et généreuse; sur le point qu’elle était d’embrasser un genre de vie pénible et rigoureux, comme on lui en représentait, on lui en exagérait les peines, les austérités, les rigueurs : Je comprends tout cela, dit-elle, et je m'y attends; mais au milieu de tout cela, j'aurai un crucifix, et il me suffira. Encore une fois, grand sentiment ! Ce sera le vôtre, d mon âme! dans les moments où la nature troublée, étonnée, sentira ses répugnances, et tremblera à la vue des combats qu'elle aura à livrer; la pensée d’un Dieu souffrant pour vous et avec vous, sera votre force, votre soutien, votre consolation ; et que ne vous dira-t-il pas? Que n’aurez-vous pas vous-même à lui dire?

T'antôt humiliée à la vue de votre crucifix, vous rendrez grâces à ce Dieu d'amour qui vous juge digne d’avoir part à ses souffrances, et au calice de son amertume. Calicem salutaris accipiam.

Tantôt arrosant son crucifix de vos larmes, vous gémirez, vous pleurerez amèrement sur vos péchés, et vous ne trouverez de consolations que dans vos regrels et vos soupirs. Peccaut in cœlum et coräm te.

Tantôt, assise au pied du crucifix, semblable à Magdeleine sur le Galvaire, vous vous rassurerez contre la colère d'un Dieu irrité par vos péchés. Oui, justice adorable, à la vue de Jésus-Christ, victime pour moi, vous serez apaisée ; jamais je ne me séparerai de lui; et avec lui pourrai-je ne pas espérer? Pour venir jusqu’ à moi,

il faudrait percer le sein de celui qui est mon bouclier, Fiducialiter agam et non timebo. | Souvent, embrassant les pieds du crucifix, affligée de votre langueur, de votre tiédeur, vous ranimerez votre confiance, votre amour, tous vos sentiments. Dieu des miséricordes ! lui dira votre cœur, après avoir acquis par vos mérites des trésors immenses, voudriez-vous m'en refuser une légère part que je vous demande avec toute l’ardeur dont je suis capable? je ne la mérite pas; mais votre sang, votre amour intercèdent et la demandent pour moi. Dileæit me, tradidit semelipsum pro me. Telle est, à mon âme, la source où vous puiserez le courage, l'onction, la constance qui vous seront nécessaires

dans les moments d’angoisses et de combats. La vue

de Jésus crucifié vous rendra, je ne dis pas tolérable, mais facile, mais aimable, mais consolant, le joug du Seigneur, et tous ce que vous souffrirez en le portant. Ainsi dans tous les temps et dans toutes les circonstances trouverez-vous en lui un modèle parfait de toutes les vertus qu’il vous faut pratiquer, et en même temps toutes les grâces et tous les secours pour vous engager à les pratiquer et à retracer dans vous tous les traits de votre divin modèle, Inspice, et fac secundum exemplar.

Après tout, Ô mon àme, c’est pour nous une nécessité indispensable de nous conformer au divin exemple qu’un Dieu sur la croix nous présente ; disons-nous ce que la raison, ce que la foi nous diront à jamais : Jésus crucitié est à présent notre maître; si nous l’imitons, il sera notre Sauveur: mais, soit que nous l’imitions, ou que nous ne l'imitions pas, il sera un jour notre juge. Un jour viendra que ce même crucifix, qu’on nous présentera à la dernière et lugubre cérémonie qui terminera notre course ; ce crucifix, dis-je, sera la règle de notre jugement ; lui-même et lui seul il nous jugera. Heureux si, en le portant, sur notre corps plus encore en le gravant dans notre cœur,

nous no car c'es ne se { blance, nous po mêmes.

Il en du Sau haut, et des airs gloire ; sur late bres, el ronne.

À cet douce e fontaine stamme vie, ils pense da

Restez q!

Croix ment m respect connaiss je viens cevoir e de ma v mes sen tout soit adorable

lier.

figée erez Dieu cquis vous > avec > pas; man- 0 me.

e cousair'es à vue.

rable, ug du rtant.

tances es les temps ager à its de plar.

cessité emple ce que ucilié notre us ne iendra rnière e crume el t, sur

nous nous sommes appliqués à nous y rendre conformes ! car c’est à ce qui, pour nous, décicera de tout: mais s’il ne se trouve alors entre lui et nous uns sainte ressemblance, sans autre jugement, nous serons déjà jugés, et

nous porterons l'arrêt de notre condamnation dans nousmêmes.

Il en coûte à présent, il est vrai, de marcher à la suite du Sauveur portant sa croix : mais levons les yeux en haut, et, éclairés par la foi, voyons par avance au milieu des airs cette croix éclatante revêtue de splendeur et de gloire ; elle paraîtra au grand jour du jugement. Si, sur la terre, nous avons porté son ignominie et ses opprobres, elle sera dans le ciel notre gloire et notre couronne.

A cette pensée, ranimons notre courage, et dans cette douce espéra:"°. puisons de nouvelles forces dans les fontaines sacr::: :u Sauveur mourant; marchons constamment après lui; il sera notre modèle pendant notre vie, il sera notre refuge à la mort, il sera notre récompense dans l'éternité.

Restez quelques moments au pied de la croix, el consacrez- vous à elle le reste de votre vie.

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