‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 74 sur 112 · SUR LA PAIX DE L’AME · texte numérisé non relu

SUR LA PAIX DE L’AME

La paix intérieure est l’état d'une âme qui est avec Dieu, qui a le bonheur de vivre dans la grâce et l'amitié de Dieu, qui, sans pouvoir se dire, non plus que l'Apôtre, qu'elle est justifiée devant Dieu, peut cepen:dant se rendre ce doux témoignage, que la conscience ne lui reproche rien ; que, s’il fallait mourir et aller paraître devant Dieu, elle espérerail trouver grâce à ses yeux : la paix véritable. est l’état d'une âme qui évile avec soin toule faute volontaire et délibérée, quelque légère qu’elle paraisse ; qui vit dans une fidélité inviolable à la grâce { qui craint souverainement de lui résister, de la contrister; qui lâche de retrancher en elle tout «

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signation. Ainsi à couvert des doutes, des retours et des peines, elle ne s'occupe qu’à servir le Seigneur, à observer sa sainte loi, à se conserver dans la crainte sälutaire de ses jugements, et plus encore dans la douce espérance en ses miséricordes.

Voilà la paix véritable ; en voilà la source, la base et les fondements. Or, c’est de celte paix que l’on peut dire : Heureuse, mille fois heureuse, l’âme qui la possède, qui en connait le prix, qui en conserve la possession ! Jugeons-en par les prodiges que cette paix opère dans l'âme, et par les délices ineffables qu'elle fait goûter, mille fois préférables aux plaisirs des sens : Pax Dei quæ exsuperat omnem sensum (1).

Cette paix entre-t-elle dans l'âme, tous les biens y entrent de concertavec e :e ; l'ordre, le calme, la tranquillité, la joie, la consolation, la douceur : avantages précieux qui font dire avec le Sage, le prince pacifique par excellence : Tous les biens me sont venus avec elle, Venerunt mihi omnia bona pariter cum illd (2). On est à Dieu , on vit avec Dieu ; on est content dans l'union de son Dieu : ni l'inquiétude ne fail sentir ses agitations, ni les chagrins ne viennent verser leur funeste poison, ni les alarmes ne viennent porter leurs cruelles atteintes. Dans un calme profond des passions, dans une tranquillité inmuable de sentiment, l’âme se possède elle-même, et se laisse posséder à son Dieu ; l'âme est dans la paix, la paix est dans l'âme, l'âme et la paix sont en Dieu : pax Dei.

Cette paix est-elle établie dans l’âme, l’âme dès lors devient le véritable règne de Dieu : Regnum intra vos est (3). Dieu veut régner dans une âme, mais il veut y régner en paix. Non, Dieu n’habile point dans l'agitation : Non in cemmotione Dominus (4). Quand une âme est dans le trouble, c’est comme lorsqu'un Etat est agité par des guerres civiles, et déchiré par des divisions intestines. Le

(1) Philipp, iv. — (2) Sap., vi. — (3) Luc., xvir. — (4) IL Reg., xx

trouble, l’effroi, le fer, le feu, le carnage y dominent, et avec eux toutes leurs horreurs. Dans un Etat paisible, au contraire, tout est calme, tout est tranquille; les lois y sont observées, les vertus honorées, le peuple heureux, le monarque ‘respecté : cette douce paix devient comme l'âme de cet empire; elle s’insinue dans ses membres pour les animer, et faire couler partout la joie et l'abondance avec elle : voilà le règne de Dieu dans une âme ; par cette paix elle devient son trône, son séjour, son empire : c’est le trône où il vient se placer ; c’est le séjour où il veut habiter ; c’est l'empire où il veut résider; toules ses perfections résident de concert dans cette âme ; il la sanctifie par sa présence, il y préside par sa sagesse, il ÿ commande par sou autorité, il y domine par sa puissance ; il aime la paix, il cherche la paix, il aime par excellence le Dieu de la paix ; ; c'est par elle qu’il règne, c’est avec elle qu'il veut régner * pax Dei.

Cette paix est-elle dans l'âme, l'âme est alors semblable à une vaste mer, à un océan pacifique et irmense. Si les vents se déchaînent si les flots se brisent, si la fureur de Ja lempête et de l'orage s'élève, c’est le règne de l'horreur et dela confusion : silu mer est paisible, tout change de face, Celle douce tranquillité se fait-elle sentir, le calme étend bien au loin son empire; la sérénité règne dans les airs. Telle est l’image de l’âme en paix ; l’étendue immense de celle mer représente l'étendue de l’empire qu'elle exerce sur elle-même; la prolondeur de cette mer représente la profondeur de la paix dont elle jouit; et |: quantité immense des eaux que la mer renferme rep'ésente les biens immenses que cette paix porte dans son svin el fail goûter avec elle: pax Dei.

Disons plus encore: l'âme est-elle dans cette paix, elle devient le miroir fidèle de Dieu et de ses perfections adorables. Non, rien ne représente si vivement, si sensiblement la majesté éternelle de Dieu, que cette paix inallé-

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TRENTE-UNIÈME LECTURE. 313 rable de l'âme. Comme il n’est rien de si ordinaire parmi les hommes que le trouble, l'inquiétude, la vicissitude et le changement, quand on voit une âme se posséder consamment elle-même, dans le repos imperturbable de cette paix, elle paraît élevée au-dessus de la condition humaine, et comme transportée jusqu'aux confins de la divinité. Car, qu'est-ce qui nous donne plus l'idée de Dieu, et nous fait plus admirer la grandeur de son être, si ce n’est de le voir toujours le même, toujours inaltérable. toujours invariable, toujours immuable ; toujours inaltérable dans la possession de sa paix, toujours invariable dans le calme de ses sentiments, loujours immuable dans la consistance de son être et de son bonheur ? voilà Dieu; voici son image : une âme dans le sein de la paix. Eh ! quoi de plus grand, de plus sublime, de plus divin, que de voir celle âme toujours la même, toujours paisible, toujours tranquille, sans agitation, sans variation, sans allération, toujours dans la même assiette et le même état, toujours se possédant intimement elle-même? voilà l’image la plus sensible de Dieu. Le ciel représente sa gloire ; la terre représente sa stabilité; la mer représente sa profondeur ; l'âme représente sa paix et toutes ses perfections ineffables, parce que toutes ses perfections sont établres dans le sein de la paix : pax Dei.

Disons, s’il se peut, quelquechose de plus grand encore. Celle âmea-t-elle la paix, dans cette paix et par cette paix elle paraît dès lors entrer comme en part de la félicité et de la joie des élus dans la gloire; elle porte jusque-là son bonheur. Ce qui fait proprement le bonheur des saints dans le ciel, c’est cette paix inaltérable dont ils jouissent, el qui les met en état d'entrer dans la jouissance de Dieu ; c'est celte paix qui possède leur âme ; c'est cette paix qui inonde leur âme ; c’est cette paix quiles fait nager dans des lorrents de délices; c’est dans cette paix qu'ils vivent, qu'ils règnent, qu'ils vivront, qu'ils régneront à jamais.

ÂME ÉLEV.

Or, voilà ce que la paix de l’âme produit en quelque manière dès celte vie : elle fait goûter les prémices de cette - joie; elle en donne l'idée, elle en présente l'attrait, elle en donne le gage; et dans cette vie même, dans le pèlerinage de cette terre, elle donne un avant-goût des délices célestes: pax Dei,

Plaçons à présent cette âme dans les différents états où l’on peut se trouver dans la vie : .considérons-la sous les différents rapports qu’elle peut avoir avec Dieu, avec le prochain, et avec elle-même ; je ne dis plus quels effets, mais quels prodiges n’opérera-t-elle pas!

Cette âme est-elle en possession de la paix, que serat-elle parrapportà Dieu? que trouvera-t-on dans elle, que soumission, que résignation, que dépendance, fidélité irviolable à sa grâce, abandon total à sa providence, conformité, union entière à ses sentiments ?

Par rapport au prochain, que trouvera-t-on dans une âme en paix, que charité, que bonté, qu’affabilité, que condescendance? Dans elle, ni ressentiment, ni fiel, ni aigreur, ni jalousie, ni envie : ce ne sont pas là les sentiments de la paix, dès lors ils lui sont inconnus, ne voyant des défauts que pour les supporter, des besoins que pour les soulager, des misères que pour y compatir,

Dans elle-même, toujours même égalité, dans quelque circonstance qu’elle se trouve. Quoi qu'il arrive, quelqu "événement qui survienne, rien ne l’altère, rien ne l’abat: dans la perte de tout, trouvant tout dans l’abondance de cette paix. Les biens seront enlevés, la fortune tombera la santé s’altérera, le monde périrait, la paix ne serai point allérée : dans la décadence de tout le reste, la pair seule subsistéra ; et sur les débris mêmes de tout le reste elle s’élèvera, et établira le triompheet le trône du Dieu de la paix.

Ainsi en est-il des choses ‘temporelles ; ainsi en sera-t-l encore des choses de piété, des pratiques de religion. Par-

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TRENTE-UNIEMÉ LECTURE. 315

tout vous trouverez l'âme dans celte paix, et cette paix faisant les délices de l'âme.

Faut-il au pied des autels ou de son oratoire, offrir à Dieu l'hommage de sa prière, elle y va avec confiance, elle y est avec joie, elle l'offre à Dieu par les mains de la paix. Faut-il s'approcher du sacré tribunal de la pénitence, elle le regarde comme le sacrement de sa réconciliation avec Dieu : elle voit ses péchés, ses péchés l'humilient, la confondent, mais ne la découragent, ne l'abattent pas : elle s'approche donc de ce sacré tribunal comme de celui dela paix ; et elleest toute consolée, loute transporlée, lorsqu’en sortant, le ministre de Dieu lui fait en tendre ces douces paroles : Allez en paix, Vade in pace (1).

Faut-il s'approcher de la sainte table, elle va recevoir le Dieu de la paix ; c’est la paix qui lui prépare les voies ; c'est la paix qui dispose ses affections, qui prépare ses sentiments : et quand ce-Dieu de bonté vient à elle, la paix est à la porte du cœur pour le recevoir ; elle l'introduit comme en triomphe dans l’âme.

Ainsi celle paix règle, dirige, console, accompagne l'homme durant le cours de sa vie : elle le suivra encore à la mort ; et alor: même plus que jamais, elle lui fera éprouver ses faveurs.

Je me transporte en esprit dans ces derniers moments, cs moments critiques d’un homme mourant. Quel spectacle je considère autour de lui ! tout semble se réunir pour l'effrayer et l'intimider : entouré des ombres de la mort, investi des obscurités du tombeau, assailli de spectres lugubres, les frayeurs, les craintes, les terreurs, tout l'environne pour J’alarmer. 0 paix intérieure ! le délaisserez-vous dans ce triste état ? au milieu des sombres ténèbres, la paix, l’aimable paix viendra allumer son flambeau ;et à la lueur de ce céleste flambeau, les ombres se dissiperont, lesnuages seront dispersés, les spectres lugu-

bres s'évanouiront, la paix se montrera à ses yeux ; elle rappellera la tranquillité dans son âme ; elle modérera l'excès de ses frayeurs; elle recevra enfin ses derniers soupirs ; et faisant changer de face à ous les objets, elle ne présentera la mort que comme un doux sommeil, le souverain juge que comme un lendre père, l'avenir que comme un doux asile ; la fin de celte vie périssable et mortelle que comme le commencement d'une vie immortelle et durable, l'éternité que comme la région des vivants, parce qu’elle est par excellence la région de la paix.

O paix ! à délices ! à ciel ! qu’avez-vous de plus grand, de plus consolant ? Paix céleste, résidez-vous en ce monde ? et ne devrions-nous pas craindre que, dédaignant cette terre, vous n’ayez pris votre essor vers le ciel pour y fixer votre séjour? Où êtes-vous, 6 paix désirée! où résidez-vous? où faut-ilaller pour vous chercher ? Fautil se transporter au delà des mers, aux extrémités de la terre, pour vous trouver ? Que faut-il donner pour vous acheter ? Que faut-il faire pour vous posséder ?

C’est dans vous-même, âme fidèle, que vous la trouverez, que vous la posséderez, si vous la désirez sincèrement. Elle ne cherche que des cœurs préparés pour y résider; disposez le vôtre, elle y établira son séjour et son règne avec celui de Dieu même.

MÉDITATION

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