‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 76 sur 112 · X DE L’AME · texte numérisé non relu

X DE L’AME

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monde ne saurait donner, et que votre grâce seule peut nous procurer.

Le premier moyen d'acquérir et de conserver la paix, c'est d'éviter le péché. C’est à l'ennemi implacable de celte paix ; c'est le glaive qui perce le cœur; c’est le poison qui le déchire ; c’est le ver rongeur qui le dévore ; jamais le péché et la paix ne firent entre eux d'alliance ; eh ! quelle paix peut-on goûter, quand on sait qu’on est ennemi de son Dieu ?

Je le comprends, à mon Dieu ! rien qui soit plus selon ls lois de votre sagesse et de votre justice : il est juste que, quand on perd votre grâce, on perde la paix ; que quand on devient votre ennemi, on devienne son propre ennemi ; que quand on cherche sa satisfaction hors de vous, on n’y trouve qu'affliction d'esprit et amertume de cœur : eh ! quel serait mon malheur, si étant dans le péché, j’y trouvais la paix ! Si je vivais tranquille dans le désordre, ne serait-ce pas pour moi le plus'grand aveuglement et le plus grand malheur tout ensemble ? ne seraitce pas une marque que vous vous seriez entièrement retiré de moi, que vous m'auriez abandonné à mon égarement? Quelle ressource me resterait-il, si, par l'agitation de mon âm?, vous ne me faisiez comprendre que je ne suis pas ce que je devrais être ; que mon âme sera dans le trouble tant qu'elle sera dans le péché ; et que, la paix une fois perdue, tout bonheur est perdu pour moi? L’oracle est porté, et l’oracle s’accomplit tous les jours : une âme coupable trouve à jamais dans elle-même son propre tourment : Jussisti, Domine, etc.

Comprenez-le donc, à mon âme !et ne l’oubliez jamais : si vous voulez jouir dela paix intérieure, fuyez le péché, craignez le péché, tremblez à sa vue, comme à la vue d'un monstre, et soyez bien assurée que, du moment que le péché entrerait dans vous, la paix en serait bannie : et que pourrait alors vous offrir le péché qui vous dédom-

mageât de la perte que vous auriez faite en perdant la paix, unique bien à désirer en ce monde ?

Le second moyen pour acquérir et conserver la paix, c’est d'éviter toute infidélité réfléchie, toute résistance volontaire à la grâce et à la voix de Dieu. L’Esprit-Saint même nous l'a dit, et l'expérience d’un million de pécheurs le confirme: quel est celui qui, en résistant à Dieu, a jamais trouvéle bien de la paix? Quis restilit er, et pacem habuit (1)? Il est impossible de résister volontaire. ment à la grâce sans comprendre qu'on déplaît à Dieu, qu’on afflige le cœur de Dieu, qu’on attriste l'Esprit-Saint dans son cœur ; et avec celle vue et dans celte persuasion intime, peut-on n'être pas troublé, agité, et sentir qu’on s'éloigne de l’ordre, qu'on s’écarle des voies de la grâce, et que dès lors, selon le langage de l'Esprit-Saint, la justice et la paix ne peuvent se donner dans notre âme ce baiser sacré qui en fait les délices : J'ustitia et pax osculatæ sunt (2)?

Ah! je ne l’ai que trop éprouvé dans moi-même: si bien souvent dans ma vie j'ai perdu la paix de mon âme: si dans certains moments je me trouvais {out agité, tout inquiet, devais-je en chercher d’autres causes que mes résistances et mes infidélilés à la voix de la grâce? N'était-ce pas une voix secrète qui, en s’élevant dans moi, contre moi, me disait intérieurement: Tu déplais à Dieu, tu l’éloignes de Dieu, tu contristes l’Esprit-Saint dans ton cœur, tu perdras la tranquillité et le calme de ta concience.

Cependant combien de résistances et d’infidélités n’ai-je pas à me reprocher! combien de fois n’ai-je pas par là banni la paix de mon cœur ! J'étais quelquelois étonné du trouble de mon âme; je lui disais: Pourquoi vous troubler, à mon âme, et vous livrer à ces agitations ? Quart

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(1) Job, 1x. — (2) Psalm, LxxxIv. — (3) Psalm. x.

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la cause en moi-même, et que mes résistances à la grâce enétaient la funeste source ? Non, jamais plus de résistance ainsi réfléchie à vos saintes lumières, Ô mon Dieu! les ténèbres, le trouble, les remords, la suivraient bientôt ; et comme je veux conserver la paix de mon âme au prix de tout autre bien, j'éviterai tout cequi pourra la troubler: et comme toute résistance à votre voix, toute infidélité à votre grâce serait un obstacle à cette paix ineffable, jamais pareille résistance ne trouvera d'entrée dans mon cœur. Je craindrais au même instant de voir la paix sortir de mon âme, m’abandonner à mes cruelles agitations, à mes remords dévorants. Je croirais vous avoir irrité, armé contre moi; et dans cet état, de quelle paix pourraisje jouir? Mon cœur ne serait-il pas comme une espèce d'enfer, par le trouble et les alarmes qui se répandraient dans lui apres mes infidélités envers vous ?

Le troisième moyen de conserver la paix de l’âme, c’est la mortification des passions et des sens. O mon âme! voulez-vous avoir la paix avec Dieu ? déclarez-vous la guerre à vous-même. Toute passion est ennemie de notre repos, parce qu’elle trouble et renverse l’ordre de Dieu. Pour que la paix règne dans nous, il faut que les passions soient dominées et soumises à son empire. La paix veut régner comme en souveraine, il faut que tout lui soit | soumis ; son règne ne saurait s'établir que dans le calme ; une seule passion suffit pour jeter le trouble et le désordre dans une âme.

Vous l'avez dit, adorable Sauveur: Je ne suis pas venu au monde apporter la paix, mais le glaive; c’est-à-dire que, pour avoir la paix dans nous, il faut nous armer contre nous-mêmes: prendre le glaive de la mortilicalion en main: combattre’ constamment nos passions, nos inclinations, nos penchants: ce n'est que par mille combats et une guerre continuelle contre nous-mêmes que nous pouvons obtenir la victoire et la paix. Il faut

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détruire et subjuguer ces ennemis ; autrement ils s’élèveront sans cesse contre nous, et nous réduiront enfin sous leur empire tyrannique et leur esclavage honteux.

Avec quel soin ne dois-je donc pas entreprendre ce |

combat, si je veux avoir et conserver celle paix intérieure, seule capable de faire le bonheur de ma vie! Aidez-moi, Ô mon Dieu ! à vous, le Dieu de paix! fortifiez-moi dans le combat des passions, sidifficile à mon cœur, et cependant si nécessaire à la paix de mon âme. C'est pour mon bonbeur, il est vrai, que je la désire; mais c’est encore pour votre gloire, puisque je ne puis la perdre sans vous déplaire et vous offenser.

Le quatrième moyen, et le moyen le plus sûr, ie plus

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l’âme, c’est une conformité entière et absolue à la volonté de Dieu, un abandon total et sans réserve à sa providence: c’est de se jeter entre ses bras, et de le laisser, en maître absolu, disposer souverainement de notre sort, nous reposant entièrement sur lui de tout ce qui nous regarde: et dès lors s’abandonner entièrement à sa divine conduite, sans plus se permeltre ni retour ni réflexion sur tous les événements de ja vie. Dans cet heureux état, qui pourrait jamais lroubler la paix d’une âme qui veut tout ce que Dieu veut ou permet ; qui ne regarde en tout que la disposition de la Providence ; qui, levant les yeux au ciel, adore dans tout celui qui dispose de tout ?

Oh ! que ce moyen est divin! qu’il est assuré ! qu’ilest infaillible pour avoir la paix! qu’une âme qui entrerait dans cette voie entrerait bienôt dans les voies de la paix! qu'elle y marcherait à grands pas! qu’elle y serait saintement, sûrement, invariablement établie! qu’elle y coulerait des jours sereins et heureux!

O mon âme! tu ’es refusée à ces jours précieux et cranquilles ; tu n’as pas voulu marcher dans cette voie d’un saint abandon ; ah! si tu avais su connaître ce que Dieu

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te préparait pour le bien de la paix, quelles délices il l'aurait fait goûter ! quels mérites n’aurais-tu pas acquis! Si cognovisses quæ ad pacem tibi (1). Mais, aveuglée par les nuages de les passions et de les illusions, tu as méconnu la voie du bonheur ; tu t'es écartée des sentiers de la paix ; et, courant après des salisfactions trompeuses et passagères, tu les privée des véritables et solides douceurs : Nunc autem abscondita sunt.

O mon Dieu! je connais mon erreur, je déplore mon égarement. Insensé que j'étais, je cherchais la paix, je la désirais; je disais : Pax, pax (2) ; et la paix se refusait à mes désirs, parce que je me refusais à ses sages conseils : et non erat pax.

Mon Dieu! pourquoi nous égarer ainsi! persuadés que vous êtes notre père, que vous voulez.notre bien, que vous savez ce qui nous convient, qu’avons-nous à faire | qu'à nous tenir en paix et tranquilles dans le sein de votre providence, comme un tendre enfant dans le sein de sa mère ? Nous serions saints, et nous serions heureux.

PRIÈRE

Dieu de bonté ! plus que jamais je désire la paix de mon âme ; je ne désire que ce bien en ce monde : je le désire par-dessus tous les biens de la terre. Dieu de paix, si jamais je vous ai demandé une grâce avec instance, avec empressement, avec un désir sincère et ardent de l’obtenir, c’est la grande grâce que je sollicite aujaurd’hui, la paix de mon âme : que les autres vous demandent les douceurs, les consolations de la vie ; pour moi, je porte mes vœux vers cette paix inelffable ; je vous la demande dans toute l'étendue de mon cœur, et selon toute l’étendue de vos miséricordes. Je ne la demande pas au monde : je sais que le monde ne peut la donner ; mais vous savez aussi que ce fruit précieux ne naît pas dans mon fonds ; je porte au contraire dans moi-même tous les principes qui peuvent l’altérer et me la ravir : des passions violentes, des inclinations perverses, des penchants malheureux, tout dans moi combat contre cette paix ; il n’est donc que vous qui puissiez me l’accorder, m’en conserver la possession. Je vous la demande par votre bonté infinie, par cette paix que vous êtes venu annoncer à laterre, par

celte paix que vous faites régner dans le ciel, et plus encore par cette

(1) Luc., xx. — (2) Jerem., vi.

paix inaltérable qui règne dans votre cœur. De ma part, pour obtenir de vous un bien si nécessaire et si précieux, voici ce que je me propose avec votre grâce, source de tout bien, et surtout du bien de la paix.

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