‹ L'âme élevée à Dieu par les réflexions et les sentiments pour chaque jour du mois [microforme]Chapitre 86 sur 112 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

SUR LES VISITES DE DIEU DANS LES AMES, OU SUR LES DIFFÉRENTS ÉTATS OU LES AMES PEUVENT SE TROUVER.

Dans la vie intérieure, il y a des temps de douce consolation, des temps de pénibles épreuves. Dieu conduit les âmes tantôt sur le Thabor, et tantôt sur le Calvaire, Dans l’ordre dela grâcecomme dans l’ordre de la nature, il y a des jours etdes nuits ; des jours sereins el des nuits obscures ; c’est-à-dire, que Dieu prépare à ces âmes ou des visites qui les consolent, ou des épreuves qui les affligent. Il importe extrêmemént de savoir comment ondoit se comporter dans ces différents temps, pour entrer dans les vues de Dieu, et ne point contrister l’'Espril-Saint dans nos cœurs.

Que faut-il faire dans le temps des douceurs et des consolations ?

Que faut-il faire dans le temps des peines et des épreuves ? Quels fruits tirer des unes et des autres ?

PREMIER POINT

Il y a des temps de douceurs et de consolations. Jours sereins et tranquilles, où le soleil de justice brille dans tout son éelat ; où il ne répand dans les mes que des influences bienfaisantes et des rosées salutaires ; où dans la prière, dans les communions, dans les communications, avec Dieu, on goûte toutes les délices de la manne céleste; où l’on est tout ardeur, lout zèle et tout feu; où transporté sur le Thabor, on dirait volontiers avec le prince des Apôtres : Seigneur, il est bon d'être ici, fixonsy notre séjour.

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Considérons ce qu'ils sont dans la vue de Dieu, ce qu'ils doivent être par notre fidélité, ce qu’ils pourraient devenir par notre manque de correspondance, Quelle matière à nos réflexions !

1° Ce qu'ils sont dansles vues de Dieu, et ce qu'il s’y propose pour sa gloire et pour notre salut,

Dieu s’y propose de nous donner une idée de sa gloire, de ses grandeurs, de sa magnificence, de sa bonté, de ses perfections adorabies.

Dieu s’y propose de nous atlirer toujours plus à lui par l'attrait de ses dons, par l’onction de ses grâces, et la doucœur de son saint service; d'engager, de fixer nos cœurs, et de nous affermir dans l'amour de la pratique du bien.

Dieu s'y propose peut-être de nous préparer à quelque grand sacrifice, à quelque humiliation, à quelque grande épreuve ; il nous prépare au combat, et nous arme contre la tempête qui va s'élever. Ce sont ici comme les années d'abondance dans l’Egvpte : une triste disette va bientôt succéder.

Ainsi, loin de nous endormir dans le calme, tenonsnous prêts, disposons-nous à combattre et à soutenir les épreuves quand ie temps en sera venu.

2° Temps des visites consolantes: ce qu'ils doivent être par notre fidélité; un temps de reconnaissance et d'actions de grâces envers Dieu; un temps d’humilité et de défiance de nous-mêmes ; un temps de vigilance et d’attention sur notre cœur et nos sentiments; c'est-à-dire, un temps de moisson et de récolles pour les jours d’indigence et de privation.

Rappelons le triste exemple des vierges folles, qui, faute de vigilance, sont surprises à la venue de l’époux et par là même exclues du festin qui était préparé.

3 Temps des visites consolantes : ce qu’ils peuvent

devenir par notre manque de correspondance. Oui, ce temps de visite, si saint en lui-même, si précieux dans les vues de Dieu, si salutaire dans ses effets, peut, par notre faute et notre négligence, devenir un temps d'illusions, un temps de tentations, un temps d'orgueil, d'amourpropre, et en consequence un lemps de dangers et de chutes.

Un temps d'illusions : l'ange de ténèbres peut se transformer en ange de lumière ; tout esprit n’est pas l'espritde Dieu. Il faut prendre garde alors de former des résolutionsextraordinaires ; de prendre des déterminations qui tirent à conséquence. On peut s'engager mal à propos, prendre l'ombre pour la lumière, prendre un délour qui égare pour un chemin qui conduit au terme. Il est de la sagesse de ne rien faire de soi-même et sans conseil, lout avec prudence et maturité. Combien d'âmes se sont ainsi égarées un présumant irop de leurs forces, et en comptant trop sur leurs dispositions présentes !

Le temps des visites consolantes peut devenir un temps de tentations. Le démon nous trouvant alors moins sur nos gardes, peut profiter du manque de vigilance, et nous prendre comme au dépourvu ; dans un mauvais moment ñous éloigner pour bien des années; par un seul coup nous faire bien des plaies dangereuses ; et après quelques instants de douceurs trompeuses, nous faire verser bien des larmes amères.

Ïl peut devenir un temps d'orgueil et de vanité. On se complaît dans son état, on nourrit son amour-propre, on s’approprie les dons de Dieu et par là on en abuse, on les pervertit.

C'est comme une épouse à qui un époux a donné des joyaux précieux ; elle en fait son ornement, sa parure; elle s’en sert pour se jeier dans le monde, pour attirer les regards et les cœurs. Epouse ingrate, imprudente, hélas ! peut-être bientôt infidèle. Dans de pareilles dispo-

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TRENTE-QUATRIÈME LLCTURE. 300

sitions, est-on bien éloigné du danger, et ne marcheon pas sur le bord de l'abime? Qui stat, videat ne cadat (1). Le Sage l’a dit, et on doit se le dire souvent à soi-même : Que celui qui est debout prenne garde de tomber.

Que faut-il donc faire dans ce temps de visites consolantes pour éviter ces malheurs et entrer dans les vues de Dieu ?

1° Il faut nous humilier devant le Seigneur, °t nous croire absolument indignes de ses dons; penser que, s’il nous en favorise, c’est par un pur effet de sa bonté : c'est pour nous soutenir dans notre faiblesse, de peur que nous ne succombions. Prenons conseil, il nous est nécessaire.

2° I! faut prendre garde de trop s'attacher à ces dons de Dieu, de les goûter et de s’y complaire. Il faut, au contraire, les rapporter tous à Dieu, comme à leur principe et leur fin, nousen regarder comme les simples dépositaires, Let surtout marcher, tandis que nous avons la lumière, de peur que les ténèbres ne viennent nous surprendre.

3° Il faut nous attendre que ces temps heureux, ces jours consolants, ne dureront pas; nous attendre à la privation , être bien assurés qu'après les lumières viendront les ténèbres, après la sérénité, les nuages ; qu’au calme succéderont les orages et les tempêtes. Préparonsnous donc, ou plutôt tenons-nous toujours prêts ; l’ennerni du salut tourne sans cesse aulour de nous pour chercher une proie et la dévorer. Faisons donc des provisions, et ne dissipons pas les trésors que Dieu nous présente.

Cependant il ne faut pas faire de provisions dans un esprit de défiance ou de propriété, qui mette comme en réserve les dons de Dieu. La manne réservée pour le lendemain dégénérerait en pourriture. Faisons des provisions, non d’abondance et de propriété, mais des provisions d'humilité, des provisions de vigilance, des pro- (1) X Cor.

visions de résignation, d'abandon entre les mains de Dieu ; soyons recannaissants, Dieu sera libéral,

SECOND POINT

Comme dans le service de Dieu il y a des jours sereins, il y a aussi des jours de nuages, des jours d'épreuves et de combats. Les prières ne sont plus que sécheresses, les consoiations ont disparu, les doux entretiens avec Dieu ne présentent plus leursattraits,lasource des communications intimes paraît tarie ; le temps des orages el des tempêtes s’est élevé; les tentations en foule viennent assaillir de toutes parts.

A celle vue, une âme autrefois nourrie de lait et de miel s'étonne et se trouble, s'alarme, croit tout perdu; et, comme au milieu d’une mer orageuse, s’écrie en tremblant : Salva nos, Domine, perimus (1). Sauveznous, Seigneur, nous allons périr : heureuse encore, dans cel état, de recourir à Dieu, et de ne pas se livrer à elle-même et à ses alarmes!

Quels sont les desseins de Dieu dans ces visites pénibles ? et que devons-nous faire pour entrer dans ses vues? Dieu veut nous éprouver, nous purifier, nous fortifier, peut-être nous punir, peut-être nous préparer par l’humiliation, à quelque grande grâce, à quelque nouvelle faveur. Adorôns ses desseins, ils ne tendent qu’à notre bonheur et ne demandent que notre correspondance.

1° Dieu veut rous éprouver et voir si nous sommes capables de sacrifice. Souvent tranquilles au pied de ses autels, nous lui avons fait les plus grandes protestations de fidélité ; nons nous sommes crus capables de tout pour sa gloire et son saint amour. Il veut voir si les effels répondront aux paroles, si c'était la bouche ou le cœur qui parlait. Saint Pierre, hors de combat, était géné-

(1) Matth., vi.

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reux; à la première attaque, il siccombe : son infidélité fut bientôt lavée dans ses larmes.

2° Dieu veut nous purifier. Quelque sainte que soit une âme, elle éprouve toujours dans elle bien des misères. Les plus parfaits ont toujours bien des imperfections. Combien de fautes, d'infidélités, de résistances à la grâce! combien de tiédeurs, de langueurs, de négligences dans le service d’un Dieu si saint! Hélas! le juste même pèche sept fois le jour, que sera-ce de nous? Or ce sont ces fautes, ces infidélités, ces tiédeurs que Dieu veut nous faire expier par les épreuves où il nous met, par les combats où il nous engage, par les peines intérieures dont il permet que nous soyons affligés. Par là il lave les taches de nos âmes. L’or se purifie dans le feu ; ainsi les âmes se purifient dans le feu de la tribulation, qui leur rend toute leur beanté et tout leur éclat.

3° Par les épreuves Dieu veut nous fortifier. L'arbre planté dans une terre féconde, en un lieu éminent, est exposé à l'agitation et aux secousses des vents ; s’il résiste, il se fortifie el prend des racines plus profondes et plus assurées; Lel est l’effet des épreuves à l'égard de l'âme. Plantée dans une terre favorable, élevée à un état de grâce plus spéciale, les épreuves intérieures l'affermiront dans le bien ; soit parce qu’alors Dieu lui donne plus de grâces, soit parce qu’elle-même, devenue plus attentive et plus vigilante, s’arme contre ses ennemis, et réunit toutes ses forces pour se mettre en état de défense. Quand j'éprouve ma faiblesse, disait saint Paul, c’est alors que je trouve en moi plus de forces ; parce que, dans cet élat, convaincu de sa propre misère, on se réfugie dans Dieu; et que ne peut-on pas avec son secours?

4 Peut-être, par les épreuves, Dieu veut nous préparer à quelque grâce particulière, à quelque faveur spéciale dont il veut nous combler. Il commence à bien

établir dans nous les fondements de l'humilité sur lesquels doit s’élever l'édifice de notre perfection.

*Tels sont les desseins de Dieu sur nous dans les épreuves qu'il nous ménage; desseins toujours de miséricorde, de providence, de salut et de grâces. Hélas! souvent opposés aux desseins de Dieu, peu résignés à ses volontés, ennemis de notre propre bonheur, nous nous décourageons, nous nous inquiétons, nous nous laissons abattre et décourager ; peut-être même nous nous plaignons et nous murmurons.

Car voilà ce qui n'arrive que trop souvent : tandis que la grâce sensible nous soutient et nous porte, tandis que les douceurs du service de Dieu se font sentir dans nos cœurs, tandis que le miel des consolations coule dans nos âmes, nous marchons, nous nous soulenons.

Mais du nioment que le ciel s’obscurcit, que le soleil de justice semble se cacher et s’éclipser à nos yeux, nos cœurs aballus, nos ânes délaillantes, ne sont plus capables de rien; nous nous arrêlons, nous reculons, nous nous mettons en danger de nous égarer.

Là-dessus on se dégoûte de la prière, on néglige ses pratiques, on manque à ses communions, et par là on éloigne la grâce, on s'expose à perdre le mérite de tout.

Que faut-il donc faire pour mettre à profil les épreuves et les rendre salutaires et mériloires !

Voici les vraies, les saintes, les solides dispositions qu’il faut prendre, avec les secours de la grâce qui nous sera toujours assurée dans tous les temps, et plus encore dans celui des épreuves.

1° Reconnaître humblement devant Dieu qu'on a bien riérité ses peines, et qu'on se les est attirées par sa faute, Peccavi.

2° S’adresser à Dieu, recourir à la prière pour implorer son secours etson assistance plus spéciale , Veni, Domine. 3° S'armer de courage et de confiance, persuadés que

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Dieu est alors plus près de nous que jamais. Où étiezvous, Seigneur, s’écriait saint Antoine, au milieu des tentations terribles dont il était assailli? J’élais auprès de vous, lui dit le Seigneur : et une marque que j'étais présent, c’est que vous n’avez pas succombé.

40 Loin de se négliger, de quitter les pratiques de piété, il faut s’y affermir, les redoubler, y être plus exact qe jamais. Doit-on quitter les armes dans le temps du combat ?

Sur toutes choses, dans ce temps d'épreuves, de sécheresse, de déläissement, nous unir à Jésus-Christ notre divin modèle. Il a été comme délaissé lui-même de son père célesle dans le fort de sa passion et de ses soufy frances ; il les offrait alors pour nous mériter les grâces

et les secours dans les temps de nos affliclions et de nos combats.

Enfin, dans les temps de nuages el d’obscurité, espérer des jours plus heureux , après l'hiver le printemps, après la tempête Le calme, après les ténèbres l'éclat des lumières. On goûlera mieux les douceurs de la paix après les horreurs du combat.

Ainsi ont été éprouvés tous les saints ; tous ont marché par celte voie semée d'épines, souvent arrosée de leurs larmes, quelquefois même inondée de leur sang. Avant que d'arriver à la terre promise, il faut avoir traversé le désert.

Lequel vaut mieux pour nous, lequel est plus saluiaire pour le bien de nos ânes, le temps des consolations, ou le temps des épreuves ? Nous pouvons dire en général

que celui que Dieu nous envoie, dès que nous en ferons

jun saint usage, est le meilleur pour nous. Mais ce que nous pouvons ajouter, c'est que dans le temps des épreuves il y a pour nous moins à craindre et plus à mériter ;et que, dans lelemps des consolations, au contraire, il y a moins à mériter el bien plus à craindre.

Encore une fois, laissons tout entre les mains de Dieu: prenons ce qu’il nous donne, recevons ce qu’il nous envoie ; remettons-lui notre sort, tâchons de faire un saint usage de ce qu’il permet. S'il nous rend des visites consolantes, recevons-les avec reconnaissance; s’h nous fail part des amertumes de son calice, recevons-les de sa main et dans son esprit.

Soyons fidèles à sa grâce, abandonnons-nous à sa providence, espérons tout de sa miséricorde ; il sait le chemin qui doit nous conduire au bonheur ; c’est à nous de le suivre sans nous arrêter: si la route est pénible, le terme nous dédommagera de toutes les peines.

L'AME ÉLEYÉE A DIEU.

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