LA SOCIÉTÉ DE RECHERCHES PSYCHIQUES
Le scepticisme contemporain a été violemment ébranlé par la conversion au spiritisme des savants les plus considérables de notre époque. L'invasion des Esprits dans le monde terrestre s'est produite par des manifestations si véritablement stupéfiantes pour les incrédules, que des hommes sérieux se sont pris à réfléchir, et ont résolu d'étudier par eux-mêmes ces faits anormaux tels que : — la transmission de la pensée, à distance et sans contact entie les opérateurs, la double vue, les apparitions de vivants ou de morts, — rangés, jusqu'alors, parmi les superstitions populaires.
Sous l'empire de ces idées, il s'est fondé en Angleterre une Société de Recherches Psychiques (1), dont les travaux ont conquis immédiatement une grande autorité, justement acquise, par la précision, le scrupule et la méthode apportés par ces chercheurs dans cette grande enquête. Les résultats principaux obtenus depuis dix ans ont été con-
(1) Society for Psychical Research, fondée en 1882.
422 DÉMONSTRATION EXPÉRIMENTALE DE l'iMMORTAUTÉ
signés par MM. Myers, Gurney et Pcdmore ea deux volumes intitulés : Phantasms of the livlng (fantômes de vivants), et les observations recueillies journellement sont relatées dans des procès-verbaux, dont la publication a lieu tous les mois, sous le nom de Proceedings.
La société anglaise a donné naissance à des branches américaines et françaises. Dans notre pays, les membres correspondants sont: MM. Baunis, Bernheira, Forré, Pierre Janet, Liébault, Ribot et Richet. Une re/ue intitulée : les Annales psychlqueSy éditée sous la direction de M. le D** Dariex, traite toutes les questions relatives à la science nouvelle. M. Marillier, maître de coaférences à l'Ecole des Hautes Etudes, a donné une traduction abrégée des Phantasms of the living, sous ce titre impropre : (es Hallucinations télévathiques. C'est dans ce livre que nous allons puiser la plupart des témoignages nouveaux, qui mettent en évidence la dualité de l'être humain.
Les spirites doivent une grande reconnaissance aux membres de la Société de Recherches Psychiques, car ces messieurs ont passé de longues années à collectionner des observations, bien constatées, d'apparitions de touies natures. Tous les cas ont été soumis à un examen sévère, aussi complet que possible, certifiés soit par les témoins effeciifs, soit par ceux qui le tenaient de ces
témoins directs. Etant donnés la haute valeur des investigateurs, le soin qu'ils ont pri^pour éliminer les causes d'erreurs, nous sommes en présence d'une masse considérable de documents authen-
tiques, sur lesquels nous pouvons faire porter nos études.
Les expériences ont eu pour objet, en premier lieu, la possibilité pour deux intelligences de se communiquer leurs pensées, sans aucun signe extérieur. Des résultats remarquables ont été obtenus (1), et cette action d'un esprit sur un autre, sans contact sensible, a été nommée Télépathie. Mais le phénomène a pris bientôt un autre aspect, il s'est développé à ce point, que certains opérateurs, au lieu de transmettre simplement leur pensée, se sont montrés à leur sujet ; il y a eu une véritable apparition.
Quelle explication pouvait-on donner de ces faits? Les expérimentateurs ne sont pas spirites, ils n'admettent pasTexistence de Tâme, telle qu'elle est définie par cette doctrine, ils ont donc été contraints à faire une hypothèse. Voici celle à laquelle ils se sont arrêtés : le sujet impressionné n'a pas une vision réelle, mais simplement une hallucination, c'est-à-dire qu'il se figure voir l'apparition, de la même façon qu'il voit une personne ordinaire, mais ce fantôme n'est pas extérieur, il n'existe que dans son cerveau, la vision est subjective c'est-à-dire interne et non objective; cependant cette illusion psychique coïncide avec
(1) Voir dans le premier volume des PhantasmSy pages 39-48 ; vol. II, p. 644-653. Voir aussi Proceedings of the Society for Psychical Research, t. I (1882-1883), p. 83-97 et 175-215 ; t. II (1883-1884), p. 208-215. Partie xi, mai 1887, p. 237; Partie xii, juin 1888, p. 169-215, p. 56-116 (expériences de M. Ch. Richet .— Consulter aussi le livre si bien documenté du D' Ochorowicz : sa Suggestion rnentale.
ÎMONSTBATIOK EXPË RI MENTALE SE l'iM MORTALITÉ
, vrai : l'action volontaire de rop4rateur,c'e8t joî on l'appelle hallucination véridîque ou 'Mque .
observations se multipliant, on a remarqué 3 que la volonté consciente de l'agent (1) pas'nécessaire, et qu'un individu pouvait litre à un autre, sans dessein arrêté d'avance; it ces coïncidences, entre une vision et un uent vèridique qui s'y rattache, qui forment jorité des dépositions reproduites par les asTns o( the living.
lus avions le loisir de passer en revue tous inomènes d'actionstélépathiques relatés dans IX livrescités et les Proceedings, il n ous serait le faire voir que l'hypothèse de l'hallucinait tout à fait insuffisante pour expliquer tous ts. Nous pouvons, avec le grand naturaliste s Alfred Russel Wallace|(2j, relever dans ces cinq preuves de l'objectivité des apparitions: La simultanéité de la perception du fantôme usieurs personnes ;
■ L'apparition est vue par divers témoins e occupant différentes places, correspondant louvement apparent ; ou bien, elle est vue à ne place, malgré le déplacement de l'obsef'
• Les impressions produites par les fantômes i animaux domestiques ;
■ Les effets physiques produits parla vision ;
I appelle ainsi ta personne doul le double apparaît.
'red Russel WuUace, lea Miracles et le ^xoderne Spiri-
5' — Les apparitions, qu'elles soient visibles ou non pour les personnes présentes, peuvent être et ont été photographiées.
La théorie de Thallucination télépathique, provoquée ou spontanée, n'a été imaginée, croyonsnous,quepourne pas trop heurter de front lesidées préconçues du public, encore si peu familiarisé avec ces phénomènes naturels, mais présentant un côté mystérieux qu'ils doivent à leur imprévu et aux circonstances graves dans lesquelles ils se produisent généralement. Voici, en effet, les réflexions de M. Podmore, rédacteur des Phantasms (1) :
< On peut se demander si nous avons le droit d'établir un lien entre les résultats expérimentaux que nous avons discutés (transmissions de pensée) dans les chapitres précédents et les phénomènes que nous venons de décrire (apparitions d'expérimentateurs). J'ai dit que c'étaient des phénomènes de transition et qu'ils pouvaient permettre de passer des phénomènes de transmission expérimentale de pensée aux cas de télépathie spontanée; mais on pourrait soutenir qu'il y a un abîme inft^anchissable entre les phénomènes ordinaires de transmission de pensée et ces apparitions de Vagent (2). La différence radicale, c'est que Tobjet qui apparaît n'est pas celui sur lequel s'était concentrée la pensée de l'opérateur. Dans les cas que nous venons d'étudier, Tagent ne songeait pas à lui, à sa tournure visible. L'aspect
(i) Les Hallucinations télépathiques, p. 50.
(2) C'est nous qui soulignons.
1S6 DËHON.ilT RATION KXPfiRI]ll!^TALE D8 l' IMMORTALITÉ
extérieur d'une personne tient relativement peu
de placo dans l'idée qu'elle se fait d'elle-même ; et cependant, c'est seulement cet aspect esténeui* qui est pei'çu par le sujet. Nous nous heurterons à cette même dilHculté dans les cas de télépathie spontanée; tant que l'impression produile sur l'esprit du sujet u'est que la reproduction d'une image on d'une idée qui existe dans l'esprit de l'agent, on peut concevoir un fondement piiysiologique aux phénomènes do traasiûissiou de pensée. Mais ririterprétaiion des faits devient beaucoup plus difficile lorsque co n'est plus l'image qui est présente aux yeux de l'agent qui apparaît au sujet.
« A...meuit, il apparaît à B... qui est àunegranie distance de lui. Nous ne pouvons saisir de lien enire ces deux phénomènes, du moins dans le domaine de la conscience claire. Nous pourrions cependant concevoir l'action de l'agent sur le sujet en fiiisant intervenir les phénomènes inconscients. Mais peut-être vaut-il mioux encore reconnaître la dilllculté et dire que, dans le rapprochement que nous avons tHUté entre la transmission expérimentale de la pensée et la télépathie spontanée, nous n'avons tenu compte que de l'aspect physiologique des phénomènes. »
Les scrupules de M. Podmore sont tout à fait légitimes, car la lecture des Pt'oceedings les justifie amplement. La transmission de la pensée, déjj'i diflicite à produire, est un fait relativement simple, en regard de celui qui nous occupe. Oa peut, en effel, coiistatef, lorsqu'OB se livre À une
lE DÉDOUBLEMENT DE l'ÊTBE HUMAIN 427
longue série d'expériences, que le nombre de fois où la divination d*un chiffre exact est obtenue est, le plus souvent, à peine supérieur au résultat indiqué par le calcul des probabilités. Une figure géométrique est encore plus difficilement perçue par le sujet, et pour que* des ordres mentaux s'exécutent, il faut, le plus souvent, comme pour les transmissions de sensations, que les personnes soumises à Texpérience soient plongées dans le sommeil hypnotique.
On voit donc qu'il y a un abîme, entre ces modalités rudimentaires d'une intelligence influencée par une autre, et les apparitions, qui sont un phénomène complexe, mettant enjeu toutes les facultés de l'esprit.
D'ailleurs, nous allons Juger du bien fondé de Texpiication hallucinatoire, en examinant les faits. Ne pouvant citer tous les Câs, nous prendrons un exemple parmi chacune des classes de phénomènes, renvoyant, pour |;plus amples informations, le lecteur aux document originaux.