‹ L'âme est la fonction du cerveauChapitre 98 sur 170 · Luys, planche III; voir aussi planches ÎV, VU, Vllf · texte numérisé non relu

Luys, planche III; voir aussi planches ÎV, VU, Vllf

2" A priori, si l;i raison ne répugne pas à admettre, comme hypothèse possible, une substance spirituelle existant en dehors de toute matière, mais toutefois à cette condition que l'hypothèse sera vérifiée expérimentalement, en revanche la raison ne peut imaginer ni comprendre comment une substance spirituelle peut être unie ou juxtaposée à une substance corporelle.

Ces deux objections insolubles étant écartées, passons à l'examen des cas morbides cités ci-dessus.

A. 1" Voici un homme qui est constipé ; comment expliquer ou même comprendre que l'âme, substance spirituelle, logée dans le cerveau ', a le délire et voit des fantômes, en un mot, qu'elle perde son essence, à savoir la raison, parce que certains résidus de la digestion séjournent dans le tube intestinal? Cela est absolument impossible; c'est le comble de l'absurdité.

2° Cinquante grammes de sulfate de magnésie sont introduits dans l'intestin ; et voilà la substance spirituelle, logée dans le cerveau, qui recouvre ses perceptions exactes, ses idées raisonnables, en un mot, son essence. Nouveau phénomène non moins étrange que le premier; aussi incompréhensible et aussi absurde !

B. 11 en est tout autrement dans la théorie de l'âme, fonction du cerveau.

1" Le séjour des matières fécales dans l'intestin

\. Je discute ici la théorie la plus logique et la plus sensée des théories spiritualistes, à savoir cell(3 de Platon. Quant à la moins logique et à la moins sensée, celle de Bossuet « l'âme et le corps font un tout naturel » elle est discutée dans un chapitre spécial, le chapitre xi" intitulé : L'Ame et le cerveau ^ont un Tout naturel.

amène un trouble dans la circulation cki sang ; ce trouble se propage dans l'organe le plus sensible, le cerveau. Le cerveau étant troublé matériellement par unehyperémie, sa fonction est nécessairement troublée; dans le cas particulier, ce trouble fonctionnel consiste en hallucinations.

2" Le sulfate de magnésie, en débarrassant l'intestin, rétablit le cours normal du sang. L'organe cerveau étant revenu à son état normal, sa fonction revient nécessairement à son étatnormnl; les hallucinations sont supprimées i.

En résumé, la production de l'état hallucinatoire de l'âme à la suite d'une constipation et la suppression de cet état de l'âme au moyen d'une dose de sulfate de magnésie sont inexplicables et incompréhensibles dans Thypothèse de l'âme, substance spirituelle logée dans le cerveau.

Le cas de l'académicien de Berlin Nicolaï qui, en s'appliquant des sangsues au mollet, débarrasse son âme d'hallucinations, se discute de la même manière ; les conclusions sont identiques à celles du cas précédent.

La même méthode d'examen critique est applicable à tous les cas sans exception.

1, Autre exemple : Un œuf de téuia se développe dans l'intestin d'un malade soigné par le docteur Ferrus; voilà l'ume du malade atteinte d'alit^nation. Une décoction de racine de grenadier expulse le ténia de l'intestin : voilà l'âme qui recouvre le jugement, la raison, les qualilos morales ! (Dagonkt, 491. Voir aussi dans Maucé, 129, les cas Je folie guéris par l'expul- «lon de ver» nscarld^c)*

Dans les doux cas précédents, les halhu'inalions n'étant que passagères, il est intininient probable que les traces de l'hyperémie sesontpromptement effacées. Il n'en est pas de même lorsque les hallucinations ont duré jusqu'au décès du malade, car la continuité du trouble fonctionnel jusqu'à la mort indique la continuité du désordre matériel de l'organe; or c'est précifément ce que l'autopsie des personnes décédées en état chronique d'hallucination a montré avec éclat ; le cerveau offre ici des traces d'hyperémic violente, là une dégénérescence granulo-graisseuse. Voilà une contre-épreuve nette et claire en faveur de la théorie de l'âme fonction du cerveau.

11° Manie. — Dagonet résume ainsi les symptômes de la manie aiguë. « Tout indique chez le malade le trouble et le désordre ; tout présente chez lui les caractères d'une surexcitation plus ou moins violente. La figure animée, les yeux étincelants, les cheveux en désordre, une insomnie opiniâtre; des idées incohérentes se déroulant automatiquement sans ordre et sans but; une loquacité intarissable, des impulsions violentes, de fausses sensations, des illusions et des hallucinations qui se jouent du malade et viennent augmenter ses souffrances ; une irritabilité excessive qui peut aller jusqu'à la colère et à la frayeur; un besoin incessant de mouvement; l'instinct de la destruction, le mépris de toutes convenances et des règles les plus élémentaires de la décence ; l'audace, l'effronterie, la grossièreté des manières et des habitudes ; le flé«ordrç ethi mnlprnprPté danR la. tenue rxt<*rieure;

des cris, des chants, des hurlements; tels sont les symptômes habituels de la manie aiguë ; ces caractères font du maniaque le type classique de l'aliénée »

Traîtement. — Le traitement hygiénique et pharmaceutique se compose : 1° de bains tièdes ; 2^ de réfrigérants sur la tête; 3° de purgatifs; 4*^ d'opium; 5° de quinquina et de fer.

Les guérisons de la manie aiguë s'élèvent aux deux tiers des malades.

État anatomique du cerveau. — Voici comme exemple général la description anatomique du cerveau d'une femme qui, après avoir eu plusieurs accès de manie, fat emportée à l'âge de 58 ans par des phénomènes de congestion encéphalique de manie aiguë : « Luys, Planche Y. Toutes les régions du cerveau sont plus ou moins le siège d'une violente hyperémie ; le corps strié est parcouru par des vaisseaux très dilatés ; l'écorce présente des dilatations vasculaires très significatives. Du côté de l'insula, l'écorce a pris une coloration jaunâtre qui annonce la dégénérescence de tous les éléments nerveux de cette région. La substance blanche est pareillement associée au mouvement fluxionnaire général et présente des stries vasculaires très accentuées. »

Discussion. — Il est incompréhensible et inexplicable :

A. Que l'âme, substance spirituelle logée dans le

1. Dagonet, 181. Comme exemple de la dépravation des sens, Dagonet cite certains maniaques qui boivent leur urine avec délices et qui mangent leurs excréments, auxquels ils trouvent une grande suavité.

cerveau, soil frappée de manie aigiu"^ par un afflux do sang;

B. Puis, que cette même substance immatérielle et sans parties soit nettoyée de sa manie aiguë par des purgatifs, par de l'opium, du quinquina et du fer, introduits dans l'estomac et dans l'intestin; enfin, par des bains tièdes où le corps, sauf la tête, est plongé tout entier.

Au contraire, dans la théorie de l'âme fonction du cerveau, on comprend et on explique très bien :

A. Comment une congestion troublant matériellement la substance cérébrale, amène consécutivement le trouble de la fonction ;

B. Comment les bains tièdes et l'opium en calmant l'agitation nerveuse ; comment les purgatifs en supprimant la constipation; comment le quinquina et le fer en aidant à la réparation du système musculaire afi"aibli, suppriment l'hyperémie et rendent au sang son cours ordinaire. Le cerveau étant revenu à son état normal, sa fonction psychique reprend naturellement son état normal.

111° Lypémanie. — Le lypémaniaque, occupé de chagrins imaginaires, est dominé par un sentiment exagéré d'égoïsme. Il devient indifférent aux événements extérieurs, et d'une insensibilité complète à l'égard de ses enfants, de sa famille, de ses amis les plus dévoués. Il n'est même pas rare de voir les sentiments naturels d'affection se transformer en sentiments d'aversion profonde.

Les passions dépressives jouent dans la lypémanie

un rôle important. La crainte avec tous ses degrés et toutes ses nuances, le soupçon, la haine, la méfiance poussée à ses dernières limites, desscrupules non fondés, tels sont les sentiments pénibles dans lesquels ne cessent de s'entretenir les lypémaniaques.

Le délire roule continuellement dans le môme cercle restreint : les malades se disent perdus, déshonorés, ruinés ; ils redoutent les plus affreux malheurs, les châtiments les plus épouvantables ; tout conspire contre eux ; ils sont poursuivis, persécutés ; leurs meilleurs amis sont de complicité avec leurs persécuteurs ; ils voient dans tout ce qui les entoure la preuve du supplice qu'ils craignent et la raison des idées qui les dominent.

Poussée au plus haut degré, la lypémanie semble enrayer jusqu'aux manifestations de l'instinct; les malades restent exposés à la chaleur, au froid, se montrent insensibles à toutes les intempéries ; ils oublient la faim, la soif; ils se négligent entièrement, n'ont plus aucun soin d'eux-mêmes et se maintiennent dans une tenue malpropre, inconvenante et désordonnée ^

Xraîtement. — Le traitement de la lypémanie est le même que celui de la manie; on y ajoute parfois les révulsifs cutanés, les bains sinapisés, les courants faradiques, surtout dans les cas de dépression profonde.

La lypémanie se termine par la guérison chez le tiers environ des malades.

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